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Interview Jean-Michel Guyot : « Pourquoi j’ai vendu Sequoïa à Konica Minolta »

Entretien avec Jean Michel Guyot, fondateur de Sequoïa

Propos recueillis par Jonathan Nenich - 16 avril 2019

Jean-Michel Guyot vient de céder Sequoïa, l’entreprise de bureautique basée à Metz, qu’il a fondée en 2006. Restant temporairement aux commandes, le dirigeant de 58 ans compte accélérer la transformation digitale de cette PME de 200 salariés grâce à cette opération.

Jean Michel Guyot vient de vendre son entreprise de bureautique Sequoia au géant japonais Konica.
Jean-Michel Guyot vient de vendre son entreprise de bureautique Sequoia au géant japonais de Konica. — Photo : © groupe Sequoia

Le Journal des Entreprises : Le groupe Sequoïa était en pleine phase de diversification. Pourquoi le vendre maintenant ?

Jean-Michel Guyot : Nous sommes spécialisés dans la bureautique et le métier a beaucoup évolué au cours des dernières années. J’ai amorcé la diversification de l’activité du groupe avec un département imprimante 3D et un autre qui a vocation à s’occuper de la sécurité informatique. Depuis le début d’année, nous distribuons des écrans multifonctions qui favorisent les réunions à distance des entreprises. Avec le digital, notre métier a évolué.

Konica Minolta, une entreprise japonaise spécialisée dans les solutions d’impression et de services informatiques, a, de son côté, largement abordé le virage du numérique. Cette société nippone vient ainsi de lancer sur le plan mondial le WorkPlace Hub, une plateforme de services informatiques conçue pour simplifier la gestion informatique des PME. Elle intègre l’ensemble des matériels et logiciels nécessaires au bon fonctionnement d’une entreprise, avec notamment un serveur puissant, hébergeant des solutions de sécurité, du stockage, de la sauvegarde, des outils collaboratifs… ainsi qu’une offre complète de services managés par Konica Minolta. 

C’est donc la digitalisation qui vous pousse à vendre le groupe Sequoïa ?

JM.G : Le virage de la digitalisation est le plus important que j’ai connu dans ma carrière. Plus que l’impression offset dans les années 1980, que l’analogique en numérique dans les années 1990, que le numérique connectable ou encore le numérique connecté. Ce virage est monumental et à hauts risques, car très rapide.

« Un bon dirigeant n’a pas le droit de se rendre indispensable dans son entreprise pour qu’elle puisse perdurer. »

Notre modèle économique s’appuie sur la rentabilité des copies qui représentent 55 % de notre chiffre d’affaires. Nous facturons 720 millions de pages par an. Nous gagnons de nouveaux clients chaque année, mais le volume moyen de copie par machine baisse lentement. Les experts japonais estiment qu’il devrait chuter de 1 % par an pendant une dizaine d’années, puis nous pourrions être face au « syndrome Kodak » : cela signifie que le marché pourrait ensuite s’écrouler à une vitesse incroyable. Notre modèle économique actuel s’appuyant sur la rentabilité de la maintenance de nos machines sera remis en cause, probablement à un horizon de 10 ans. C’est un confort particulier de pouvoir organiser sa diversification dans un contexte de cette nature, car pour le moment notre modèle fonctionne encore et le groupe Konica Minolta va lui permettre d'évoluer pour faire face à ce virage.

Après 40 ans passés dans la copie, ma responsabilité est de pérenniser ce groupe de 200 collaborateurs au-delà de ma propre personne. L’entreprise doit pouvoir continuer son développement sans moi. J’ai toujours eu l’intime conviction qu’un bon chef d’entreprise n’avait pas le droit de se rendre indispensable dans une entreprise pour qu’elle puisse perdurer.

Allez-vous conserver vos fonctions au sein de la nouvelle structure afin d’accompagner le nouveau projet ?

JM.G : J’ai pris l’engagement de rester entre deux et cinq ans dans l’entreprise pour que la transition puisse se faire en douceur. Je reste donc le président du groupe Sequoïa, et bénéficie d’une grande marge de manœuvre pour conduire la société. Notre organisation restera identique, avec des agences locales proches de nos clients, et la conservation de l’ensemble des services de l’entreprise. Nous allons poursuivre notre croissance. Sequoïa devrait peser 250 salariés en 2021. Il est primordial que tout se fasse sans rupture majeure, afin que les collaborateurs puissent continuer de se sentir en confiance.

Qu’est-ce qui motive un groupe qui réalise 8,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires à racheter une entreprise régionale comme Sequoïa ?

JM.G : Konica Minolta nous connaît bien, puisque nous sommes l'un de leurs partenaires historiques depuis 1983. Nous distribuons leurs produits dans l’est de la France depuis cette date. Ils comprennent parfaitement notre manière de faire. Ce qu’ils rachètent avant tout, c’est notre compétence commerciale, notre proximité avec le client. Nous sommes à la tête d’un parc de 17 000 machines, qui sont basées chez 11 000 clients. Cela nous permet de réaliser un chiffre d’affaires de 49 millions d’euros. Notre rentabilité est de très bon niveau.

« Konica Minolta était l’entreprise parfaite pour céder Sequoïa. »

Konica Minolta s’est naturellement intéressé à l’acquisition de cette structure, tout en souhaitant lui laisser une autonomie afin de conserver ses points forts. Pour le groupe japonais, la stratégie consiste à racheter des distributeurs. Cela a commencé en 2012 avec le rachat de Serians, dans le nord de la France. Puis, il y a trois ans, de Dactyl OMR dans le centre et l’ouest. Il est évident que si ces rachats n'avaient pas été des succès, Konica Minolta ne serait pas venu chez nous.

Pour Sequoïa, ce rachat par Konica Minolta arrive-t-il au bon moment ?

JM.G : C’était l’entreprise parfaite pour céder Sequoïa. Konica Minolta rachète 100 % du capital des filiales que chapeaute la holding Sequoïa : Sequoïa Logistique, Est Multicopie, Dyctal Bureautique, Global Bureautique, A4A3 Bureautique, Repro Bureau et Alliance Bureautique, qui est basée sur l’île de la Réunion.

Konica Minolta reste le partenaire qui a le plus anticipé le virage de la digitalisation. C’est une entreprise dynamique qui, à travers ses centres de recherche, dépose le plus grand nombre de brevets dans le domaine de la bureautique et des services IT. L’association du meilleur industriel du moment avec notre compétence commerciale est gage de réussite et de pérennité pour notre groupe.

Au-delà de ma responsabilité d’assurer cette transition, je me dois de préparer l’avenir, en mettant au point l’offre de demain. Celle-ci porte le nom d’offre globale et a pour objectif de limiter le nombre d’interlocuteurs pour un client de moins de 50 salariés. Le produit phare de demain inclura un panel de prestations, telles que l’informatique, la sécurité, la digitalisation du document, la surveillance, etc. C'est à moi de mettre tout cela en musique. Si tout se déroule comme prévu, le groupe Sequoia pourrait servir d'exemple pour d’autres filiales du groupe Konica à l’échelle nationale.

Jean Michel Guyot vient de vendre son entreprise de bureautique Sequoia au géant japonais Konica.
Jean-Michel Guyot vient de vendre son entreprise de bureautique Sequoia au géant japonais de Konica. — Photo : © groupe Sequoia

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