Meurthe-et-Moselle

Industrie

France Élévateur dope sa croissance aux télécoms

Par Jean-François Michel, le 28 octobre 2020

Fabricant de nacelles élévatrices sur porteurs, France Élévateur vient de lancer une nouvelle ligne de production, avec pour objectif de répondre aux besoins du marché des télécoms. Pour l’ETI basée à Flavigny-sur-Moselle, cet investissement signe aussi une petite révolution dans l’organisation de la fabrication.

Production de fourgon avec nacelle élévatrice France Elévateur
La nouvelle ligne de production du fourgon 12M fonctionne en 2x8, avec des véhicules qui avancent dans la chaîne de fabrication toutes les 4 heures. — Photo : © Jean-François Michel

« Nous sommes comme un grand couturier habitué à faire du sur-mesure qui décide de se mettre au prêt à porter », explique Charles Goffin, le PDG de France Élévateur. Son ETI, basée à Flavigny-sur-Moselle, à quelques kilomètres de Nancy, fabrique des nacelles élévatrices sur porteur : « Nous avons même inventé le concept et mis le premier véhicule de ce type sur le marché, en 1984 », lance Charles Goffin. « Dans les années 70, pour intervenir en hauteur, tout le monde avait une échelle dans son fourgon. Les normes de sécurité ont créé de nouvelles exigences. » France Élévateur passe aujourd'hui un cap en s’attaquant à la moyenne série.

Adressant de nombreux marchés, comme les réseaux électriques ou le BTP, France Élévateur compte parmi ses clients des grands donneurs d’ordres, qui pèsent pour 70 % de l’activité, mais aussi des artisans. L’entreprise a réalisé 60 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2019 et emploie 350 personnes. « Nous étions à 40 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2014-2015 », précise Charles Goffin. C’est à cette époque que le fonds d’investissement Elaïs Capital est entré au capital de France Élévateur avec des co-investisseurs, Argos Expansion et Capital Export. Aujourd’hui, même la crise sanitaire ne devrait pas ralentir cette trajectoire de croissance à deux chiffres : « Nous serons à 70 millions de chiffre d’affaires sur le prochain exercice », assure Charles Goffin.

Surfer sur le Plan France Très Haut Débit

La confiance du PDG de France Élévateur s’appuie sur le dynamisme d’un marché en particulier, celui des télécoms. D’ici à 2022, le Plan France Très Haut prévoit en effet que l’ensemble du territoire français doit avoir accès à internet avec un débit d’au moins 30 mégabits par seconde. Un chantier lancé en 2013, qui va mobiliser 20 milliards d’euros sur dix ans, dont 3,3 milliards d’euros injectés par l’État. En bout de chaîne, une myriade de techniciens va être amenée à intervenir dans tous les foyers français, pour remplacer les câbles de cuivre du réseau téléphonique et installer 30 millions de prises reliées à la fibre.

La réponse de France Élévateur aux besoins des installateurs s’appelle le « fourgon nacelle 121 FT » : un nom de code qui cache un fourgon d’apparence banal, mais équipé d’une nacelle au bout d’un bras capable de s’étirer jusqu’à 12 mètres de haut. Les équipes de France Élévateur sont habituées à relever les défis techniques de donneurs d’ordres exigeants comme RTE ou la SNCF. « Ce véhicule est fabriqué à 100 % en Lorraine », se félicite Charles Goffin, en montrant un Renault Master produit dans l’usine Sovab de Batilly (Meurthe-et-Moselle), dont la carrosserie est modifiée par Carfar dans les Vosges, avant d’être équipé d’une nacelle par les équipes de France Élévateur à Flavigny-sur-Moselle.

Jusqu’à 3 véhicules par jour

« Cela fait un peu plus de six mois que nous avons entamé la réflexion autour de la création d’une ligne spécifique pour répondre à la demande du marché des télécoms », précise Charles Goffin. Le chantier a été finalisé le 20 avril, en plein confinement, pour une mise en production avec une seule équipe fin mai. « Face au contexte, nous nous sommes posé la question de l’opportunité de continuer le projet », révèle Charles Goffin. « Mais nous n’avons pas enregistré une seule annulation de commande pendant le confinement. Ensuite, lorsque nous avons interrogé nos clients, leur seule question était de savoir quand ils pourraient être livrés. » Mi-septembre, ce sont deux équipes qui ont pu produire sur la nouvelle ligne, qui a nécessité un investissement de 100 000 €. « L’objectif est de sortir jusqu’à 3 fourgons nacelles par jour », précise le dirigeant de France Élévateur, qui assure que la ligne est « modulaire, capable de s’adapter à d’autres véhicules et donc d’autres besoins du marché ». La mise en place de la nouvelle ligne a nécessité l’embauche de 8 personnes, et 13 autres recrutements sont prévus au troisième trimestre 2020.

Sur les 120 véhicules qui sont sortis des 5 lignes de production de France Élévateur en septembre, 40 ont déjà été produits sur la nouvelle ligne et l’objectif est d’aller jusqu’à 50 véhicules par mois. Pour Charles Goffin, l’enjeu principal est de raccourcir les délais de livraison. « Aujourd’hui, il faut par exemple 35 semaines pour livrer un élévateur sur poids lourds. Le fourgon 12M, nous parvenons à le livrer en 3 mois. Et ce n’est pas encore assez rapide… » Raccourcir les délais va passer par une petite révolution dans l’entreprise : là où les équipes étaient habituées à travailler en atelier, en tournant autour des véhicules, la nouvelle ligne fonctionne en 2x8, avec des véhicules qui avancent dans la chaîne de fabrication toutes les 4 heures. « C’est une toute nouvelle organisation qui nous a aussi demandé de repenser la conception des véhicules », souligne Charles Goffin. Une logique de « design-to-cost » que le dirigeant réfléchit à appliquer dans son entreprise, partout où cela sera possible. « Mais certains véhicules sont comme des puzzles très complexes », souligne le dirigeant. À l’image de la nacelle créée pour RTE, capable d’intervenir sur des lignes à haute tension de 400 000 volts et sur laquelle France Élévateur planche à nouveau : « Nous allons bientôt sortir une version équipée d’un bras de 40 mètres », révèle Charles Goffin.

Des nacelles 100 % électriques

Portée par l’innovation, l’entreprise, qui dépense chaque année plus de 5 % de son CA en R & D, veut rester en mesure de répondre à ses clients les plus exigeants et ambitionne de rester en phase avec les évolutions de la société. « Nous sommes actuellement en train de repenser l’ensemble de la gamme, avec pour principal critère celui de la consommation d’énergie », explique le PDG de France Élévateur. Déjà engagée sur cette question, l’entreprise a créé le label « nacelle écologique », en 2000, en proposant d’intervenir en hauteur grâce à un moteur électrique. En 2014, le système « stop and lift », permettait déjà d’arrêter le moteur thermique quand l’opérateur avait fini de s’élever dans la nacelle, permettant ainsi d’économiser 20 % de carburant. En 2015, France Élévateur signe un porteur et sa nacelle 100 % électrique, engin destiné à intervenir en milieu urbain. « Nous voulons aller encore plus long », souligne Charles Goffin, qui estime que cette gamme renouvelée et orientée vers une moindre consommation d’énergie sera prête dans les « 12 à 24 prochains mois ».

L’occasion aussi pour les 25 collaborateurs embauchés au bureau d’études de repenser la gamme pour attaquer l’ensemble du marché européen et lever les derniers « freins culturels » en Europe. Réalisant actuellement 15 % de son activité à l’export, Charles Goffin assure vouloir aller beaucoup plus loin. Si le territoire national est maillé par 11 agences de SAV, France Élévateur compte des filiales au Bénélux et en Allemagne, et a noué un partenariat commercial avec Posi +, un fabricant de nacelle élévatrice basé au Canada. « Nos gammes sont complémentaires. C’est un bon moyen pour développer le business sur des marchés difficiles à atteindre pour nous », assure le PDG de France Élévateur, qui a vendu du matériel en Côte d’Ivoire avec son partenaire canadien.

Production de fourgon avec nacelle élévatrice France Elévateur
La nouvelle ligne de production du fourgon 12M fonctionne en 2x8, avec des véhicules qui avancent dans la chaîne de fabrication toutes les 4 heures. — Photo : © Jean-François Michel

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