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Interview Fibois Grand Est : "La filière forêt-bois prévoit 8 400 embauches en un an"

Entretien avec Gwendoline Legros, déléguée générale adjointe de Fibois Grand Est

Propos recueillis par Lucas Valdenaire - 25 juin 2021

Pour répondre à ses besoins de recrutement, la filière forêt-bois se dote d’une plateforme numérique recensant les offres d'emploi. Résultat : plus de 8 400 ouvertures de postes sont répertoriées sur les douze prochains mois. De quoi redonner de la visibilité à une filière en tension.

Gwendoline Legros est la déléguée générale adjointe de l'interprofession Fibois Grand Est.
Gwendoline Legros est la déléguée générale adjointe de l'interprofession Fibois Grand Est. — Photo : Gwendoline Legros

L'interprofession Fibois Grand Est (10 000 entreprises, 46 000 salariés) a lancé son "observatoire dynamique" dédié aux demandeurs d’emploi et aux entreprises de la filière forêt-bois le 23 juin sur Internet. À quoi sert-il ?

Gwendoline Legros : Il s’agit d’un tableau de bord répertoriant les offres d’emploi et les métiers en tension. C’est ce qu’il manquait à notre filière. Comme nous sommes dispersés entre l’agriculture, l’artisanat, l’industrie, la transformation du bois, la construction et le transport, il nous manquait cette visibilité globale. C’est grâce à cela que nous pouvons dire aujourd’hui que 8 400 embauches sont prévues en 2022 dans notre filière. Ce nouvel outil permet aussi aux entreprises de communiquer facilement en se basant sur des chiffres actualisés tous les trois mois et des offres d’emploi toutes les semaines.

Cette plateforme conçue par Fibois Grand Est est aujourd'hui nationale ?

Gwendoline Legros : Quand nous avons imaginé cet outil il y a deux ans, nous nous sommes aperçus que l’investissement serait le même au niveau régional qu’au niveau national. Donc nous avons choisi d’en faire bénéficier tout le monde. Et c’est d’autant plus intéressant que nous pouvons comparer les régions et ainsi se rendre compte de la particularité d’un territoire. Par exemple, le Grand Est reste la deuxième région la plus boisée de France et représente 20 % de la filière sylviculture nationale alors que la moyenne est de 8 %. Autre exemple, notre région pèse 23 % de l’industrie du bois contre 16 % en moyenne.

Combien ce nouvel outil a-t-il coûté ?

Gwendoline Legros : Sans parler du temps passé, il représente 240 000 euros d’investissement sur trois ans. Et nous avons été soutenus par le programme "Des hommes et des arbres" labellisé "Territoire d’innovation". Nous avons également été aidés par les Régions Grand Est et Centre-Val de Loire ainsi que deux autres interprofessions Centre-Val de Loire et Action bois. Sans oublier le Comité professionnel de développement des industries françaises de l'ameublement et du bois au niveau national.

Quels ont été vos soutiens techniques ?

Gwendoline Legros : Nous avons sollicité deux prestataires. D’une part, Adecco Analytics sur la partie observatoire. D’autre part, la start-up messine Xtramile notamment sur la publicité via les réseaux sociaux.

Selon votre communication, ce nouvel "observatoire dynamique" est un outil de pilotage. Pourquoi ?

Gwendoline Legros : Car il permet de voir la face immergée de l’iceberg. Comme nous disposons d’indicateurs plus détaillés, nous pouvons faire des analyses plus poussées. Par exemple, nous avons un suivi plus approfondi sur l’apprentissage ou la pyramide des âges. Tout cela par secteurs et même par départements. C’est extrêmement riche.

Vous assurez que cette plateforme permet de mettre en place une démarche de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), en complément d’une initiative intitulée "Arborescence". Quel est le principe ?

Gwendoline Legros : "Arborescence" est née de la collaboration entre Fibois Grand Est et les différentes Maisons de l’emploi. En débloquant des fonds, ce programme nous a permis de développer une synergie avec tous ces acteurs du territoire en matière d’emploi. Nous ne sommes que 16 salariés à Fibois Grand Est en comptant nos trois implantations à Châlons-en-Champagne (Marne), Heillecourt (Meurthe-et-Moselle) et Schiltigheim (Bas-Rhin), donc nous avons besoin de ces acteurs pour faire le relais auprès des jeunes, des demandeurs d’emploi et des personnes en reconversion. Et nous leur fournissons les outils pour parler au mieux de notre filière.

Au-delà de votre volonté d’améliorer la visibilité des besoins en recrutement, vous souhaitez mettre en place des "formations appropriées". Comment ?

Gwendoline Legros : En connaissant précisément les métiers en tension, nous pouvons développer des formations en lien avec la Région pour combler les besoins en fonction des territoires. Nous avons aussi ajouté un lien vers une cartographie interactive des différents organismes de formation dans la région.

Selon votre plateforme, 47 % des entreprises régionales de la filière forêt-bois disent avoir du mal à recruter. Comment l’expliquez-vous ?

Gwendoline Legros : De nombreux secteurs d’activité connaissent cette difficulté, mais elle est plus ou moins prononcée en fonction des métiers. Selon nos chiffres, ce chiffre grimpe à 82 % chez les charpentiers, 77 % chez les menuisiers et les monteurs agenceurs, ou encore 70 % chez les techniciens forestiers. Et c’est principalement en raison du manque de main-d’œuvre disponible et de la méconnaissance de nos professions. Tout le monde le ressent. Ces métiers ne sont toujours pas assez valorisés pendant la scolarité. C’est aussi pour ça que nous avons lancé cette plateforme : apporter les outils pour conseiller au mieux ceux qui orientent, à l’école ou chez Pôle Emploi.

Est-ce que vous constatez un vieillissement dans certains métiers ?

Gwendoline Legros : Oui, notamment dans la sylviculture où la pyramide des âges est plutôt élevée. Même chose dans les scieries où la moyenne d’âge est importante, surtout chez les dirigeants. Donc si nous voulons conserver nos outils de production et de transformation, il faut absolument penser à la transmission. Sans oublier l’apprentissage qui reste un autre levier important.

Pensez-vous que la filière forêt-bois du Grand Est a les moyens de retrouver son dynamisme ?

Gwendoline Legros : Clairement, le secteur est porteur. Il suffit de regarder la réglementation "RE 2020" qui va pousser l’usage du bois et des produits biosourcés dans la construction ou encore les aides accordées à la filière dans le cadre du plan de relance national. Nous nous devons d’anticiper cette nouvelle phase. Je ne sais pas si la dynamique et les besoins sont plus importants mais au moins, maintenant, nous en avons les chiffres.

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