Meurthe-et-Moselle

Industrie

En Lorraine, Solvay démarre un pilote industriel visant à réinventer son procédé de fabrication

Par Jean-François Michel, le 05 octobre 2022

Le site Solvay de Dombasle, en Meurthe-et-Moselle, accélère sa mutation. Après les 225 millions d’euros investis pour sortir du charbon, le groupe belge va démarrer un pilote industriel dont l’objectif est de réduire considérablement les émissions du procédé Solvay.

Le président de la division "Soda Ash & Derivatives" de Solvay, Philippe Kehren, et Anne Le Guennec, directrice générale recyclage et valorisation des déchets de Veolia France, devant la future unité de production fonctionnant au CSR de l’usine Solvay de Dombasle.
Le président de la division "Soda Ash & Derivatives" de Solvay, Philippe Kehren, et Anne Le Guennec, directrice générale recyclage et valorisation des déchets de Veolia France, devant la future unité de production fonctionnant au CSR de l’usine Solvay de Dombasle. — Photo : Jean-François Michel

La production de carbonate de soude en Lorraine entre dans une nouvelle ère. En marge de l’inauguration officielle du projet de transition énergétique du site Solvay de Dombasle, Philippe Kehren, le président de la division "Soda Ash & Derivatives" de Solvay (CA : 9 Md€ ; 21 000 salariés), a confirmé le lancement d’un pilote industriel visant à améliorer le procédé Solvay. "Cela fait trente ans que nous travaillons sur ce sujet. L’enjeu est tout de même de réinventer le procédé sur lequel nous nous appuyons depuis 160 ans", souligne l’industriel, qui précise que son groupe vient de franchir, dans le laboratoire, une étape clé permettant de passer à l’étape du pilote industriel.

Très prudent, Philippe Kehren, indique que la piste suivie consiste à travailler sur un "procédé électrochimique". Concrètement, le groupe industriel vise trois améliorations : une réduction de 50 % des émissions de CO2, une réduction de la consommation d’eau, de saumure et de calcaire, et une élimination complète des résidus de calcaire.

Inventé par Ernest Solvay, le fondateur du groupe éponyme, le procédé Solvay permet de synthétiser du carbonate de sodium à partir de sel et de calcaire, en utilisant de l’ammoniac. Au cours de la réaction chimique, de grandes quantités de CO2 sont émises. Pour autant, "l’objectif du groupe, c’est bien d’aller vers zéro émission en 2050", insiste Nicolas Van der Heyden, le directeur du site Solvay de Dombasle.

Des "premières tendances" fin 2023

Émettant environ 600 000 tonnes de CO2 chaque année, dont 500 000 tonnes dues à la production d’énergie en brûlant du charbon, l’usine de Dombasle va commencer par abaisser son empreinte environnementale en éteignant définitivement, en 2024, ses vieilles chaudières au profit de deux chaudières fonctionnant aux combustibles solides de récupération (CSR), qui devront permettre de réduire les émissions de 240 000 tonnes.

Le procédé en lui-même, qui dégage environ 100 000 tonnes de CO2, pourrait donc aussi faire sa révolution. Le groupe belge a déjà investi 40 millions d’euros sur ce sujet, et va injecter "plusieurs millions d’euros" à Dombasle, pour faire la démonstration de la pertinence de la piste suivie. Un ingénieur de recherche, spécialisé dans ces questions, vient d’être recruté pour ce projet.

Lui aussi très prudent, Nicolas Van der Heyden tient à souligner qu’il est "encore possible que cela soit une fausse piste". Mais au sein du centre de recherches de Dombasle, place a été faite pour accueillir des installations devant permettre de valider les dernières recherches menées en laboratoire. "Les nouveaux équipements arrivent le 15 janvier et tout devra être monté pour le mois d’avril", dévoile le directeur du site. Ensuite, d’ici à la fin de l’année 2023, le groupe veut avoir "les premières tendances", d’après Nicolas Van der Heyden. "À cette date, nous ne saurons pas encore si nous avons suivi la bonne piste, mais nous aurons des indications plus précises".

L’énergie "majoritaire" dans la structure de coûts

Car le site lorrain va travailler pour l’ensemble du groupe Solvay. "Si le pilote industriel valide les recherches menées en laboratoires, et que l’équation économique pour changer notre procédé est résolue, alors, l’enjeu est de le déployer sur les six soudières que compte le groupe", détaille Philippe Kehren. Dans l’équation entrent, notamment, le prix de l’électricité et les émissions de carbone liées à la production.

"Nous sommes dans une compétition mondiale", rappelle Philippe Kehren. "Dans certaines parties du monde, le prix de l’énergie est dix fois moins cher. Nous pourrons avancer à condition de disposer d’une électricité bas carbone et à un prix compétitif." Touché par l’envolée des prix de l’énergie, qui est "largement majoritaire" dans la structure du coût du carbonate et du bicarbonate de soude produit par le site Solvay de Dombasle, l’industriel attend désormais avec impatience le démarrage de la chaufferie fonctionnant à base de CSR (fournis par le groupe Veolia, qui exploitera également la chaufferie), programmé pour 2024.

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