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Comment Michelin veut rendre son usine d'Epinal-Golbey plus compétitive

Par Jean-François Michel, le 31 août 2021

Engagé dans un plan qui doit lui permettre de réaliser jusqu’à un quart de son activité hors du pneu, le groupe Michelin décline sa stratégie jusque dans l’usine vosgienne d’Epinal-Golbey avec 16 millions d’euros investis. Et engage une vaste concertation des salariés pour remettre à plat le fonctionnement du site.

L’usine Michelin d’Epinal-Golbey, dans les Vosges, produit chaque année environ 70 000 tonnes de renforts métalliques pour les pneus du groupe.
L’usine Michelin d’Epinal-Golbey, dans les Vosges, produit chaque année environ 70 000 tonnes de renforts métalliques pour les pneus du groupe. — Photo : Michelin

Confronté à un secteur automobile en plein bouleversement, notamment avec l’arrivée du véhicule électrique, et à la nécessité d’inscrire son développement dans le "durable", le groupe Michelin a présenté en avril 2021 un plan stratégique pour 2030, avec une étape en 2023, visant à transformer le géant mondial du pneumatique et à redéfinir une trajectoire de croissance. Après avoir réalisé 24,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2019 puis 20 milliards d’euros en 2020, le manufacturier de Clermont-Ferrand veut digérer la baisse d’activité dès 2023. Il vise 24,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, un bénéfice opérationnel de 3,3 milliards d’euros et une marge de 13,5 %. Ensuite, entre 2023 et 2030, le groupe prévoit une progression annuelle de ses ventes de 5 %, ce qui lui permettrait d’approcher les 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Ce plan, appelé "Michelin In Motion", s’articule autour de douze axes stratégiques et a permis de "définir une étoile polaire", présente Bertrand de Solages, directeur de l’usine Michelin d’Epinal-Golbey, dans les Vosges, qui produit des renforts métalliques pour pneus. "C’est le cap que nous voulons suivre." À Golbey comme dans l’ensemble des usines du groupe, la démarche a commencé dès 2019 avec un diagnostic industriel "à 360 degrés". Ensuite, "pendant cinq mois, 120 salariés volontaires de l’usine (sur 450 au total, NDLR) ont construit la feuille de route pour atteindre les cibles", détaille Bertrand de Solages.

120 salariés volontaires pour trouver des solutions

Une fois le cap défini par le groupe, les 120 volontaires se sont répartis autour de douze ateliers, pour aborder des thèmes allant de la sécurité à la qualité de vie au travail en passant par la digitalisation de l’outil de production ou encore la réduction des émissions de CO2. S’organisant à leur convenance, lors de journées entières ou après les heures de travail, ces groupes devaient présenter des solutions pour atteindre les objectifs. "Ce travail, ce n’est pas moi qui l’ai fait tout seul dans mon bureau, mais des opérateurs de tous les secteurs, qui vont ensuite vivre avec les décisions prises", souligne le directeur de l’usine, qui a présenté officiellement le plan Mouv’UGO le 3 juin après avoir obtenu le feu vert du groupe le 8 avril.

Le plan va d’abord se concrétiser dans l’usine vosgienne du groupe par un investissement de 16 millions d’euros, dont un million pour un espace de restauration et l’ergonomie des postes de travail. La somme sera notamment consacrée à "des modifications des ateliers, à de la robotique ou encore à l’utilisation de véhicules à guidage automatique. Autant d’outils qui nous permettront d’améliorer la productivité et l’ergonomie du site", souligne Bertrand de Solages. "En matière de digitalisation de l’outil de production, tout le groupe partait de loin, concède-t-il. Mais depuis quatre-cinq ans nous mettons un gros coup d’accélérateur sur le sujet." En plus de surveiller la production, la connexion des machines permettra de communiquer au sein de l’usine.

Une mission confortée au sein du groupe

Centre de production de renforts métalliques pour les pneus fabriqués par les autres sites du groupe Michelin, l’usine d’Epinal-Golbey produit chaque année environ 70 000 tonnes, essentiellement des tringles métalliques qui permettent aux pneus de tenir sur les jantes et des tresses qui deviendront les nappes métalliques destinées à renforcer les pneus. "Un pneu, c’est un assemblage très complexe, qui mêle jusqu’à 5 ou 6 gommes différentes et des nappes constituées de fils métalliques. Un pneu de poids lourds, par exemple, peut contenir jusqu’à 44 kilomètres de fil métallique", détaille Bertrand de Solages. La matière première du site de Golbey arrive sous forme de bobines de deux tonnes de fil d’acier, d’un diamètre de 5,5 millimètres, dont une bonne partie est produite par l’aciériste allemand Saarstahl. Le procédé, dit de "haut de chaîne" consiste à tréfiler, comprendre tirer sur le fil, puis le laminer avant de le réchauffer pour obtenir un fil dont le diamètre peut atteindre l’épaisseur d’un cheveu.

"Notre mission au sein du groupe est confortée", se félicite Bertrand de Solages. "Nous sommes et nous allons continuer à être le plus gros atelier "haut de chaîne" du monde entier pour Michelin." L’usine d’Epinal-Golbey alimente aussi les sites de Trèves, en Allemagne, en fil zingué, et l’usine d’assemblage de Zalau, en Roumanie, en fil laitonné. "Le haut de chaîne, c’est beaucoup d’investissement et une part main-d’œuvre bien plus faible. Le bas de chaîne, c’est le contraire", précise le directeur du site vosgien. Alors pour être raccord avec les objectifs du groupe, l’usine d’Epinal-Golbey va "baisser ses coûts de production de 10 à 15 % en trois ans", appuie-t-il. Un objectif ambitieux, qui passe par un "allégement de la structure de 20 % à fin 2023 par rapport à fin 2019" dans les "équipes indirectes", soit les salariés qui ne sont pas sur une machine. "Cela représente 47 suppressions de postes, qui seront principalement couvertes par des départs en retraite", précise le directeur. Réputée pour sa "fiabilité au sein du groupe", l’usine va devoir aller vers une autonomisation et une responsabilisation plus large des équipes, qui travaillent en trois-huit, sept jours sur sept, sur le "haut de chaîne".

Le système du "levier de réactivité"

Pour le "bas de chaîne", soit le procédé consistant à assembler les bobines de fils métalliques qui serviront ensuite à tresser les nappes métalliques, le travail de concertation avec les salariés a abouti à un passage de sept à cinq jours de travail. Le dispositif, qui sera effectif au 1er janvier 2022, va consister à mettre en place un "levier de réactivité", en utilisant les "jours de réactivité" accumulés lors des périodes de forte charge dans un compteur pour permettre aux salariés de ne pas perdre de salaire et de congés quand la demande est moins forte et que les ateliers seront contraints de fermer. "D’un point de vue social, c’est très important parce que quand vous passez de sept à cinq jours, vous perdez 10 % de votre salaire net", souligne Bertrand de Solages.

Si les marchés financiers ont reçu avec froideur la publication du plan "Michelin In Motion", les premiers mois de 2021 semblent donner raison au groupe : le premier trimestre 2021 a vu l’activité progresser de 8,3 % pour atteindre les 5,4 milliards d’euros. "Aujourd’hui, nous sommes chargés comme en 2019", abonde Bertrand de Solages. "Il y a encore quelques points critiques, comme les difficultés d’expédition par la voie maritime, mais les premiers signaux sont bien orientés pour l’année." Pour le directeur de l’usine vosgienne de Michelin, l’échec n’est de toute façon pas envisageable : "Nous serons au rendez-vous de nos objectifs".

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