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Interview Comment les chefs d'entreprises ont sauvé le Moselle Open

Entretien avec Raymon Doudot

Après avoir failli disparaître l'année dernière, le Moselle Open de tennis aura lieu du 17 au 24 septembre prochains, aux Arènes de Metz. Le président du tournoi, Raymond Doudot, estime que le tournoi est « incontournable pour de très nombreuses entreprises du territoire. »
Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises

Le Journal des Entreprises : Pourquoi vous êtes-vous battus pour que le Moselle Open reste à Metz ? 

Raymond Doudot : « Lorsqu'une majorité d'actionnaires a souhaité vendre la date du Moselle Open après la quatorzième édition qui a eu lieu l'année dernière, et que cette vente a été annulée par l'ATP, nous étions quatre ou cinq actionnaires à souhaiter poursuivre l'aventure. Pour nous c'est une histoire d'équipe, nous pensions premièrement que l'Open était un des plus beaux événements en Moselle, qui a tout de même attiré de l'ordre de 60.000 spectateurs sur neuf jours en 2016, et le tennis est dans le Grand Est le deuxième sport après le football, avec plus de 74.000 licenciés. C'était important que cet événement reste sur notre territoire, et surtout que ce soient des chefs d'entreprises de Lorraine qui se mobilisent comme ce fut le cas. Nous sommes aujourd'hui 15 actionnaires, tous chefs d'entreprises. Les institutionnels se sont mobilisés aussi, notamment le Conseil départemental et son président Patrick Weiten, ainsi que la région Grand Est. »

Quel est le business model d'un événement comme le Moselle Open ? 

R.D : « Fin 2016, nous avons fait faire une étude prévisionnelle sur trois ans par un cabinet d'expert-comptable, en étant très prudents. Après avoir regardé plusieurs fois les comptes et les éléments, nous avons vu que le tournoi pouvait être pérenne, notre but est bien sûr de continuer. Si nous avions malheureusement découvert que le Moselle Open ne pouvait pas être pérennisé dans les prochaines années, nous n'aurions pas continué l'aventure. Dans notre business model, la première des choses qui est très importante, ce sont les joueurs qui participent, c'est pour cela que nous essayons toujours d'avoir des joueurs classés entre le Top 10 et le Top 30 de façon à attirer le public. La vente de billets cette année est notamment très bonne, ce qui prouve que le public répond toujours présent, c'est une satisfaction pour nous. Pour faire venir les joueurs de tennis classés, les « prize money » (primes accordées selon leur avancement dans la compétition) jouent également, nous les avons augmentés par rapport à l'année dernière de l'ordre de 5 à 10 %. Notre budget devrait atteindre 3,5 à 3,8 millions d'euros pour cette quinzième édition. »

Votre souhait est de rendre le Moselle Open rentable, comment allez-vous y parvenir ? 

R.D : « C'est un petit peu le même système que pour une entreprise, mais en plus compliqué. Pour une entreprise il s'agit d'un équilibre entre les ventes et les produits, mais dans un tournoi de tennis cela tourne beaucoup autour de l'humain. Ce qui a créé des difficultés les années passées, et rendu l'Open non rentable, ce sont les désistements de certains joueurs, mais également le déménagement une année au Centre Foire et Congrès de Metz. Nous allons donc essayer de faire en sorte que les joueurs se sentent le mieux possible à l'Open, faire venir un public toujours plus nombreux, et continuer à développer le Village Partenaires. Pour cette édition, nous avons fait très attention à nos achats. Lorsque l'on a fait notre prévisionnel, nous avons constaté qu'il y avait des achats qui pouvaient être réalisés à même qualité mais moins cher. En ce qui concerne les dépenses nous avons fait très attention, des commissions se réunissaient pour bien les gérer.
Nous prévoyons déjà un bénéfice sur les trois premières années de l'Open sous notre ère. »

Les entreprises aussi se sont mobilisées pour que le Moselle Open reste à Metz ? 

R.D : « Dès que l'information de la vente de la date est sortie à l'automne 2016, nous avons eu de nombreux retours d'entreprises, de clients, s'inquiétant du départ de cet événement. Selon moi, le Moselle Open est le deuxième événement en Moselle qui peut rassembler autant d'entreprises. Nous avons notamment de nouveaux associés qui nous ont rejoints. Au final, les quelque 200 entreprises partenaires n'ont pratiquement pas changé, cela prouve l'intérêt du Moselle Open pour l'économie locale. »

Que représente le Moselle Open, en termes de retombées économiques pour le territoire ?

R.D : « On estime que les retombées économiques représentent environ 80 % du budget, mais c'est un chiffre relativement compliqué à quantifier. Mais une étude réalisée en 2015 par Eurosport annonçait des retombées médiatiques d'un peu plus de 10,6 millions d'euros au total. Le Moselle Open c'est un endroit où l'on fait du business. 2.500 entreprises seront présentes cette année, elles louent des loges, invitent des clients à regarder les matches, etc. En Moselle il y a finalement peu d'événements aussi importants que le Moselle Open pour parler affaires dans un cadre sportif, le FC Metz mis à part. Par exemple notre groupe DLSI (société de recrutement dont Raymond Doudot est le fondateur et président du conseil de surveillance, ndlr) invite 170 clients pendant toute la semaine du Moselle Open, c'est un événement incontournable pour de très nombreuses entreprises du territoire. »

Des nouveautés sont-elles à attendre pour cette quinzième édition du Moselle Open ? 

R.D : « Le fait d'avoir réussi à baisser nos dépenses nous a effectivement permis de mettre en place des nouveaux éléments qui n'existaient pas les précédentes années au Moselle Open. Il y en a deux majeurs, tout d'abord : le Foxtenn, une première mondiale ! Il s'agit d'un nouveau système d'arbitrage de haute technologie, révolutionnaire. À l'aide de 40 caméras haute définition il peut filmer l'impact réel de la balle sans aucune marge d'erreur. Cette technologie a été déposée par une société espagnole, et a été approuvée par l'ATP (Association des joueurs de tennis professionnels), l'ITF (Fédération internationale de tennis, la WTA (Women's Tennis Association) et les Grands Chelems. Nous aurons également un show « son et lumière », réalisé par la société messine MPM, notre nouveau partenaire pour l'équipement technique. Ses équipes proposeront une mise en lumière du court central, avec ce que l'on appelle le « noir salle », et une entrée des joueurs scénarisée à couper le souffle. »

Quels joueurs seront notamment présents pour cette quinzième édition et comment les fait-on venir à Metz ?

R.D : « Lucas Pouille, 17e mondial et tenant du titre sera présent, tout comme le Belge David Goffin, 14e mondial, ainsi que les Français Richard Gasquet, Gilles Simon, ou le Luxembourgeois Gilles Muller. Les Français préfèrent venir jouer en France, beaucoup ont accepté de venir cette année pour nous soutenir également. Nous avons la chance d'avoir Julien Boutter comme directeur du tournoi et aussi actionnaire historique, ancien joueur de tennis professionnel, il connaît très bien les joueurs. Mon rêve serait que Roger Federer vienne un jour au Moselle Open, mais ceci n'est qu'un rêve. Mais nous pouvons imaginer qu'il y aura de plus en plus de joueurs classés dans le Top 10. Pour les faire venir il faudra sans doute augmenter les prize money, mais ils feront venir un public encore plus nombreux, donc pour reprendre un terme entrepreneurial, ce serait un investissement rentable. »

Le Journal des Entreprises, l'économie en régions — Photo : Le Journal des Entreprises

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