Grand Est

Commerce

Comment les 37 000 mètres carrés de Muse vont bousculer le commerce messin

Par Jean-François Michel et Ioanna Schimizzi, le 12 décembre 2017

Lancé en 2006, le projet de centre commercial Muse à Metz, est devenu une réalité, après trois ans de chantier. En vitesse de croisière, ce mastodonte devrait attirer 7,4 millions de visiteurs par an. Un danger pour les commerçants messins ?

A terme, Muse concentrera 115 commerces et restaurants. 1550 à 1750 emplois ont été créés ou maintenus. — Photo : Ioanna Schimizzi

A quelques heures de son ouverture, le centre commercial Muse était encore rempli d’ouvriers. Mais le 21 novembre à 19h tapantes, pour l’inauguration des 37.000 m2 de commerces, tout était prêt. Muse, c’est un investissement de 330 M€, réalisé par le groupe Apsys, qui en est le promoteur et le gestionnaire. En plein cœur du nouveau quartier de l’Amphithéâtre, à quelques pas de la gare de Metz, du futur centre de Congrès et en face du Centre Pompidou, le projet a immédiatement été approuvé par les élus de l’agglomération.

« Metz va retrouver son surnom de commerçante », confirme Dominique Gros, maire de la ville. Pour Maurice Bansay, président fondateur d’Apsys, « nous sommes sur une zone de chalandise de 400.000 personnes à 30 minutes, et de 800.000 personnes à 45 minutes. Nous avons un positionnement stratégique multi-frontalier, c’est un projet unique. Le chiffre d’affaires attendu est de 178 millions d’euros. » Le projet total est d’environ 80.000 m2. Muse comporte près de 400 logements sur 24.000 m2, mais également 10.000 m2 de bureaux.

A son ouverture, 99% des cellules commerciales étaient vendues. Seule ombre au tableau, le magasin irlandais Primark, décrit comme « la locomotive du centre commercial », n’ouvrira qu’au premier trimestre 2018. « Ils se sont engagés plus tard que d’autres enseignes, et n’ont donc pas pu être prêt pour l’ouverture », explique Marc Wainberg, directeur général adjoint d’Apsys.

Un observatoire des centres-villes et de l’aménagement commercial

Officiellement, pas d’inquiétude du côté de la CCI de Moselle. Mais la vénérable institution vient tout de même de mettre en place, en collaboration avec la Préfecture, un observatoire des centres-villes et de l’aménagement commercial dans le département. « 50.000 personnes travaillent dans le secteur du commerce en Moselle, ce n’est pas négligeable. Avec l’ouverture de Muse nous allons expérimenter. Un centre commercial de cette taille en plein centre-ville, cela n’existait pas », appuie Fabrice Genter, président de la CCI 57.

« Nous pensons que la complémentarité des enseignes sera là, mais une question se pose forcément : est-ce que quelqu’un qui se déplace pour un nouveau magasin à Muse va aussi aller au centre-ville ? Est-ce que Muse va finalement doper tout le système en faisant venir beaucoup de monde à Metz ? Ce qui est positif c’est qu’il y ait un investissement aussi important et autant d’enseignes qui s’installent à Metz. »

Lors d’un colloque sur l’aménagement commercial en Moselle organisé en 2016, une constatation avait été faite : le département, entre 2009 et 2014, a autorisé 422.000 m² de surface de vente alors que la population a augmenté, dans le même temps, de 0,2 %. « C’est deux fois plus que l’Hérault, qui possède lui un taux de croissance de la population de 7,5 % », rappelait à l’époque Emmanuel Berthier, préfet de la Moselle.

Alors, la Moselle en surcapacité commerciale ? L’ouverture de Muse ne risque pas d’arranger les choses. La question centrale sera de savoir si ce géant du commerce fera augmenter le chiffre d’affaires de l’agglomération, qui était de 2,3 milliards d’euros en 2012, contre 2,7 milliards d’euros pour Nancy. Ou si les ménages, dont le pouvoir d’achat n’est pas forcément en augmentation, étaleront finalement leurs dépenses.

Pas « d’affolement » du côté des commerçants du centre-ville

A l’ouverture du centre commercial Waves Actisud en 2014, soit 38.500 m2 de surfaces de vente supplémentaires pour un investissement de 100 M€, les commerçants messins s’étaient montrés relativement inquiets. « A l’époque beaucoup d’enseignes du centre-ville partaient pour s’installer sur la zone d’Augny », précise Alain Steinhoff, président de la fédération des commerçants de Metz. « Et finalement nous n’avons pas ressenti d’impact majeur de façon visible. L’ouverture de Muse ne nous affole pas, nous considérons qu’il s’agit d’un quartier supplémentaire. »

Le président des Vitrines de Nancy, Sébastien Duchowicz, concède volontiers que le Centre commercial Saint-Sébastien, à Nancy, avec ses 116 M€ de chiffre d’affaires et ses 8 millions de visiteurs par an est un véritable moteur pour l’attractivité commerciale du centre-ville de Nancy : « Mais Muse n’est pas au centre-ville, il faut tout de même franchir les voies de chemin de fer pour rejoindre le plateau commerçant de l’hyper-centre. Créer un autre pôle commercial majeur, alors que Metz compte déjà le Saint-Jacques, c’est prendre le risque de voir le centre se désertifier ».

Un argument qui ne tient pas pour Alain Steinhoff, qui note que « 70 % des commerces qui se trouvent à Muse n’étaient pas au centre-ville. Le centre commercial a d’ailleurs intégré la fédération des commerçants messins. Il va y avoir un effet de mode et de nouveauté les premières semaines, c’est évident. On observera l’impact réel de l’ouverture de Muse plutôt à partir des mois de février ou mars. »

A terme, Muse concentrera 115 commerces et restaurants. 1550 à 1750 emplois ont été créés ou maintenus. — Photo : Ioanna Schimizzi

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Recevez chaque vendredi le Débrief, l'essentiel de l'actualité économique de votre région.