Meurthe-et-Moselle

Réseaux économiques

Interview ALSMT : "Il faut que l’employeur soit conscient du risque routier"

Entretien avec Denis Renaud, directeur général de l’Association lorraine de santé en milieu de travail

Propos recueillis par Jean-François Michel - 10 novembre 2022

Alerté par les mauvais chiffres de la mortalité routière en Meurthe-et-Moselle, Denis Renaud, à son poste de directeur général de l’Association lorraine de santé en milieu de travail, a rassemblé les organisations patronales et les services de l’État pour jouer la carte de la prévention et faire changer les comportements.

Président de la Société industrielle de l’Est, Denis Renaud est aussi directeur générale de l’ALSMT, l’Association lorraine de santé en milieu de travail.
Président de la Société industrielle de l’Est, Denis Renaud est aussi directeur générale de l’ALSMT, l’Association lorraine de santé en milieu de travail. — Photo : Jean-François Michel

S’installer au volant pour se rendre à un rendez-vous, est-ce un vrai risque aujourd’hui ?

Le risque routier est à ce jour la première cause de décès au travail. En France, en 2020, 49 828 personnes ont été victimes d’un accident de la route dans le cadre d’un trajet domicile-travail ou d’une mission, soit environ, chaque année, 4,8 millions de journées d’arrêts. C’est quelque chose d’excessivement important, mais la route est partout : le risque routier, il est universel. Tout le monde a appris à vivre avec. Nous l’avons intégré totalement, mais il n’en reste pas moins qu’il y a encore trop d’accidents de la route, qui produisent toujours des conséquences et ces conséquences, elles ont un coût humain et un coût économique.

En Meurthe-et-Moselle, 19 personnes ont été tuées sur les six premiers mois de l’année, soit la mortalité la plus élevée depuis les cinq dernières années. Cela s’explique-t-il ?

C’est multifactoriel. Il y a un relâchement général, qui tient au fait que quand on sort du Covid, quand on sort d’une période de confinement, quand on sort d’une période où on a été contraint, tout d’un coup, on a envie de liberté. Et comme on a envie de liberté, on roule un peu différemment, un peu plus vite. On fait un peu moins attention. Les gens ont perdu l’habitude de rouler dans des conditions compliquées, n’ont pas conduit pendant 6 mois, 8 mois. À titre personnel j’ai fait pendant 35 ans plus de 50 000 km par an. Depuis 4 ans, je fais moins de 10 000 km par an, et je sais que je suis moins attentif quand je conduis.

Comment comptez-vous agir au sein de l’ALSMT, l’Association lorraine de santé en milieu de travail ?

Nous ne pouvons pas être seuls pour lutter contre ce fléau qu’est le risque routier professionnel. Autour de nous, nous avons rassemblé la DREETS Grand Est, la Carsat Nord-Est, l’Automobile Club Lorrain, Mobilians Grand Est, la branche professionnelle de l’industrie automobile, Passeport Prévention, la Société Industrielle de l’Est, la DDETS et l’Observatoire d’analyse et d’appui au dialogue social et à la négociation collective de Meurthe-et-Moselle. Nous faisons le lien entre toutes ces structures pour qu’elles viennent nous donner leur expertise sur le sujet. À travers l’Observatoire d’analyse des conditions de travail, ce sont les partenaires sociaux qui se saisissent de ce problème, en commençant par signer la charte des 7 engagements de la sécurité routière.

Qu’y a-t-il dans cette charte ?

C’est de la Charte de la sécurité routière. Elle existait déjà, mais nous avons voulu la diffuser très largement. Il y a déjà huit signataires emblématiques : le Medef, la CPME, la fédération du BTP, mais aussi l’UIMM, les grandes branches professionnelles, de manière que tous diffusent ensuite à leurs adhérents. Parmi les engagements, on trouve notamment des points comme veiller à ne pas donner un planning impossible à tenir à son salarié. Car derrière, le comportement évident, pour un commercial par exemple, c’est qu’il va rouler trop vite et ne va pas prendre de pause. Il faut sensibiliser du côté des salariés, mais aussi des dirigeants. Il faut pouvoir dire à un salarié, si tu es en retard à ton rendez-vous, parce qu’il y a un embouteillage et que tu roules deux fois plus vite pour le récupérer, ça ne sert à rien. Il faut donc que l’employeur soit conscient. Évidemment, ce n’est pas juste avec une charte que nous allons faire baisser les chiffres de la mortalité routière. Mais j’espère que suite à leur signature, les dirigeants intégreront ce risque dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, puis lanceront des plans d’action.

Dans nos comportements, qu’est-ce qui permettrait de faire changer les choses ?

Il a fallu une génération pour que les gens apprennent à boucler leur ceinture de sécurité. Aujourd’hui, c’est un réflexe. Maintenant, il faudrait arriver à avoir les mêmes réflexes avec le téléphone portable. Combien de conducteurs gardent leur téléphone portable à portée de main ? Qui n’a jamais loupé une sortie à cause de son téléphone ? Donc, si vous loupez une sortie, vous loupez la voiture qui arrive, c’est la même chose. Le téléphone portable n’existait pas il y a 20 ans et il faut apprendre les bons réflexes. De même, plus personne ne fait le tour de sa voiture avant de conduire. Mais la voiture est un outil, qu’il faut vérifier et entretenir. Et le chef d’entreprise, lui, est responsable du salarié, mais pas responsable de l’entretien de votre véhicule. Et il n’est pas responsable non plus de l’utilisation que vous en faite. Pourtant, en cas d’accident, le responsable, c’est bien le chef d’entreprise. Mais si légalement, cela retombe sur le dirigeant, souvent, il y a eu un comportement qui a entraîné l’accident. Quand vous prenez le volant, vous devez être responsable.

Poursuivez votre lecture

Plus de Newsletters

Déjà abonné à une newsletter gratuite ? Inscrivez-vous ici à une autre édition