Réseaux économiques

Interview Agria Grand Est : "Les hausses de prix des matières premières ne sont pas absorbables par les marges"

Par Jean-François Michel, le 24 mai 2022

Pris dans un contexte inflationniste, les industriels lorrains de l’agroalimentaire se heurtent à des difficultés pour faire passer des hausses de prix à la grande distribution. Le point sur la situation avec Antoine Cros-Mayrevieille, président de l’Agria Grand Est.

Le président de l’Agria Grand Est, Antoine Cros-Mayrevieille, est directeur industriel pour le groupe Sodiaal.
Le président de l’Agria Grand Est, Antoine Cros-Mayrevieille, est directeur industriel pour le groupe Sodiaal. — Photo : Jean-François Michel

Dans quel contexte évoluent aujourd’hui les entreprises lorraines de l’agroalimentaire ?

Les entreprises de l’agroalimentaire, comme beaucoup d’entreprises aujourd’hui, sont perturbées en ce moment, à cause de la difficulté à trouver des gens, à recruter, et puis évidemment, l’inflation. Un phénomène qui a atteint des niveaux importants sur les matières premières : on parle du blé, on parle du lait, qui va augmenter cette année d’à peu près 30 % par rapport à l’année dernière. Sur les produits fromagers, par exemple, le lait représente 70 % du prix de revient d’un fromage. Donc quand il augmente de 30 %, c’est une vraie problématique.

Le consommateur va-t-il continuer à payer ?

C’est la question qui se pose. Mais les entreprises sont contraintes de passer ces hausses, parce qu’elles ne sont pas absorbables par les marges. Sur les mécanismes de l’inflation, il y a des manques réels et avérés actuels sur certaines matières. Si on prend le lait par exemple, ce sont les problématiques de beurre et de poudre qui font augmenter les prix. Sur certaines filières, il y a peut-être des anticipations de futurs problèmes.

L’enjeu est-il de négocier avec la grande distribution ?

Malheureusement, l’inflation ne dépend pas des négociations avec la grande distribution. En revanche, les résultats des entreprises en dépendent. En ce moment, nous renégocions, parce que c’est un cas de force majeur. Nous ne sommes plus dans les négociations annuelles, contractualisées. Ce que je ressens parmi les entreprises de la filière, ce sont des difficultés pour faire passer ces hausses.

Et les prix de l’énergie vous pénalisent aussi…

Malheureusement, la clé pour s’en sortir à court terme, c’est de répercuter une partie de ces hausses de l’énergie dans nos prix de vente. Mais évidemment, à moyen terme, c’est de travailler sur l’efficacité énergétique, de consommer moins, de consommer mieux. Ces actions-là produisent des effets sur le long terme. De nombreuses entreprises de la filière étaient déjà engagées sur cette question, qui nécessite des investissements très lourds et pour lesquels les entreprises ont pu être aidées par les mécanismes liés aux certificats d’économies d’énergie. Cela étant, il y a d’autres mécanismes de subventions qui permettent de lancer ce genre d’investissements.

Pourquoi avoir choisi de rapatrier les missions de l’Aria (Association régionale des industries agroalimentaires) au sein de l’Agria Grand Est ?

L’Agria Grand Est est un centre de recherche, d’innovation et de transfert technologique qui a pour mission d’aider les entreprises du secteur à se développer sur les aspects techniques. Désormais, nous sommes à nouveau un organisme de défense des intérêts de l’agroalimentaire. Mission que nous avions abandonnée à la création de la région Grand Est avec la mise en place d’une structure régionale. Nous avons décidé, d’un commun accord avec les deux autres structures qui assurent cette mission en Champagne Ardenne et en Alsace, de la reprendre sur les territoires historiques, pour plus de proximité avec les entreprises.

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