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Interview Vincent Le Sann (Portzamparc) : "Sur les 700 entreprises cotées sur Euronext, nous en suivons 130 au quotidien"

Entretien avec Vincent Le Sann, directeur général adjoint de Portzamparc

Propos recueillis par David Pouilloux - 21 juillet 2022

Dans l’ouest de la France, plusieurs introductions en Bourse ont été effectuées ces dernières années. La société Portzamparc, le spécialiste de la Bourse de BNP Paribas Banque Privée, est l’acteur numéro un en France de l’accompagnement des entreprises lors de leur passage en Bourse, dont celui tout récent de Lhyfe. Entretien, à Nantes, avec Vincent Le Sann, DGA de Portzamparc.

Vincent Le Sann, directeur général adjoint de Portzamparc, le spécialiste de la Bourse de BNP Paribas Banque Privée. gère une équipe d'une trentaine de personnes spécialisées dans la Bourse à Nantes.
Vincent Le Sann, directeur général adjoint de Portzamparc, le spécialiste de la Bourse de BNP Paribas Banque Privée. gère une équipe d'une trentaine de personnes spécialisées dans la Bourse à Nantes. — Photo : David Pouilloux

L'équipe que vous dirigez au sein de Portzamparc est essentiellement installée à Nantes et compte une salle de marché. Cette position géographique se ressent-elle sur votre activité ?

Nous sommes en effet très actifs dans l’Ouest. Nous avons réalisé les IPO (Initial Public Offering, NDLR) ou introductions en Bourse d’Hoffmann Green Cement en Vendée (en 2019, meilleure IPO de l’année), d’Ecomiam (2020) et Entech (2021) à Quimper, de Pherecydes Pharma (2021), Largo (2021) et Lhyfe (2022) à Nantes, ou encore de Broadpeak (2022) et OkWind (2022) à Rennes. Soit trois des quatre introductions en Bourse de PME et ETI de la région Ouest réalisées depuis le début de l'année. Nous avons injecté 750 millions d'euros au sein des PME ETI au cours des dix-huit derniers mois, dont 220 dans l'Ouest. Par ailleurs, nous avons procédé à l’augmentation de capital du groupe nantais Lacroix, en 2021, pour plus de 44 millions d’euros.

Quels liens existent-ils entre Portzamparc, BNP Paribas et Nantes ?

L’histoire de Portzamparc est liée à Nantes, où se trouve le siège historique, depuis 150 ans. En 2009, BNP Paribas a pris 51 % du capital de la société de Bourse Portzamparc, ancienne charge d'agent de change du même nom fondée par Philippe de Portzamparc, puis 100 % des parts en 2019. Mon équipe est située essentiellement à Nantes. Elle compte 35 personnes sur les 200 que compte Portzamparc, dont le siège est à Paris. Nous sommes la structure de BNP Paribas qui répond aux besoins d’introduction en Bourse des PME et des ETI et de leurs besoins de services une fois cotées (nouvelle levée de fonds, recherche sponsorisée, offre publique d'achat etc.). Sur les 700 entreprises cotées sur Euronext, nous en suivons 130 au quotidien, ce qui correspond à un montant global de capitalisation boursière de 100 milliards d’euros. Nous sommes leader en France sur ce marché qui représente 25 % de notre activité. Le reste, 75 %, correspond à notre activité de conseils boursiers pour la clientèle privée. Dans ce cadre-là, nous gérons plus de 3 milliards d’euros d’actions.

Dans l’histoire d’une entreprise, qu’est-ce qui peut la pousser à un moment précis à entrer en Bourse et quels avantages en tire-t-elle ?

Il y a d’abord quelque chose d’étonnant. Quand une entreprise d'un territoire entre en Bourse, d’autres à coté se disent 'pourquoi pas moi ? si elle y va, je peux y aller aussi'. Au-delà de cette anecdote, une entreprise a intérêt à aller en Bourse pour trois raisons principales. La première, et la plus évidente, c'est quand elle se situe dans une période où les perspectives de très forte croissance de son marché sont là. C’est un élément déclencheur. L'entrée en Bourse lui permet de lever des fonds importants, rapidement, pour se développer, investir, recruter des talents. L’autre intérêt d'une introduction en Bourse est de permettre le reclassement d’un actionnaire minoritaire, qui veut vendre ses parts. L’entrée en Bourse permet de déterminer une valeur de l’entreprise, une cotation précise, et donc permet à un actionnaire qui veut partir de le faire plus aisément. Enfin, une troisième raison, c’est de pouvoir plus facilement effectuer une nouvelle levée de fonds ultérieure, en quelques semaines seulement.

En quoi consiste votre travail, avant l’introduction en Bourse ?

Nous établissons une documentation de l’entreprise, de façon complète, parfois sur 200 pages. On présente son activité, son bilan financier, et on explique à quoi va servir l’argent que l’entreprise souhaite lever. L’autre travail important, c’est de calculer la valeur théorique de l’entreprise, via notre bureau d’analyse financière qui compte 10 personnes. La première méthode consiste à avoir une approche patrimoniale. On intègre les actifs, les fonds propres, les dettes, les stocks… En résumé, on calcule sa valeur à partir de ce que l’entreprise a fait jusque-là. C’est peu utilisé, car cela ne prend pas en compte l’avenir de la société, ses projets.

Vous préférez une autre méthode de calcul ?

Oui, celle des multiples comparables. Elle repose sur l’analyse des valeurs d’entreprises comparables cotées en Bourse, dans des secteurs d’activités proches, avec des éléments liés au chiffre d’affaires, à l’Ebitda (indicateur de la rentabilité), au cash-flow, et leurs perspectives sur trois ans. Cela permet d'arriver à un ordre de grandeur qui nous semble bon. Cette valeur permet de calculer ensuite le prix d’une action. Une autre méthode, l’actualisation des flux, porte sur l’analyse des résultats potentiels de l’entreprise dans les vingt prochaines années. Ce sont ces deux méthodes que nous avons employées pour évaluer Lhyfe à environ 410 millions d'euros. 

La salle des marchés de Portzamparc à Nantes.
La salle des marchés de Portzamparc à Nantes. - Photo : David Pouilloux

Une fois la valeur de l’entreprise établie, que reste-t-il à faire ?

Il faut se confronter au marché, voir ce qu’il pense de notre proposition. Nous avons un portefeuille de plus de 200 investisseurs en France et en Europe qui ciblent les PME et les ETI. Ce sont des banques, des sociétés de gestion. Ces fonds sont capables d'investir unitairement entre 1 et 10 millions d'euros. Nous leur demandons si ça les intéresse et à quel prix. Cela permet de finaliser une offre qui sera bien calibrée pour le marché. Ensuite, une fois cotée, nous stabilisons durant trente jours le cours de l’action afin d'éviter un décrochage intempestif. Une partie de la levée de fonds sert à cela.

L'étape de présentation aux investisseurs permet-elle de garantir un minimum d’investissement avant même l’introduction en Bourse ?

Exactement. Pour Lhyfe, par exemple, sur les 110 millions d’euros espérés pour la levée de fonds, 39 étaient déjà sécurisés auprès d’EDP Renewables, CDC Croissance et Amundsen Investment Management. C’est un signe très positif pour les autres investisseurs potentiels. Un autre signe positif est de voir les dirigeants, quand ils le peuvent, investir dans leur propre entreprise au moment de la levée de fonds. Cela a été le cas de la famille Bedouin lors de l'augmentation de capital de Lacroix, en 2021. Aujourd’hui, 30 à 50 % du montant levé lors d'une IPO sont sécurisés, contre 10 à 15 % il y a cinq ans. Plus le marché est incertain, plus cette garantie est appréciée par les marchés. Pour les introductions en Bourse, l’air du temps est aux entreprises qui intègrent leurs activités dans la transition écologique. C’est une attente très forte des investisseurs, que ce soit de la part des gros investisseurs ou de celles des petits porteurs privés. Aujourd’hui, la Bourse représente seulement 1 % du financement des entreprises françaises. Dans les trente ans à venir, ce chiffre pourrait monter selon moi à 5 %.

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