Nantes

Formation

Interview "Un tiers du territoire français est boisé, mais nous importons 40 % de notre bois"

Entretien avec Arnaud Godevin, directeur de l’École supérieure du bois (ESB) à Nantes

Propos recueillis par Caroline Scribe - 23 novembre 2021

La période est paradoxale. L’entrée en vigueur le 1er janvier 2022 de la nouvelle norme thermique RE2020 va encourager l’emploi du bois dans la construction, au moment où la filière est confrontée à une pénurie internationale. Les analyses d’Arnaud Godevin, directeur de l’École supérieure du bois.

Arnaud Godevin, directeur de l’Ecole supérieure du bois à Nantes.
Arnaud Godevin, directeur de l’Ecole supérieure du bois à Nantes. — Photo : PHILIPPE CAUNEAU

En raison d’une forte demande à l’international, les délais de livraison s’allongent et les prix s’envolent : jusqu’à 40 % pour le bois utilisé par la construction. Pensez-vous que ce déséquilibre va perdurer ?

Je pense que la demande ne va pas faiblir. D’une part parce que la réglementation environnementale 2020 (RE2020), qui va entrer en application à partir du 1er janvier 2022, fait la part belle aux matériaux biosourcés, dont le bois. D’autre part parce que la France est en retard en matière de construction de logements. Il y en a 500 000 à construire. Si tout le monde veut du bois, cela ne va pas être possible tout de suite. En ce qui concerne l’offre, tout va dépendre des investissements qui seront réalisés. On assiste actuellement à un mouvement de concentration des scieries. Il faut leur donner les moyens d’investir pour se moderniser et accompagner la transition de cette filière. Par ailleurs, il faut s’interroger sur la façon dont on gère la pression sociétale que l’on pourrait résumer ainsi : "Je veux du bois, mais je ne veux pas toucher à l’arbre".

La Fédération nationale du bois (FNB) a récemment lancé une pétition pour demander que les grumes de chêne ne soient pas exportées massivement, notamment vers la Chine. Est-ce une solution pour rééquilibrer l’offre et la demande ?

La situation est paradoxale à plusieurs titres. Un tiers du territoire français est boisé, mais nous importons 40 % de notre bois. D’un côté, nous connaissons des difficultés d’approvisionnement, de l’autre, près des deux tiers des grumes de chêne partent actuellement en Chine pour revenir sous forme de parquets… Ce n’est pas vertueux pour l’environnement. Mais face à des Chinois qui renchérissent, il est difficile pour les propriétaires forestiers français de résister. La FNB essaie de voir ce qu’il serait possible de faire au niveau de la réglementation, mais en tout état de cause, il ne sera pas possible de prendre des mesures limitant les exportations à l’intérieur de l’Union européenne. Une autre raison à ce déséquilibre tient au fait que le marché de la construction est essentiellement tourné vers les résineux. Or, les forêts françaises sont majoritairement composées d’essences feuillues (châtaigniers, chênes, frênes…). Il faut donc investir massivement pour trouver de nouveaux débouchés aux ressources locales. Le numérique et les nouvelles technologies font partie des clés pour gagner en efficacité et en rendement.

Est-ce la raison pour laquelle votre établissement a récemment investi plus d’un million d’euros dans un nouvel atelier de 2 000 m², équipé de machines de pointe ?

Oui, au moment où le bois est perçu comme un matériau pertinent pour répondre aux enjeux environnementaux, nous avons besoin d’outils de production modernes pour permettre à nos 400 étudiants d’intégrer le numérique à chaque étape de la chaîne de valeur et s’inscrire ainsi dans la logique de l’industrie 4.0. Le bois a parfois une image vieillotte mais, aujourd’hui, le bois ce sont des copeaux et des octets. Par ailleurs, cet investissement renforce notre positionnement de "maker". En plus de nos prestations classiques (essais…) aux entreprises, nous commençons à développer un "Makers Playlab" qui permettra aux étudiants et aux entreprises de réaliser des prototypes complexes : meubles, escaliers, structures destinées au marché de la construction…

Arnaud Godevin, directeur de l’Ecole supérieure du bois à Nantes.
Arnaud Godevin, directeur de l’Ecole supérieure du bois à Nantes. — Photo : PHILIPPE CAUNEAU

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