Témoignage d'entrepreneur : Comment j'ai réussi à développer ma start-up sans lever de fonds

Par Stéphane Vandangeon, le 21 juillet 2016

Croître rapidement sans lever des fonds : mission impossible pour une start-up du numérique ? Non ! C'est le chemin suivi par la start-up nantaise Obeo, à une période où business angels et sociétés de capital investissement font pourtant les yeux doux à l'économie digitale. Explications.
Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Étienne Juliot, vous êtes l'un des co-fondateurs d'Obeo, une start-up du numérique créée en 2005, mais une start-up qui n'a jamais levé de fonds. Un autre modèle est donc possible ?
« Une deuxième voie est effectivement possible. Et elle permet d'aller aussi vite que la première, sans opérer de levées de fonds. Pour être précis, si on veut aller très, très vite, la levée de fonds s'impose. Mais si le time to market est raisonnable, il est possible de se développer sans lever des fonds. Et de se développer rapidement ! Chez Obeo, on a démarré à trois. On a eu une croissance soutenue avec un recrutement par mois. On est aujourd'hui 50 personnes et nous avons réalisé, en 2015, 4,3 millions d'euros de chiffre d'affaires. Nous développons une technologie de modélisation. Elle permet de créer des logiciels de conception pour l'industrie, des logiciels de transformation numérique des entreprises ainsi que des outils de data visualisation.
Vous aviez une fortune personnelle ?
Pas du tout ! Je suis fils d'ouvrier ! Mes associés sont comme moi, ingénieurs de formation et dénués de fortune personnelle...
Alors, comment Obeo a réussi à financer son développement ?
Souvent, les entreprises développent de la technologie, et une fois que c'est fait, regardent comment elles peuvent faire de l'argent avec. Nous, on a misé sur l'open innovation. Ce sont les clients qui ont financé une partie de nos technologies. Cela nous a obligés à saucissonner notre projet. À chaque étape, nous étions en mesure de générer du chiffre d'affaires. Un client paie la R & D permettant de concevoir la brique de technologie dont il a besoin. Ensuite, nous pouvons proposer cette même brique à d'autres clients.
Encore faut-il être en mesure de gagner ses premiers clients, ce qui n'est jamais facile pour une start-up qui plus est, sans produit en catalogue ?
On a participé à des projets de R & D collaborative. Le schéma, c'est qu'on travaille avec un grand groupe, qui bénéficie d'incitations fiscales, et un laboratoire de recherche. L'avantage pour nous, c'est que 30 à 40 % de la R & D est subventionnée. Et que cela aide à trouver les premiers clients. Car si tout ça se passe bien, le groupe avec qui vous faites de l'open innovation devient ensuite un client « normal ».
C'est le seul levier que vous avez actionné ?
Les trois quarts du développement d'Obeo ont ainsi été financés par du chiffre d'affaires. Après, on s'est pas mal fait aider. On a obtenu des subventions et du crédit impôt recherche. Le statut de Jeune entreprise innovante est aussi un super mécanisme : les deux tiers des charges patronales sont à zéro pendant sept ans, si vous faites de la R & D. C'est une aide énorme ! On a aussi obtenu des prêts d'honneur de la part des associations d'entrepreneurs qui aident à la création comme Réseau Entreprendre Atlantique et Initiative Nantes. Le fait d'être lauréat de ces associations ouvre les portes des banques. Si ces dernières ne financent jamais le risque, c'est-à-dire la R & D, elles peuvent financer du matériel, l'aspect commercial ou le marketing. Pour comprendre comment fonctionnent tous ces acteurs du financement, on a été fortement aidé par les équipes d'Atlanpole, la technopole nantaise.
Obeo a toujours été rentable ?
On a toujours gagné de l'argent. On n'a juste pas le choix !
Si vous financez votre projet avec vos clients, le risque n'est-il pas de vous éloigner de votre cap en suivant les demandes spécifiques de vos clients ?
C'est vrai que le risque c'est de dévier très vite du cap fixé. C'est pour cela, qu'il faut parfois dire non à un partenaire. Et qu'il faut bien définir son cap.
Avec le recul, comment jugez-vous votre stratégie de développement ?
Ce n'est ni facile..., ni infaisable ! De toutes les façons, il n'y a pas de magie, pour obtenir de l'argent, il faut toujours mouiller la chemise. Que cela soit avec un investisseur ou pas. L'avantage de ne pas avoir d'investisseur, c'est que vous ne passez pas de temps à le chercher, que vous pouvez vous concentrer sur vos clients et vos équipes qu'il n'est pas nécessaire d'embellir la mariée. Vous restez seul maître à bord. Nous, il y a quatre ans, on a pris une décision stratégique cruciale : passer en open source, c'est-à-dire de mettre gratuit la technologie que nous avons développée. Je ne suis pas sûr qu'un investisseur ait facilement approuvé cette décision, qui permet pourtant de largement diffuser notre technologie. Les entreprises l'essaient et si elles sont satisfaites, elles nous appellent pour qu'on travaille sur leurs besoins spécifiques ou pour bénéficier de prestations de support et de maintenance.
Demain, est-ce que des investisseurs pourraient entrer au capital d'Obeo ?
Bien sûr ! On a même rencontré des business angels, car à un moment on cherchait des investisseurs. Cela ne s'est pas fait parce que ce sont des clients qui nous ont apporté les 200.000 euros qu'on cherchait. Le financement de notre développement s'est simplement fait autrement. Et il se peut très bien qu'un jour on cherche de nouveau un investisseur. »

Obeo (Carquefou) 
Président : Stéphane Lacrampe 
50 salariés 
4,3 M€ de CA en 2015 
02 51 13 51 42 
www.obeo.fr

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Recevez chaque vendredi le Débrief, l'essentiel de l'actualité économique de votre région.