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STX France : Fincantieri prend la barre, mais pas la majorité

Par Amandine Dubiez, le 06 avril 2017

Le contrat n’est pas encore signé, mais un accord de principe a été trouvé. Fincantieri rachète bien les chantiers navals STX de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) mais reste minoritaire au capital. Soit la même part que prennent DCNS et l’Etat, qui garde son droit de préemption.

Photo : Amandine Dubiez-JDE

« Ce n’est pas un scénario qui nous convient », a tout de suite réagi Nathalie Durand Prinborgne, secrétaire du syndicat Force Ouvrière au sein des chantiers navals, qui ne s’interdit pas de lancer une mobilisation des salariés. Elle qui militait, tout comme plusieurs candidats à l’élection présidentielle tels que Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou encore Nicolas Dupont Aignan, pour une nationalisation des chantiers navals, se dit « hallucinée que l’Etat ne soit pas capable de garder le contrôle d’un fleuron français de l’industrie ».

L’Italie sera majoritaire au sein du conseil d’administration

Le gouvernement a définitivement enterré cette option ce jeudi. C’est bien Fincantieri, seul candidat au rachat, qui devrait reprendre la barre des chantiers navals de Saint-Nazaire. Si rien n’est encore signé au tribunal de Séoul, où se déroule la vente, un accord de principe a été trouvé. Le gouvernement a obtenu ce qu’il voulait : l’armateur, propriété à 72% de l’Etat italien, reste minoritaire au capital, à hauteur de 48%, selon plusieurs médias. « L’Etat a ainsi souhaité que Fincantieri soit minoritaire au capital de l’entreprise pendant au moins huit ans, et a admis qu’il soit accompagné d’un investisseur privé italien indépendant de Fincantieri », écrit Bercy dans son communiqué. Mais l’Italie sera tout de même majoritaire au sein du conseil d’administration grâce à la présence d’une banque privée italienne, la fondation Trieste, qui prend 10% du capital. Un temps envisagée, la participation de la Caisse des dépôts italienne a été écartée par la France, car elle détient déjà la majorité de Fincantieri. 

DCNS complète le panel des actionnaires en prenant 12% du capital. De quoi permettre au leader européen du naval militaire de profiter des chantiers navals de Saint-Nazaire pour la construction de futurs géants militaires.

Le gouvernement français, lui, garde bien ses 33% et son droit de préemption sur le premier constructeur européen de navires de croisières. L’Etat a demandé à « bénéficier durablement d’un droit de veto lui permettant de s’opposer à ce que l’activité des Chantiers ou de leur bureau d’études soit substantiellement réduite, que leur propriété intellectuelle ou leur savoir-faire soient transférés, que les Chantiers développent des partenariats, filiales ou acquisitions hors d’Europe, ou une stratégie contraire aux intérêts en matière de défense nationale », précise encore Bercy.

« Il était temps que l’on trouve une solution »

Pas suffisant pour rassurer les syndicats. Pas très enthousiaste, la CFDT, « attend de voir » l’armateur italien. Elle veut avoir l’assurance que Fincantieri veuille bien diversifier ses activités et investir dans les énergies marines, comme ce qu’avait commencé à faire STX France.

La CFDT, tout comme FO, attend aussi des garanties sur l’emploi. « Fincantieri fait construire deux paquebots par China State Shipbuilding Corporation, son partenaire en Chine. Il y a un sérieux risque de transfert technologique et de transfert de compétences », s’alarme Nathalie Durand-Prinborgne. La CFDT se dit, elle, déjà rassurée que le suspens touche à sa fin. « Commercialement, les relations se ralentissaient depuis quelques semaines, il était temps que l’on trouve une solution », explique Frédérique Journé, secrétaire du syndicat CFDT sur les chantiers navals.

Difficile de commenter pour la direction de STX France...

La direction des chantiers nazairiens a elle aussi réagi dans communiqué. « Bien qu’il lui soit difficile de commenter, dans la mesure où elle n’a été aucunement associée aux décisions ni à la définition des accords, la direction de STX France accueille toutefois comme une bonne nouvelle l’annonce faite ce jour d’une avancée significative dans le traitement du dossier de l’actionnariat de STX France », commente l'entreprise.

Les personnalités politique saluent quant à eux l'accord passé. « Cet accord historique est une bonne nouvelle pour les milliers de personnes qui travaillent dans les chantiers et chez leurs sous-traitants mais aussi pour la dynamique industrielle et économique de la Loire-Atlantique », se réjouit notamment le président du conseil départemental Philippe Grosvalet.
 
Fincantieri aurait mis 83 millions d’euros sur la table, croient savoir les syndicats, pour racheter les chantiers navals de Saint-Nazaire. Avant la signature d'un accord définitif, une procédure d'information-consultation du comité d'entreprise va être lancée dans les prochaines semaines. « Cette décision met fin à une période trouble pénalisante pour les activités de l’entreprise et permet  d’envisager avec sérénité l’avenir industriel du site de Saint-Nazaire. Toutefois, j’invite dès à présent  la direction du groupe Fincantieri à se rapprocher au plus vite de nos salariés au travers de nos instances représentatives du personnel mais aussi, et surtout, de nos clients principaux, ceci dans le but de créer une nouvelle communauté d’intérêt qui veillera à maintenir pour de longues années une  grande construction maritime à Saint-Nazaire », rappelle dans un communiqué, Laurent Castaing, directeur général de STX France.

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