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Interview Sigal : « Un redressement ce n'est pas une maladie »

Entretien avec Philippe Fournier, codirigeant de Sigal

Propos recueillis par Florent Godard - 04 avril 2014

L'éditeur de logiciels herbretais Sigal vient de sortir d'un redressement judiciaire. Et a aujourd'hui de l'ambition. Interview de Philippe Fournier, son codirigeant.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Le Journal des Entreprises : Vous venez de sortir d'un redressement judiciaire, il y a quelques mois. Que s'est-il passé?

Philippe Fournier : Il faut d'abord savoir que Sigal est spécialisé dans les progiciels de gestion, principalement des versions adaptées aux pros de l'habitat. Cuisine Design industrie (Arthur Bonnet), You Industrie ou Neoform figurent parmi nos clients.

En 2003, on employait une soixantaine de salariés, pour environ 3,7 millions d'euros de chiffre d'affaires. Puis le marché s'est progressivement cassé la figure. On a subi la désindustrialisation de l'économie et les crises successives. Entre 2005 et 2011, la société a perdu 500 000 euros. Quand j'ai repris avec David Fortineau, début 2012, après avoir longtemps travaillé dans l'entreprise, Sigal était très fragile. En fin d'année, on a décidé de la placer en redressement judiciaire.

Vous insistez sur le fait que vous avez anticipé...

P. F. : Si vous partez sur ce type de procédure, il ne faut pas y être contraint et forcé. En ce qui nous concerne, nous n'avions aucune dette fournisseur, seulement des dettes publiques : TVA, Urssaf... On aurait pu continuer. Mais nous n'étions pas à l'abri d'un impayé d'un client, et donc d'une cessation de paiement complète. Or, si on va dans cette voie et qu'on attend que les banques commencent à serrer les vis, on court vers la liquidation.

Ce choix nous a permis de financer une réduction d'effectifs de 12 personnes sur une quarantaine de salariés. Il faut aussi bien se préparer, car un redressement c'est très lourd à gérer. Il faut alors payer "au cul du camion"...

Comment avez-vous traversé cette épreuve?

P. F. : J'ai tout de suite pris mon téléphone. On a appelé un par un nos clients, fournisseurs et partenaires bancaires, pour qu'ils ne l'apprennent pas par d'autres. On a joué la transparence, en expliquant qu'on était sur un marché porteur. Quitte à rentrer dans le détail : « Voilà, on a déjà les deux tiers de notre chiffre d'affaires assuré - un tiers en contrat récurrent et maintenance, plus un tiers de commandes déjà passées - par rapport à notre objectif de l'année. Ce qui nous offre une stabilité. » Il faut communiquer. Un redressement judiciaire, ce n'est pas une maladie.

Comment avez-vous rebondi?

P. F. : Quand on a repris, l'entreprise était monoproduit et sur un modèle économique vieillissant. On a développé la location de solutions logicielles. Car le modèle économique de l'informatique tourne de plus en plus autour de l'usage. Et des solutions de mobilité, pour aux logiciels de gestion de sa tablette.

À cela s'ajoute une diversification avec une offre e-commerce pour des spécialistes du négoce ou des industriels. Sigal a conçu un configurateur en ligne. Leurs clients finaux y entrent les caractéristiques du produit qu'ils recherchent, comme par exemple un meuble (esthétique, taille, budget...). L'outil lui indique les produits correspondant disponibles, permet de réaliser un devis, de commander. L'entreprise travaille ainsi avec Maliterie.com. On compte notamment sur cela pour réaliser trois millions d'euros de chiffre d'affaires en 2016. L'an passé, Sigal a déjà redressé la barre. L'équipe a dépassé de 10 % ses prévisions de chiffre d'affaires.

Sigal (Les Herbiers) Dirigeants : David Fortineau et Philippe Fournier 28 salariés 2,4M€ de CA 02 51 64 97 97

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