Création

Réseau Entreprendre : «Créer un fonds d'entraide»

Par Sébastien Payonne, le 09 janvier 2009

Actualité très riche pour le Réseau Entreprendre. Fédérant 6.000 dirigeants, la structure d'aide à la création et à la reprise d'entreprise a lancé à la fin 2008 une fondation ambitieuse - elle vise les 100millions d'euros collectés d'ici à cinq ans - afin de stimuler l'esprit entrepreneurial en France. Mais ce n'est pas tout: elle prévoit de créer dès cette année un outil d'entraide qui viendra financer les développements de ses anciens lauréats en quête de fonds. Patrick Dargent, le président du réseau, revient sur ces développements menés sur fonds de crise économique.
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Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises



Quels sont les enjeux de la Fondation Entreprendre, lancée en octobre dernier?

Cette fondation va venir conforter notre action globale. Car, derrière notre maillage d'associations locales indépendantes financièrement, il existe une fédération qui porte le développement de ce réseau, et dont les missions sont larges. Il s'agit non seulement d'appuyer le développement et la cohésion du réseau, en assurant son standard de qualité, mais également de porter des projets de recherche et de sensibilisation qui viendront promouvoir la cause entrepreneuriale. Jusqu'à maintenant, les associations locales participaient en partie au financement de la fédération. Avec la fondation, celle-ci dispose désormais des moyens d'assurer sa pérennité à long terme tout en lançant des projets d'envergure.


Quels sont les moyens dont va disposer cette fondation, et par qui sont-ils apportés?

Elle s'appuie sur des donations. Nous avons déjà recueilli 35millions d'euros en engagements. L'objectif est de rassembler 50millions d'euros dans les trois ans, puis 100millions d'ici à cinq ans. La première tranche est déjà acquise, mais l'objectif de la fondation est de rassembler tous les donateurs qui souhaitent soutenir la cause entrepreneuriale en France. Nous voulons ouvrir le cercle, pour impliquer aussi bien un grand P-dg que Monsieur tout le monde en faisant passer un message simple: en donnant la vie à des entreprises et en poussant la fibre entrepreneuriale, nous contribuons à mettre des hommes debout.


Pouvez-vous nous donner un exemple de projet que portera cette fondation?

La fondation pourra soutenir par exemple le développement national d'Audace, qui se présente comme une école qui prépare sur plusieurs mois de futurs créateurs d'entreprise, mais dont les projets ne sont pas encore définis. Ce type de projets s'inscrit en synergie avec l'action du Réseau Entreprendre, auquel il pourra apporter de futurs lauréats. La Fondation contribuera également au rayonnement plus large d'initiatives de sensibilisation à l'économie, comme les Entrepreneuriales, opération qui vise à susciter l'envie de créer son entreprise chez les jeunes.


Cette fondation viendra-t-elle prolonger l'action du réseau, dont le soutien aux entreprises lauréates s'étale sur deux à trois ans?

Ce n'est pas son objectif. Mais nous réfléchissons aujourd'hui à d'autres outils qui vont nous permettre de garder une forte relation de proximité avec nos lauréats, et de les soutenir au-delà de la période d'accompagnement.


Quelles seraient les conditions de ce soutien étendu?

Passée la période de soutien, nous voyons que nos ex-lauréats ont parfois besoin d'un coup de pouce. Cela peut prendre la forme de belles boîtes qui ont des projets intéressants d'innovation ou de développement, mais qui ne parviennent pas à décrocher les financements pour les porter. De même, certaines entreprises que nous avons portées peuvent connaître un coup dur et des besoins de trésorerie. Nous voudrions répondre à ces situations en créant un fonds d'entraide, basé sur des outils qui permettront de respecter la tradition de non-intéressement de notre réseau. Notre idée est donc de fédérer des entrepreneurs et des business angels au sein d'un outil, dont la forme est en cours de réflexion. Ce projet devrait se concrétiser dès cette année. Notre idée sera alors de sélectionner une dizaine de projets et nous trouver les solutions pour leur apporter un effet de levier.


Vous vous substitueriez alors aux banques. N'avez-vous déjà pas l'impression que certains banquiers attendent que le travail de qualification d'un dossier de création soit fait par votre réseau avant d'ouvrir les vannes du crédit, et limiter ainsi leurs risques?

Je dirais qu'il est dans notre essence de faire ce travail. Car nous sommes bien placés pour le faire. Croyez-vous qu'un chargé d'affaires, qui reste souvent peu de temps en place, dispose de tous les éléments contextuels pour analyser au mieux un dossier? Notre rôle est un peu de faire ce travail pour les banques, qui sont d'ailleurs nos partenaires financiers.


Ces partenaires, on les dit actuellement frileux en ce qui concerne le soutien aux créateurs. C'est un élément que vous retrouvez sur le terrain?

Nous constatons bel et bien un ralentissement du nombre de projets, mais il n'est pas forcément lié au manque de financements. Il me semble plutôt que le facteur psychologique joue à plein. Devant la période de flottement, beaucoup de créateurs décalent le lancement de leurs projets. Les mises à l'eau se sont ainsi un peu calmées au cours des dernières semaines. Dans ce cadre, notre message reste que la crise apporte aussi des opportunités. Celles de constituer des entreprises dont le profil et les modèles s'adaptent à la nouvelle donne. Et qui seront dès lors très performantes quand le contexte économique général sera plus porteur.

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