Pays de la Loire

Industrie

Pourquoi la tendance de la seconde main séduit les entreprises des Pays de la Loire

Par Olivier Hamard, le 26 mai 2021

Aujourd'hui, le consommateur n'hésite plus à acheter des produits qui ont déjà servi. Vertueux sur le plan environnemental et économique, ce marché de la seconde main gagne de plus en plus les entreprises des Pays de la Loire.

Déjà très présent dans la vie quotidienne des consommateurs, l'achat de matériel de seconde main se développe de plus en plus en B to B.
Déjà très présent dans la vie quotidienne des consommateurs, l'achat de matériel de seconde main se développe de plus en plus en B to B. — Photo : Atypix | Thibaut Priou

La loi Agec, Antigaspillage pour une économie circulaire, de février 2020, demande aux collectivités et aux services de l’État que leurs achats soient issus du réemploi ou intègrent des matières recyclées à hauteur d’au moins 20 %. Pour les entreprises, il n’existe aucune obligation dans ce domaine. Mais elles se tournent elles aussi de plus en plus vers une consommation plus vertueuse, à la fois parce qu’elle permet de réduire l’empreinte carbone et qu’elle permet de réaliser des économies. Les acteurs de ce marché en B to B de produits d’occasion ou reconditionnés, qui ont donc fait l’objet d’une révision ou d’une réparation par un professionnel, observent eux aussi une augmentation de cette tendance qui devrait continuer de s’amplifier.

Le boom du mobilier de bureau

À Saint-Jean-de-Linières, en périphérie d’Angers, Loire Eco Distribution connaît une croissance sans précédent : la PME devrait voir son chiffre d’affaires augmenter cette année de 40 à 50 %. " Le développement est exponentiel ! Nous avons clôturé l’exercice 2019-2020 à 720 000 euros le 31 août dernier et en avril, nous étions déjà à 830 000 euros. " Grégory Soret, le dirigeant de Loire Eco Conception, s’était lancé tout seul en 2012 dans la commercialisation de mobilier de bureau de seconde main. La PME angevine, qui a toujours enregistré une progression depuis sa création, fait aujourd’hui un bond en avant.

Grégory Soret a créé Loire Eco Distribution en 2012. L'entreprise est en pleine croissance et envisage de construire un nouveau bâtiment logistique. 
Grégory Soret a créé Loire Eco Distribution en 2012. L'entreprise est en pleine croissance et envisage de construire un nouveau bâtiment logistique.  - Photo : Loire Eco Distribution

Elle emploie 8 collaborateurs en permanence, avec un effectif qui grimpe parfois jusqu’à 12 personnes, et va recruter deux nouveaux salariés. Depuis le début de la crise sanitaire en effet, la tendance de l’achat de mobilier de bureau reconditionné se renforce. " Nous avons enregistré une forte hausse après l’été 2020, analyse Grégory Soret, due à de nombreux facteurs, comme le développement du télétravail, la question de l’ergonomie des postes de travail, le souhait de réduire son empreinte carbone et la volonté de faire des économies, même si la question du coût semble venir après celle de l’environnement. "

Loire Eco Distribution vend du mobilier de bureau d’occasion récent et reconditionné, à des tarifs inférieurs de 50 à 70 % du prix du neuf et commercialise aussi du matériel informatique d’occasion. " Nous achetons des lots à des sociétés qui déménagent ou relookent leurs bureaux ", indique Grégory Soret. Si le mobilier ne peut pas être vendu, il sera donné à des associations pour être réutilisé et en dernier lieu pourra rejoindre la filière du recyclage. La PME équipe en mobilier de seconde main des entreprises dans toute la France, avec des parcs qui peuvent aller jusqu’à plus de 100 personnes. "Nous fournissons des sociétés et des collectivités de plus en plus importantes", confie le dirigeant.

De la propriété à l’usage

Acquérir du mobilier de bureau reconditionné pour équiper son entreprise est devenu une démarche courante. Et la tendance va sans doute s’accentuer, à l’heure où le télétravail prend une place plus importante, où les surfaces de bureau vont probablement se réduire et où l’on travaille dans des espaces partagés. " Le mouvement a d’ailleurs été amorcé par les espaces de coworking et les start-up, analyse Julien Dossier, expert en neutralité carbone et dirigeant du cabinet nantais Quattrolibri, qui intervient en France et en Europe auprès d’entreprises et de collectivités. On les a souvent équipés avec une esthétique de la récupération. Ces lieux ont ainsi accoutumé l’œil de beaucoup de gens sur cette culture du non-neuf."

Cette culture du réemploi en B to B est loin d’être l’apanage du mobilier de bureau. Téléphonie, flottes de véhicules, bâtiments modulaires, machines ou encore outillage peuvent aussi faire l’objet d’achats dits de seconde main. "Historiquement, la première motivation était économique, indique Julien Dossier. Il y a en effet une logique financière dans le réemploi, avec des postes coûteux qui peuvent peser sur les bilans et sur lesquels on peut économiser. Le mouvement prend de l’ampleur aujourd’hui avec un nouveau moteur, celui de l’environnement. Cela s’inscrit dans un contexte d’économie circulaire où on peut aujourd’hui acheter d’occasion, mais aussi partager ou louer plutôt que posséder. On bascule de la propriété vers l’usage. Certaines entreprises vont même encore plus loin en faisant attention à la destination du matériel dont ils se séparent, en le destinant à des associations ou à l’économie circulaire."

Une prise de conscience de plus en plus importante

De purement économique, l’achat de produit de réemploi est donc aussi devenu un acte d’engagement. Un changement qu’Yves Le Gohébel a perçu depuis plusieurs années. L’entreprise Connexing, qu’il a fondée à Saint-Herblain à la fin des années 2000, emploie une cinquantaine de personnes pour 15 millions d’euros de chiffre d’affaires. Présente à Bruxelles et à Milan et l’an prochain en Espagne, la société de Saint-Herblain (Loire-Atlantique) commercialise uniquement en B to B du matériel reconditionné, téléphonie, smartphones, ordinateurs portables et des produits associés. " Fin 2008 et en 2009, indique Yves Le Gohébel, au moment de la crise des subprimes, c’était le prix avant tout ! Aujourd’hui, il y a d’autres critères, comme l’aspect environnemental et sociétal. Nous avons donc des clients qui cherchent à acheter moins cher et d’autres qui le font dans un objectif vertueux. Cela dépend de la culture des entreprises, mais la prise de conscience est de plus en plus importante. "

Connexing, première entreprise "à mission" de Loire-Atlantique dont elle a obtenu le label en juin 2020, se fournit uniquement auprès d’acteurs français du reconditionnement et rachète aussi des matériels en fin de vie qui seront ensuite recyclés.

Yves Le Gohebel, PDG de Connexing
Yves Le Gohebel, PDG de Connexing - Photo : Julien Gazeau

" Nos fers de lance sont le réemploi et les produits écoconçus ", précise Yves Le Gohébel. Connexing est ainsi le plus important vendeur en France de la marque Fairphone, un smartphone fabriqué aux Pays-Bas, et commercialise aussi les produits de la marque française Crosscall. L’entreprise travaille avec environ 10 000 clients, dont 2 000 récurrents, et parmi eux de grands comptes tels que la RATP, l’AP-HP ou encore Axa et des collectivités. Et son engagement va plus loin que la vente de produits reconditionnés ou écoconçus : toute commande passée auprès de l’entreprise finance en effet une heure de soutien scolaire dispensée par une association à Sainte-Luce-sur-Loire, en périphérie de Nantes. " La démarche de l’achat de produits reconditionnés fait partie de la RSE, indique Yves Le Gohébel, et il faut l’associer à la politique sociale et environnementale de l’entreprise et de son dirigeant. "

Téléphonie : Du B to C au B to B

Sans aller jusqu’à s’inscrire dans une démarche RSE dont il peut être l’une des briques, l’achat de seconde main, quand il correspond à une démarche environnementale, ajoute à l’image de l’entreprise. Il peut aussi être un atout supplémentaire dans des secteurs en tension, la jeune génération qui entre sur le marché du travail étant probablement de plus en plus sensible à ce type d’actions. " Les collaborateurs sont parfois prescripteurs d’achat de matériel reconditionné souligne Nicolas Lescarret, directeur de Largo Business. En téléphonie, c’est le marché du grand public qui guide celui du B to B, car les produits sont les mêmes. Les collaborateurs qui se tournent de plus en plus à titre personnel vers le reconditionné, ne voient pas d’inconvénient à ce que leur entreprise fasse de même. À prix équivalent, ils seront équipés d’outils plus évolués que des appareils neufs". La filiale B to B de la société nantaise Largo, spécialisée dans le reconditionnement de smartphones et d’ordinateurs portables pour le grand public qu’elle commercialise via les distributeurs, les opérateurs et sur son site internet, a été créée en octobre 2020. " Les chiffres sont déjà au-delà de ce que nous avions prévu en début d’année et c’est pour nous un fort levier de croissance ", indique Fannie Hersen, directrice marketing de Largo.

Le marché du smartphone a représenté 14 % des téléphones vendus en France en 2020 contre 11,6 % en 2019 tous clients confondus et le parc de téléphones professionnels représente plus de 9 millions d’appareils. Chez Largo, les smartphones destinés aux particuliers comme aux professionnels suivent le même circuit de reconditionnement, avec un rapport d’intervention et une garantie, mais l’entreprise nantaise ajoute une série de services en B to B, comme un centre dédié aux professionnels, un paramétrage spécifique des appareils, une offre opérateur, un remplacement rapide en cas de panne ou encore des accessoires. " Nous accompagnons les entreprises pour reconditionner leurs anciens téléphones qui n’ont plus de valeur, indique Nicolas Lescarret, et nous échangeons avec elles sur les moyens de communiquer sur leur démarche. "

Une démarche du réemploi de plus en plus courante dans les entreprises, et dont le mouvement va indéniablement s’accélérer, par engagement, par logique financière, par nécessité environnementale ou encore parce que les collaborateurs et les jeunes générations qui entrent en entreprise y sont sensibles. " La crise du Covid a accéléré encore la prise de conscience, assure Pierre Le Gohébel. Cela va s’accentuer et il n’y aura pas de retour en arrière. "

Déjà très présent dans la vie quotidienne des consommateurs, l'achat de matériel de seconde main se développe de plus en plus en B to B.
Déjà très présent dans la vie quotidienne des consommateurs, l'achat de matériel de seconde main se développe de plus en plus en B to B. — Photo : Atypix | Thibaut Priou

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