Nantes

Agroalimentaire

Pénalisé par la crise agricole, Terrena revoit sa stratégie

Par Amandine Dubiez, le 31 mars 2017

La deuxième coopérative de France présente un résultat négatif cette année, en baisse de 22 millions, à cause des mauvaises récoltes de céréales, et de la difficile intégration de Doux. Pour être moins vulnérable, Terrena prend un virage stratégique vers une « nouvelle agriculture ».

Photo : Terrena

Un chiffre d’affaires en hausse, à 5,2 milliards d’euros, mais un résultat net en baisse de 22 millions d’euros alors qu’il dépassait les 30 millions d’euros en 2015. L’année 2016 a été compliquée pour la deuxième coopérative agricole française, principalement à cause de la météo : les mauvaises conditions climatiques du printemps dernier ont engendré des pertes de 40% en moyenne pour les récoltes de céréales, -50% sur le blé ce qui fait souffrir les activités du groupe coopératif alimentaire.

Le rachat de Doux plus difficile que prévu

Mais ce n’est pas la seule raison qui explique ces mauvais résultats. Le rachat de Doux a été plus difficile que prévu. Alors que Terrena, comptait profiter de l’expertise reconnue du groupe à l’export, qui représentait 80% de ses activités, elle a vu les portes se fermer au cours de l’année en Chine, Japon, Irak etc. à cause de la grippe aviaire qui a sévi dans le Sud ouest et impacté toute la filière française. Et c’était sans compter sur une féroce concurrence du Brésil avantagé par une monnaie dévaluée, qui a obligé le groupe à baisser les prix sur ses marchés principaux au Moyen Orient.

Terrena lance ses propres marques

« Les mauvaises récoltes de céréales nous ont couté 15 millions de résultats nets. Si l’on regarde uniquement le pôle historique de Terrena, les résultats restent positif », justifie Olivier Miaux, directeur administratif et financier du groupe. Pour être moins vulnérable à l’avenir face à ses aléas extérieurs et imprévisibles, la coopérative a pris un virage stratégique. Après avoir réorganisé ses pôles en interne, après avoir consolidé sa stratégie financière en se dotant d’un crédit syndiqué bancaire de 630 millions d’euros, elle a décidé de lancer ses propres marques.

La Nouvelle Agriculture, s’installe en ce moment même dans les rayons des supermarchés. La marque garantit du poulet, lapin ou porc, boeuf, sans OGM ni antibiotique. Le pôle volaille de Terrena, rebaptisé cette année Galliance relance aussi la marque Père Dodu, créé par Doux et qui bénéficie d’une bonne image auprès des consommateurs. 17 nouvelles références orientées cuisines faciles et snacking vont être lancés par le n°1 en produits élaborés et volaille bio. Terne lance par ailleurs une marque de boeuf bio baptisée Sourire de Campagne.

Ce positionnement du n°1 en produits élaborés s’explique par le besoin de transparence des consommateurs sur l’origine et la qualité des produits. Pour preuve, alors que le marché du bio est en augmentation de 20% par an en France, le chiffre d’affaire de ce segment augmente chez Terrena de 15% cette année, pour s’établir à 141 millions d’euros.

« Nous ne pouvons pas nous inscrire dans une bataille des prix avec les Brésiliens »

Cette montée en gamme sur la chaine de valeur, le troisième exportateur mondial de poulet compte bientôt la dupliquer sur ces marchés du Moyen-Orient. La Nouvelle Agriculture devrait ainsi s’installer dans les rayons saoudiens avant la fin de l’année. « On a remarqué que les Saoudiens, par exemple, font attention à leur ligne. Or les poulets brésiliens, nourris au soja sont 15% plus gras que les nôtres, c’est donc cela que nous allons mettre en valeur nos produits», explique Maxime Vandoni, directeur général du groupe qui réalise pour le moment 12% de son chiffre d'affaires à l’export soit 640 millions. « Nous ne pouvons pas nous inscrire dans une bataille des prix avec des Brésiliens, des Ukrainiens ou des Russes mais la marque a une vraie légitimité pour porter des produits premium », explique pour sa part Christophe Couroussé, le directeur du pôle volaille.

Pour tenir la cadence, le groupe coopératif continue d’investir massivement notamment dans l’automatisation dans les unités de production de volaille. Il investit aussi dans le numérique, notamment dans l’outil Wuiz qui collecte et exploite les data collectées auprès des adhérents. Par ailleurs, Terrena en partenariat avec GS1, vient de créer la plateforme de traçabilité AgriMatrice, une plate-forme collaborative qui permet d’assurer une traçabilité complète des produits et d’établir un nouveau standard de référence pour tous les acteurs de la chaine agro-alimentaire, qu’ils soient logisticiens, distributeurs, grossistes etc.

Photo : Terrena

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