International

Interview Patrick Ferron (Altios International) : « La crise du Covid-19 crée des opportunités à l'international »

Entretien avec Patrick Ferron, directeur associé d'Altios International

Propos recueillis par Caroline Scribe - 23 juin 2020

Patrick Ferron est directeur associé du groupe nantais Altios International, implanté dans 22 pays et spécialisé dans le conseil et l'accompagnement opérationnel des entreprises à l'international. Fort de cette expérience, il livre sa vision de l'export dans le monde post-Covid.

Patrick Ferron, dirigeant associé d'Altios International.
Patrick Ferron, dirigeant associé d'Altios International. — Photo : Altios

Employant 430 collaborateurs pour 30 millions d'euros de chiffre d'affaires, Altios est présent dans 22 pays via ses 28 bureaux. Cela vous a-t-il aidé à anticiper la crise du coronavirus ?

Patrick Ferron : Malheureusement, non. Comme tous les Européens, nous nous sommes montrés naïfs sur le sujet. Notre bureau à Shanghai a été fermé au début de l’année, mais à aucun moment nous avons pensé que l’épidémie se propagerait en Europe. Le temps d’un week-end, après l’allocution du Président Macron, nous avons basculé en mode gestion de crise. Au plus fort de la pandémie, toutes nos agences étaient confinées. Altios France a perdu environ 30 % de son activité. Pour maintenir la proximité avec nos clients, nous avons mis en place une hotline dédiée à toutes les problématiques export que pouvaient rencontrer nos clients : que faire quand des collaborateurs sont bloqués dans un pays ? Quelles sont les aides proposées par les différents États ? Comment y accéder ? Pendant la période de confinement, nous avons ainsi accompagné plus de 60 ETI et PME françaises implantées à l’étranger.

Pensez-vous que cette crise va accélérer l’internationalisation des entreprises françaises ou la freiner ?

Patrick Ferron : Je pense que cette crise va jouer un rôle de catalyseur. Elle va accélérer la segmentation entre les entreprises que l’on observait depuis un moment. D’un côté, on a des entreprises qui font de l’international en saisissant des opportunités sans véritable stratégie. Je pense que celles-ci vont plutôt mettre à l’arrêt leur développement à l’export. De l’autre côté, vous avez des entreprises déjà internationalisées et engagées à l’export pour qui l’international représente une solution agile pour rebondir, diversifier les risques et trouver les relais de croissance que n’offrent pas les marchés français et européens. Selon une enquête réalisée par Bpifrance, sur 100 entreprises initiant un développement international, 79 arrêtent après deux ans.

Quel est le profil des entreprises qui réussissent à l’export ?

Patrick Ferron : Il y a en France environ 130 000 entreprises exportatrices, parmi lesquelles des PME et ETI. L’export n’est pas réservé aux grands groupes. Il est adapté à des entreprises saines, ayant des fonds propres, une position de leader sur leur niche de marché et une méthodologie. Ma conviction est que la crise va renforcer la nécessité de professionnaliser et d’organiser la démarche d’internationalisation.

« Nous n’avons jamais signé autant de projets de croissance externe à l’étranger. »

Préparer son internationalisation, cela signifie définir sa proposition de valeur, sa stratégie de produit, de prix, de marge, de distribution… Ensuite, il faut mettre en face des moyens bien dimensionnés qui vont donner à la fois de l’ambition et du succès. Pour les entreprises qui peuvent se projeter, le moment est intéressant. La crise offre des opportunités à l’international.

Quelles opportunités la crise du Covid-19 offre-t-elle ?

Patrick Ferron : La crise crée des opportunités en termes d’accessibilité, la valorisation des entreprises étant inférieure à ce qu’elle était auparavant. Le moment est donc propice aux acquisitions d’entreprises à l’étranger. Depuis trois mois, nous n’avons d’ailleurs jamais signé autant de projets de croissance externe à l’étranger. La période est également intéressante pour recruter des talents aux États-Unis, en Chine ou encore en Allemagne. En effet, la crise a remis sur le marché de l’emploi des cadres qui n’étaient pas disponibles auparavant. Enfin, nous sommes de plus en plus sollicités pour des créations de filiales à l’étranger. La présence physique dans un pays apporte de la réactivité, de la crédibilité et de la légitimité à un moment où l’on privilégie la notion de circuits courts.

Patrick Ferron, dirigeant associé d'Altios International.
Patrick Ferron, dirigeant associé d'Altios International. — Photo : Altios

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la version gratuite de nos newsletters dans votre boîte mail