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Interview Nicolas de Villiers (Puy du Fou) : « La désorganisation de l’État est mortelle pour les entreprises »

Entretien avec Nicolas de Villiers, président du Puy du Fou

Propos recueillis par Jéromine Doux - 01 avril 2020

Le Puy du Fou est contraint de repousser son ouverture de trois semaines à cause de l’épidémie de coronavirus. Si le président du parc ne sait pas encore évaluer la perte de chiffre d’affaires que ce retard représente, il s’agace des « tergiversations du gouvernement, qui auront des conséquences mortelles sur les entreprises ». Nicolas de Villiers est pourtant proche du chef de l’État. Invité à l’Élysée il y a un an, aux côtés du président chinois, Xi Jinping, le dirigeant du Puy du Fou avait également suivi Emmanuel Macron lors d’un voyage en Chine, en novembre 2019.

Nicolas de Villiers, président du parc du Puy du Fou, en Vendée.
Nicolas de Villiers, président du Puy du Fou, s'agace "du manque de clarté du gouvernement" dans le cadre de l'épidémie de Covid-19. — Photo : Stéphane Audran - Puy du Fou

Le Journal des Entreprises : Quelles sont les conséquences de l’épidémie de coronavirus pour le Puy du Fou ?

Nicolas de Villiers : Nous avons dû reporter l’ouverture du parc prévue le 4 avril, au 18 avril, puis au 25 avril, lorsque l’État a annoncé qu’il prolongeait les mesures de confinement.

Est-ce que les répétitions sont à l’arrêt ? Comment s’organise le parc ?

Nicolas de Villiers : Nous sommes en effectif réduit, mais nous continuons de travailler. Certaines répétitions ont toujours lieu, les spectacles avec des effets spéciaux peuvent être répétés, mais pas ceux où il y a des contacts physiques. Nous avançons sur tous nos projets, au ralenti.

« Il est impossible de prévoir le montant de ses pertes et très difficile de gérer sa trésorerie. »

Nous n’avons pas pour logique de nous arrêter, lorsqu’il est possible de continuer. Nous faisons appel à des entreprises du bâtiment et d’autres sociétés externes. Aujourd’hui, 250 personnes travaillent sur le site contre 2 500 habituellement à cette période. Nous avons été obligés de réduire les effectifs par 10, pour respecter les consignes de sécurité.

Avez-vous eu beaucoup d’annulations ?

Nicolas de Villiers : Certains des visiteurs qui devaient venir entre le 4 et le 25 avril ont préféré annuler leurs visites, plutôt que de les reporter. Mais cela ne concerne qu’une petite part des réservations, la majorité des visiteurs ont repoussé leurs séjours.

Le président de la République Emmanuel Macron et le président du Puy du Fou Nicolas de Villiers, lors d'un voyage officiel en Chine en novembre 2019.
Le président de la République Emmanuel Macron et le président du Puy du Fou Nicolas de Villiers, lors d'un voyage officiel en Chine en novembre 2019. - Photo : PUY DU FOU

Comment appréhendez-vous cette saison 2020 ?

Nicolas de Villiers : Nous sommes conscients qu’il va falloir du temps pour que les Français reprennent confiance et sortent à nouveau. Il va y avoir un temps de déconfinement. Nous pourrons ouvrir le Puy du Fou et tous ses services, mais nous ne pouvons pas deviner quelle sera la fréquentation. Il faut être très prudent. Tout ne va pas repartir du jour au lendemain, comme si de rien n’était. Mais je crois quand même que nous pourrions avoir un bel été. Les Français n’auront sans doute pas envie d’aller passer des vacances à l’étranger.

Avez-vous évalué la perte de chiffre d’affaires que représente le report de l’ouverture du parc ?

Nicolas de Villiers : C’est très difficile à évaluer pour la simple raison que le gouvernement tergiverse. On nous parle tous les soirs ou presque à la télévision, mais toujours de manière assez vague. C’est très compliqué de prévoir la durée du confinement, puisque le gouvernement n’annonce rien, ne donne pas de consigne claire. Les tergiversations en temps de crise sont mortelles, dans tous les sens du terme. Moi, je parle avec l’État quasi quotidiennement et les consignes sont on ne peut plus floues. On sent une vraie désorganisation. Et ça a des conséquences mortelles pour les entreprises.

« L’État a les pires déboires pour acheminer des masques jusqu’en France, alors qu’il suffit de les charger dans un avion. »

Quand on ne dit pas clairement aux sociétés à quel moment l’activité va pouvoir reprendre, il est impossible de prévoir le montant de ses pertes, très difficile de gérer sa trésorerie et de donner à ses équipes des consignes claires. Par voie de conséquence, nous sommes encore plus dans le flou que le gouvernement. C’est assez pénible, la crise est suffisamment difficile à traverser, moralement, pour tout le monde.

Concernant les masques, par exemple, nous avons financé et importé 500 000 masques de Chine, au moment où le gouvernement français disait que c’était très difficile de s’en procurer. Nous, nous en avons trouvé 500 000 en deux jours. L’État a les pires déboires pour acheminer des masques jusqu’en France, alors qu’il suffit de les charger dans un avion.

Êtes-vous tout de même serein financièrement ?

Nicolas de Villiers : Oui, nos finances sont saines. Le Puy du Fou n’est pas à genou, loin de là. Nous sommes sereins sur ce point-là. Mais moins pour le pays.

Spectacle du parc de loisirs Le Puy du Fou, en Vendée.
Spectacle du parc de loisirs Le Puy du Fou, en Vendée. - Photo : Jéromine Doux - JDE

Vous annonciez il y a quelques mois le recrutement de 2 100 saisonniers, avez-vous été contraints de vous séparer d’une partie d’entre eux ?

Nicolas de Villiers : Nous avons voulu tenir notre engagement. À partir du moment où l’on a promis à une personne qu’elle était embauchée pour la saison, celle-ci a signé un contrat et est au chômage partiel. Cela ne concerne pas nos équipes permanentes. Mais nos équipes saisonnières doivent être sur les scènes de nos spectacles en ce moment normalement. Sans visiteur, elles n’ont pas de mission. La plupart des saisonniers n’ont même pas encore posé un pied sur le site. La crise avait déjà commencé avant qu’elles nous rejoignent. Pour autant, nous avons souhaité garder 100 % des contrats que nous avions prévu de signer.

Quelles sont les conséquences du report de l’ouverture du parc pour les acteurs touristiques qui travaillent avec le Puy du Fou ?

Nicolas de Villiers : Pour certains, elles sont dramatiques. Cela a des conséquences considérables chez les hébergeurs et, de façon générale, chez les restaurateurs, qui sont de toute façon impactés par la crise. Il y a un impact très important qui ne touche pas simplement le Puy du Fou.

« Nous maintenons nos investissements. »

Vous avez annoncé un montant d’investissements record de 52 millions d’euros pour 2020, est-ce que certains projets vont être reportés ?

Nicolas de Villiers : Nous maintenons nos investissements. Nous avons confiance en l’avenir et ce sont des investissements sur le long terme. C’est plutôt dans notre culture d’aller au bout des projets dans lesquels nous nous engageons.

Les travaux du Palais des congrès et du nouvel hôtel, dans lesquels vous investissez une partie de ce montant, ont-ils pris du retard ?

Nicolas de Villiers : L’activité est ralentie, donc nous avons pris du retard sur ces projets, qui étaient presque aboutis au moment de la crise. Ils ouvriront peut-être avec quelques semaines de retard.

Est-ce que les ouvertures du parc en Espagne, prévue pour 2021, et celle du parc en Chine, prévue en 2022, seront repoussées ?

Nicolas de Villiers : Non. Les travaux sont arrêtés en Espagne depuis le 30 mars, parce que la situation a vraiment dégénéré. Mais le Puy du Fou España a prévu d’ouvrir dans un an, le retard pris devrait être rattrapable. Quant aux représentations de notre spectacle El Sueño de Toledo, elles sont reportées. Cela a des conséquences économiques bien sûr, mais elles sont mineures.

En Chine, les travaux sont repartis, nous avons pris à peu près 3 mois de retard sur le planning prévu, mais les travaux reprennent activement.

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