Saint-Nazaire

Conjoncture

Navale : Les paquebots profitent-ils à Saint-Nazaire ?

Par S.V., le 06 janvier 2015

À Saint-Nazaire, le maire assure que de plus en plus d'habitants pensent que l'activité du chantier naval STX pourrait davantage profiter à l'emploi local.
Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

C'est une petite bombe que vient de lancer David Samzun, maire de Saint-Nazaire et président de la Carène. Pour l'élu socialiste, la construction navale pourrait davantage profiter à l'emploi local. Pourtant, Saint-Nazaire est la capitale française de la construction de paquebots et le plan de charge de STX est plein à craquer jusqu'en 2020. Le chantier naval nazairien de 2.500 salariés vient d'ailleurs de signer une lettre d'intention de commande avec RCLL pour la construction de deux nouveaux paquebots (lire page 15).

Provoc ?
Mais à Saint-Nazaire, « l'inquiétude est grande de voir ces commandes ne pas profiter pleinement à la dynamisation du bassin d'emplois », assure David Samzun. « Autrefois, on fêtait chaque nouvelle commande de navire dans les maisons de Saint-Nazaire. Aujourd'hui, les gens disent : cette commande, elle n'est pas pour nous ! » poursuit-il. Tout le monde ne partage pas ce sentiment. « Ces commandes, c'est une très bonne nouvelle. Les chantiers font vivre plein de monde », coupe court Hervé Germain, P-dg du sous-traitant naval Myg (45 salariés). « Il y a peut-être de la part du maire de Saint-Nazaire une part de provocation et peut-être même de méconnaissance du monde industriel », tacle même un autre dirigeant de PME.

Combien d'étrangers ?
À Saint-Nazaire, David Samzun relance un débat très sensible. Aussi bien sur le plan politique - les travailleurs étrangers au sein des chantiers sont un des principaux fonds de commerce du FN - qu'économique. Est-il judicieux de travailler pour STX ? Bien des dirigeants d'entreprise se sont posés cette question. Comme ce patron de PME nazairien, qui préfère garder l'anonymat : « Les conditions tarifaires ne sont plus tenables. L'avenir pour ma PME, ce n'est pas STX et d'ailleurs j'ai arrêté de travailler pour le chantier », explique-t-il. Combien d'entrepreneurs sont arrivés à la même conclusion ? Et sur les 4.000 salariés des sous-traitants des chantiers, combien sont originaires du bassin nazairien ? « Il y a dix ans, la moitié des personnes qui travaillait sur un navire était du bassin nazairien. Maintenant, il y en a peut-être 10 ou 20 % », répond au doigt mouillé ce même dirigeant de PME. « Le chiffre de 50 % de main d'oeuvre étrangère est souvent sorti à Saint-Nazaire. Ce chiffre est complètement faux », assure pour sa part un David Samzun, aussi soucieux du développement de l'emploi local que de ne pas donner du grain à moudre au FN. Alors combien de Nazairiens travaillent aux chantiers ? STX a, on l'espère, la réponse, mais la direction du chantier ne veut pas rentrer dans ce débat et garde aujourd'hui le silence... Le maire de Saint-Nazaire se défend de jeter la pierre sur STX. Et l'édile dit « faire confiance au monde de l'entreprise ». En même temps, il demande à ce que les services de l'État vérifient le respect de la législation dans les dispositifs de sous-traitance en cascade.

« L

e problème de fond, ce sont les compétences
»

Le débat sur l'origine des sous-traitants de STX amène une autre interrogation. Celle du savoir-faire local : est-il encore suffisant ? Pour Hervé Germain, P-dg de Myg, il s'agit même du problème de fond. « Des travailleurs étrangers, j'en ai utilisé. Simplement parce que je n'arrivais pas à trouver les compétences localement. Ce qu'il faut savoir c'est que ça coûte le même prix qu'un intérimaire en France même s'il y a toujours quelques brebis galeuses qui en profitent pour faire du bas coût », indique Hervé Germain. D'où vient ce problème de compétences ? « Un certain nombre de sous-traitants ont mis la clé sous la porte », répond un dirigeant nazairien. « Des chefs d'entreprise me disent : "Je n'arrive pas à recruter". Je ne peux pas accepter cela et il est de ma responsabilité de dire : "vérifions que l'offre de formation correspond aux besoins des entreprises "», assure David Samzun. Le maire de Saint-Nazaire a demandé au préfet d'organiser une réunion de travail pour évoquer l'ensemble des sujets relatifs à la sous-traitance navale.

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