Industrie

Michelin : L'investissement a fondu de moitié

Par Florent Godard, le 02 octobre 2015

AUTOMOBILE Spécialiste des pneus pour poids lourds, l'usine Michelin de La Roche s/Yon table sur une centaine de créations de postes et 50 millions d'euros d'investissement entre 2013 et 2019. Soit moitié moins que prévu initialement. La raison ? Un marché mondial moins favorable, explique la direction.
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C'était en 2013, le groupe Michelin annonçait un vaste programme d'investissement de 800 millions d'euros dont 100 millions pour le seul site de La Roche-sur-Yon, sur la période 2013-2019. Objectif : renforcer sa compétitivité industrielle et son potentiel R & D. Déjà massive, avec ses 65.000 m² de bâtiments, l'usine yonnaise employait alors plus de 600 salariés. « D'une usine de taille moyenne, nous allons devenir un fleuron européen de la production de pneus poids lourd », commentait à l'époque le directeur du site yonnais, Miguel Gimenez de Córdoba. La production de pneus devait doubler, de 800.000 à 1,6 million d'unités livrées par an, dont 75 % à l'export... Mais voilà, au vu des prévisions d'évolution du marché, le groupe annonce qu'il table désormais sur 1,2 million d'unités à cette échéance. « Aujourd'hui, le marché du poids lourd reste incertain au niveau mondial, notamment en Amérique du Sud, en Chine ou encore en Russie, où les perspectives de ventes se sont détériorées. De son côté, le marché européen reste encore en deçà de son niveau de 2007 », explique Miguel Gimenez de Córdoba.




« Projet décalé dans le temps »

Conséquence directe, la direction de Michelin annonce qu'elle réduit son plan d'investissement, qui s'élèvera à 50 millions d'euros. Moitié moins qu'annoncé. Officiellement le projet Skipper a été décalé dans le temps. « L'entreprise va d'abord cibler un premier palier à 1,2 million de pneus d'ici cette date de 2019, avec l'ambition d'atteindre ensuite l'objectif initial, quand le marché le permettra », dixit le directeur du site de La Roche.




Création d'environ 100 postes contre 170 prévus au départ

Côté emploi, les 170 créations de postes, annoncées sur six ans, vont aussi être revues à la baisse. Hors remplacements des départs à la retraite, Michelin table désormais sur 100 recrutements en CDI et CDD. Ce chiffre inclut l'arrivée en Vendée d'une vingtaine de salariés en provenance du site de Joué-lès-Tours en Indre et Loire, où un atelier de pneus poids lourd a été arrêté. Ils font aujourd'hui partie des effectifs yonnais.




« Un coup de poignard »

« C'est comme un coup de poignard dans le dos. Que ce soit à La Roche-sur-Yon ou à Clermont-Ferrand, on nous avait promis ce programme rubis sur l'ongle », réagit Anthony Guilloteau, délégué syndical CGT. Le Vendéen avait déjà commencé à se poser des questions il y a quelques mois. « En début d'année, il était question de décaler la fin du programme à 2021 ». L'argument de la conjoncture ne le convainc pas. « J'entends parler de difficultés en Amérique du Sud, de concurrence asiatique low-cost etc., mais Michelin a tout de même des prévisionnistes, s'étonne-t-il. C'est quand même surprenant de voir des commandes de machines retardées ou annulées, trois mois avant leur réception programmée dans l'usine..»




15 à 20 millions d'euros déjà injectés

Miguel Gimenez de Córdoba voit, quant à lui, le verre à moitié plein. « Que certains vivent cela comme une douche froide, je le comprends. On leur annonce un très beau projet, puis un second, un peu moins beau. Mais il faut toutefois rappeler qu'entre 15 et 20 millions d'euros ont d'ores et déjà été investis sur le site industriel de La Roche-sur-Yon. » Principale nouveauté, la construction achevée d'un bâtiment de 3.500 m², qui abritera en fin d'année une nouvelle machine d'extrusion de caoutchouc. Pour rappel, le précédent plan tablait sur près de 25.000 m² d'extension. Le directeur de l'usine rappelle enfin « que 140 personnes ont étéembauchées ces deux dernières années, si l'on compte les départs à la retraite, qui concernent en moyenne 20 à 30 personnes chaque année ». Et ajoute : « nous ne sommes pas arrivés à la fin des recrutements ». Parallèlement, Michelin travaille aussi sur « la transformation sociale de l'entreprise ». Actuellement, pas moins de 70 salariés planchent sur des pistes d'amélioration dans divers domaines (sécurité, formation, qualité de vie au travail...). Des pistes concernant la flexibilité du travail devraient aussi faire partie des discussions à venir. Pour Anthony Guilloteau, le projet skipper de la direction, au delà des investissements, concerne, pour beaucoup, cet aspect-là.



Florent Godard Michelin

(


La Roche-sur-Yon) Directeur : Miguel Gimenez de Córdoba 740 salariés (CDI + CDD) 02 51 36 63 00

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