Medef 44 : Pourquoi les patrons veulent syndiquer tous les salariés

Par la rédaction, le 07 octobre 2011

Rendre l'adhésion à un syndicat de salarié obligatoire: c'est la petite bombe que vient de lâcher le Medef de Loire-Atlantique. Derrière cette proposition, la volonté de déradicaliser le syndicalisme français et de se passer de l'arbitrage de l'État.
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«Chez moi, il n'y a pas de syndicats», énonce non sans fierté ce dirigeant d'une PME d'une cinquantaine de collaborateurs de l'agglomération nantaise. Non sans fierté parce que, dans l'esprit de ce chef d'entreprise, si aucun salarié n'a ressenti le besoin de se syndiquer, c'est que le dialogue social fonctionne suffisamment bien en interne. Le Medef de Loire-Atlantique vient d'émettre une proposition allant totalement à contre-courant de cette façon de penser. Le syndicat patronal entend en effet rendre l'appartenance à un syndicat obligatoire pour tous les salariés.




Le choix de Laurence Parisot?

Hormis une grève à la raffinerie de Donges et la manifestation des enseignants, la rentrée sociale avait pourtant été calme cette année. Mais pour le Medef, cette idée est tout sauf une réaction épidermique à un fait d'actualité. Il s'agit de l'une des dix propositions que l'organisation patronale locale fait remonter à son échelon national en vue des prochaines élections présidentielles. Un exercice auquel l'ensemble des Medef locaux se livrent en ce moment en France. L'équipe de Laurence Parisot compilera certaines de ces propositions dans le livre «Besoin d'air2», son programme politique qu'elle soumettra aux candidats de 2012. Retiendra t-elle la petite bombe lâchée par les troupes de Yann Rolland? Côté syndical, la proposition patronale interpelle. «Si on passe sur son caractère obligatoire, la proposition est intéressante. Maintenant, il faut aussi que le Medef fasse entendre ce besoin de syndicat auprès de ses propres adhérents. On constate trop souvent que se syndiquer a des répercussions négatives sur le déroulement de carrière d'un salarié. Pour certaines PME, le syndiqué c'est encore le diable et la répression syndicale, cela existe encoredans certaines entreprises», estime Isabelle Mercier, secrétaire générale de la CFDT 44. Le «tous syndiqués» du président du Medef 44 prête ainsi aujourd'hui à débat en Loire-Atlantique. Sur la forme, le caractère obligatoire de l'adhésion divise les dirigeants locaux. Certains sont franchement contre, à l'instar de la CGPME ou de Jean-Christophe Léac, P-dg de LCA à Guérande:«Il y a tellement de lois... Comme toujours, celle-ci va être bonne pour certains et mauvaise pour d'autres». D'autres s'en félicitent, comme Jean Cesbron, P-dg de Novoferm (Machecoul) et président de l'UIMM: «C'est bien de réfléchir à toutes les possibilités pour rendre les syndicats plus représentatifs». D'autres enfin pensent que le problème est ailleurs:«Avant de vouloir rendre obligatoire l'adhésion syndicale, je pense qu'il faut d'abord impliquer les salariés au projet d'entreprise. Ensuite, faire en sorte d'animer le débat avec les représentants syndicaux. Au final, je crois que l'on a les syndicats que l'on mérite et qu'ils sont représentatifs du climat de l'entreprise», estime ainsi Jean-Christophe Giroux, directeur général de Manitou.




«Syndicalisme décadent»



Qu'est ce qui motive alors cette proposition du Medef? Les patrons auraient-ils à ce point l'impression de manquer actuellement d'opposition? L'organisation patronale cherche tout le contraire. L'adhésion obligatoire marque sa volonté de faire évoluer le syndicalisme salarié. Une volonté partagée du coup par une large majorité de chefs d'entreprise. Président de la CGPME régionale, Philippe Moreau assène ainsi sans détours: «Quand on a un syndicalisme décadent, il faut le réformer». Celui-ci est «trop politique, trop partisan et c'est d'ailleurs pour cela que les salariés ne s'y retrouvent pas», renchérit Jean-Christophe Léac. Si effectivement 30% des Français étaient syndiqués en 1950, seuls 8% le sont aujourd'hui, ce chiffre tombant à 5% dans les entreprises privées, selon les statistiques de la Dares.





Pourquoi alors chercher à renforcer son meilleur ennemi? Pour mieux l'affaiblir, l'ennemi en question n'étant pas le syndicat mais ses franges les plus radicales!





La manoeuvre du Medef consiste en effet à diluer l'extrémisme par l'adhésion du plus grand nombre. «Il s'agit de favoriser le dialogue avec des personnes représentatives et non plus enfermées dans des bastions», expose ainsi Philippe de Portzamparc, P-dg de la société de Bourse qui porte son nom. À la CFDT, cette perspective interroge: «Le risque, c'est que les chefs d'entreprise favorisent l'émergence de telle ou telle organisation syndicale. Au bout du compte, on aurait des syndiqués et des dirigeants pieds et poings liéset ce n'est pas bon pour le dialogue social», prévient Isabelle Mercier.




Ciao l'État!

«Il faut rompre définitivement avec la lutte des classes, antithèse du dialogue social», répond Yann Rolland. Et il n'y a pas qu'avec la lutte des classes que le président du Medef de Loire-Atlantique veut rompre. Car une fois un dialogue social «de qualité» établit, il sera grand temps de demander à l'État de s'occuper de ce qui le regarde. En tout cas, de moins mettre le nez dans les affaires des entreprises: «Nous avons besoin de syndicats forts, pour construire ensemble fortement. Si les employeurs et les salariés sont suffisamment forts pour être représentatifs, nous pourrons nous passer de l'État», poursuit Yann Rolland. Des 35heures à la prime des 1.000euros, il faut croire que les décisions des gouvernants ne sont pas toujours accueillies avec bienveillance par les entrepreneurs... Reste que le «tous syndiqué» a parfois du mal à passer, y compris chez certains adhérents du Medef 44. Pas sûr donc que cette proposition remonte jusqu'aux candidats à la prochaine présidentielle. Ironie de l'histoire, «ce tous syndiqués» figurait en 2007 dans le programme de Ségolène Royal.

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