Pays de la Loire

Agroalimentaire

Le plan de Terrena pour s’adapter à la baisse de la consommation de viande 

Par Amandine Dubiez, le 25 avril 2019

La coopérative Terrena, deuxième producteur de volaille et de viande bovine en France, affine sa stratégie de différenciation pour s’adapter à la baisse de consommation de viande et aux nouvelles exigences des consommateurs. Au menu du groupe agroalimentaire qui s'est délesté du breton Doux : plus de végétal, une accélération vers le bio et de l'export en Chine. 

Guillaume Serizay, directeur administratif et financier, Olivier Chaillou, président de Terrena et Philippe Grié, directeur général par intérim
Le groupe Terrena a largement réussi à réduire ses pertes en 2018, signe que la coopérative agricole ligérienne "est résiliente", souligne son nouveau président Olivier Chaillou. — Photo : JDE

« 2018 restera comme une année de transition », résume sobrement Olivier Chaillou, le nouveau président de Terrena, agriculteur à Brissac-Loire-Aubance (Maine-et-Loire), qui prend le relais d’Hubert Garaud, après 13 ans de mandat. En 2019, le groupe agroalimentaire d’Ancenis espère prendre un nouveau départ, après trois années particulièrement difficiles, marquées par des « récoltes catastrophiques », comme le souligne lui-même Olivier Chaillou, mais aussi par une quatrième année consécutive de baisse de consommation de viande et surtout par l’échec de la reprise du groupe volailler breton Doux, mise en liquidation judiciaire et passée il y a un an dans le giron de LDC et du groupe saoudien Al Munajem.

La coopérative aura clôturé 2018 avec un chiffre d’affaires en repli de 5,1 à 4,8 milliards d’euros, une perte nette de 14 millions d’euros. C’est tout de même mieux que l’année précédente qui enregistrait un déficit de 97 millions d’euros. « C’est signe que le groupe est résilient », souligne le président de Terrena, qui compte 14 055 salariés et 21 500 agriculteurs adhérents.

Le bœuf exporté en Chine

Une résilience qui va s’avérer capitale pour supporter la phase de mutation encore en cours. Le n°2 de la viande bovine et de la volaille en France espère bientôt récolter le fruit de la nouvelle stratégie qu’il a semé dans un contexte de baisse de la consommation de viande et d’une défiance des consommateurs. L’heure est à la « massification de la différenciation », explique Olivier Chaillou.

En clair, Terrena entend se concentrer sur le bio et sur de nouveaux produits élaborés, seul moyen, pour celui qui réalise près de la moitié de son activité (près de 2 milliards d’euros de CA) avec la viande, de retrouver le chemin du profit. Sur la filière de la volaille, plombée jusqu’ici par les résultats de Doux, l’objectif est de proposer des produits alimentaires intermédiaires. C’est notamment pour cela que Terrena investit 36 millions d’euros près d’Ancenis dans un nouvel abattoir. Sur ce secteur de la volaille, la croissance est désormais tirée par le vendéen Bodin, la PME de Sainte-Hermine, en Vendée, qui réalise à nouveau 20 % de croissance, supérieure aux performances du marché du bio à +15 % en 2018.

Pour la viande bovine, la coopérative mise désormais sur la viande hachée, seul segment du marché dont la consommation augmente, à cause notamment de la mode des burgers, tout en travaillant sur une cession de son abattoir Elivia au groupe irlandais Dawn Meats, actuellement actionnaire minoritaire de la filiale. Les négociations, reportées à cause notamment du Brexit et des mauvaises performances d’Elivia, devraient reprendre dans les prochains mois.

Car c’est en Chine que Terrena voit désormais son avenir. Elle est, depuis octobre 2018, la première entreprise française à livrer du bœuf français dans ce pays, grâce à l’agrément délivré par les autorités chinoises après 17 ans d’embargo. La coopérative espère beaucoup de l’ouverture de ce marché, alors que la Chine est le deuxième importateur de viande dans le monde.

Du vin et des épinards sans OGM et sans pesticides

Terrena mise aussi sur sa gamme La Nouvelle Agriculture qui garantit des produits sans OGM et sans pesticides. C’est l’autre plan différenciant de Terrena pour renouer avec la rentabilité.

La marque, créée en 2017, répond à un cahier des charges strict : les 80 références de lapins, dindes, porcs, bovins sont garanties sans OGM, nourries avec des céréales françaises, sans traitement antibiotique. Désormais distribuée dans 2 800 grandes et moyennes surfaces, cette marque a enregistré une croissance de 27 % de ses produits en un an. Et Terrena ne compte pas s’arrêter là. Elle vient de présenter sa première gamme maraîchère, des épinards, cultivés sans herbicides et sans engrais chimiques de synthèse. La coopérative lance aussi une gamme de vin sans sulfites ajoutés et sans insecticides, sous l’étiquette Nouvel Esprit.

Le vin fait partie du Pôle végétal spécialisé, le plus rentable de Terrena. Ce segment, qui inclut les semences, l’arboriculture, les pépinières, la meunerie, représente 423 millions d’euros de CA et un Ebitda de 26 millions d’euros. Sur cette filière, il s’agit de travailler sur des semences pionnières, tout en s’enracinant à l’international. Ainsi Inveja (11 M€ de CA, 27 salariés), sa filiale installée à Haute-Goulaine, spécialisé dans la conception d’ingrédients végétaux déploie depuis un an des gammes végétales, tels que des steaks végétaux. Elle réalise désormais la moitié de son activité à l’international. De quoi donner un peu d’air à la coopérative, encore très dépendante du marché français.

Guillaume Serizay, directeur administratif et financier, Olivier Chaillou, président de Terrena et Philippe Grié, directeur général par intérim
Le groupe Terrena a largement réussi à réduire ses pertes en 2018, signe que la coopérative agricole ligérienne "est résiliente", souligne son nouveau président Olivier Chaillou. — Photo : JDE

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la version gratuite de nos newsletters dans votre boîte mail