Nantes

Industrie

Le Nautilus, un nouveau vaisseau amiral de l’innovation pour l’IRT Jules Verne

Par David Pouilloux, le 18 novembre 2022

L’Institut de recherche technologique Jules Verne vient d’inaugurer son nouveau bâtiment. Situé près de Nantes, le site de 7 000 mètres carrés héberge 135 collaborateurs et se prénomme le Nautilus. D’un coût de 13 millions d’euros, il est dédié à l’innovation technologique pour l’industrie manufacturière.

François Paynot, président de l’IRT Jules Verne.
François Paynot, président de l’IRT Jules Verne. — Photo : David Pouilloux

L’IRT Jules Verne, l’un des huit instituts de recherche technologique français, continue de monter en puissance. Cet épicentre de l’innovation aux services des industries manufacturières est situé à Bouguenais, à quelques encâblures de Nantes et à deux pas de l’usine Airbus. "Il y a dix ans, ici, il y avait 100 chercheurs et zéro étudiant, rappelle Stéphane Cassereau, directeur général de l’IRT Jules Verne. Aujourd’hui, il y a 1 000 chercheurs et 1 000 étudiants. À lui seul, l’IRT Jules Verne rassemble 135 collaborateurs, des ingénieurs-chercheurs et des techniciens. D’ici à 2025, nous serons 175." Une quarantaine de recrutements sont prévus, pour venir travailler dans le navire amiral de la recherche et du développement, qui vient d’être inauguré. Il s’étend sur 7 000 m², dont 3 000 m² de surfaces tertiaires et 4 000 m² de halles techniques.

Le bâtiment, prénommé le Nautilus, a nécessité un investissement de 12,7 millions d’euros HT. Il a bénéficié d’une subvention de 1,5 million d’euros de la part du Fonds européen de développement régional (Feder), et d’un million d’euros de la part de Nantes Métropole et de la Région Pays de la Loire. L’IRT Jules Verne a, de son côté, contracté un prêt bancaire, remboursé par les rentrées financières liées aux contrats de recherche décrochés par l’institut. En termes d'équipements, en 10 années, plus de 20 millions d'euros ont été injectés dans des machines de pointe.

Compétitivité des filières industrielles

Ce nouvel investissement s’inscrit dans un moment de renforcement de l’activité de R & D de cet institut positionné sur le "manufacturing", autrement dit l’amélioration des procédés industriels permettant la fabrication de produits. "Notre mission est d’œuvrer pour la compétitivité des usines des grandes filières industrielles françaises, dans les secteurs de l’aéronautique, du naval, de l’éolien, de l’automobile ou des énergies marines renouvelables, précise François Paynot, président de l’IRT Jules Verne, et par ailleurs directeur de l’usine d’Airbus, à Nantes. Les entreprises viennent chercher des compétences qu’elles n’ont pas en interne. De notre côté, nous savons également aller chercher des compétences ailleurs pour mener à bien les projets de recherche et de développement dont nous avons la responsabilité, en particulier des compétences académiques notamment au sein de Nantes Université. Les industriels sont à la recherche de procédés qui permettent d’améliorer les cadences de production, l’automatisation et la réduction des coûts pour être plus compétitif."

Stéphane Cassereau, DG IRT Jules Verne.
Stéphane Cassereau, DG IRT Jules Verne. - Photo : David Pouilloux

Le carnet de projets de R & D de l’IRT nantais est plutôt dodu. "Actuellement, une trentaine de projets sont en cours, rappelle Stéphane Cassereau, et cela représente environ deux années et demie de chiffres d’affaires, soit 50 millions d’euros." Récemment, l’escarcelle de l’IRT nantais s’est enrichie de six projets européens. "Nous nous sommes portés candidats sur 90 dossiers au niveau européen, et nous avons été retenus 20 fois en dix ans", se réjouit le directeur général.

250 millions d’euros de projets

"En dix ans, nous avons mené 115 projets pour un montant de 250 millions d’euros", rapporte Stéphane Cassereau. Le seul projet Zebra, qui porte sur la fabrication d’éoliennes 100 % recyclables, représente une manne de 18, 5 millions d’euros de financements, dont plus de 9 millions provenant d’industriels tels Arkema, Engie, LM Wind Power, Owens Corning, Suez et le centre de R & D Canoe. Quelque 60 industriels sont partenaires ainsi que 17 PME. 

Chaque contrat est financé en gros pour moitié par l’État et pour l’autre moitié par les industriels qui bénéficient du savoir-faire des équipes de l’IRT. "C’est le modèle français, relève François Paynot, et cette collaboration entre le public et le privé fonctionne bien. Elle permet de développer des projets en quelques mois, et non en quelques années. Les industriels expriment leur besoin. L’IRT apporte des solutions et peut proposer ces solutions à des industriels d’autres secteurs." C’est le cas d’un atelier mobile mis au point par Europe Technologies pour Naval Group mais qui a intéressé aussi le secteur automobile.

Une force dans l’écosystème de l’innovation

La nouvelle ambition de l’IRT Jules Verne, dans le contexte actuel, s’oriente fortement du côté de la décarbonation, de la transition énergétique et de la souveraineté industrielle. "Nous accélérons sur l’hydrogène avec un projet sur l’hydrogène liquide et un autre sur le gazeux, illustre Stéphane Cassereau. Nous sommes aussi partie prenante sur un projet dans le domaine de l’éolien flottant pour la conception des flotteurs de très grandes dimensions."

Le grand Jules Verne en aurait souri : l’IRT qui porte son nom inscrit son développement dans le sillage de ce que seront nos usines dans le futur. "L’IRT a démontré qu’il était une force dans l’écosystème d’innovation collaborative de notre territoire. Il a permis de renforcer les liens avec les industriels autour de projets de filières stratégiques telles que l’automobile, l’aéronautique, le naval et l’énergie, résume la présidente de Région Christelle Morançais. L’IRT contribue ainsi à faire de la Région des Pays de la Loire un territoire de référence nationale et internationale sur le sujet de l’industrie du futur." En dix ans, la Région a financé l’IRT à hauteur de 8 millions d’euros.

3 % du PIB pour la recherche

"L’industrie n’est pas le problème, dit d’ailleurs le parrain du Nautilus, Louis Gallois, ex-patron de la SNCF et d’Airbus, lors de sa prise de parole au moment de l’inauguration. L’industrie est la solution. L’IRT Jules Verne est un dispositif d’innovation technologique, le chaînon manquant entre notre industrie et le monde de la recherche." Du haut de son expérience, Louis Gallois en a profité pour poser quelques éléments de sa vision de l’industrie du futur. "La désindustrialisation de notre pays a été très rapide, avec un impact sur l’emploi, la balance commerciale et a provoqué des fractures territoriales, a-t-il souligné lors de son allocution. L’industrie de demain ne ressemblera pas à celle d’hier. Elle sera technologique, et au soutien de la transition écologique. Elle sera numérisée, écoresponsable et électrique. Nous sommes dans une période où il faut reconstruire notre appareil industriel, et investir davantage dans la recherche, avec un objectif de 3 % de notre PIB, contre 2, 2 % aujourd’hui."

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