Nantes

Transport

Le groupe DMD livre une voiture hydrogène à la start-up nantaise Lhyfe

Par Caroline Scribe, le 14 décembre 2020

Le concessionnaire automobile nantais DMD a livré un véhicule hydrogène à la jeune société nantaise Lhyfe. Cette transaction est une première pour les deux parties, car la technologie hydrogène, pour se développer, doit encore lever certains freins.

Matthieu Guesné, dirigeant de Lhyfe, a pris possession de la voiture hydrogène livré par le groupe DMD.
Matthieu Guesné, dirigeant de Lhyfe, a pris possession de la voiture hydrogène livré par le groupe DMD. — Photo : Groupe DMD

Le groupe nantais DMD (450 salariés, 253 millions d’euros de chiffre d’affaires), distributeur des marques Ford, Hyundai, Jaguar, Land Rover et Suzuki dans les Pays de la Loire et en Bretagne, vient de livrer une Hyundai Nexo hydrogène à la société nantaise Lhyfe. « C’est la première fois en France qu’une entreprise fait l’acquisition de ce type de véhicule, exemplaire en termes d’émissions de CO2. Jusqu’à présent, l’hydrogène était plutôt réservé aux véhicules lourds, tels que les bus, les poids lourds ou encore les bennes à ordures », souligne Christian Digoin, président du groupe DMD. Fabriqué en Corée, ce SUV est doté d’une autonomie de 650 km et fait le plein en hydrogène en 5 minutes. En 18 mois, il a été commercialisé à seulement 40 exemplaires en France et 5 000 dans le monde. La première raison tient à son prix, puisqu’il coûte 65 000 euros pour les entreprises. « Ce prix va fortement baisser dans les années à venir au fur et à mesure que la technologie va se développer. Hyundai envisage de produire 700 000 systèmes de piles à hydrogène par an d’ici 2030. D’ici trois à quatre ans, ce véhicule devrait ainsi coûter environ 35 000 euros, soit le prix actuel d’un véhicule hybride dans cette gamme », commente Christian Digoin.

Des freins à lever

Pour démocratiser l’usage des véhicules hydrogène, certains freins restent cependant à lever. En effet, les infrastructures de production de distribution d’hydrogène sont encore rares. En Loire-Atlantique, outre le Navibus Hydrogène Erdre entré en service en 2018, seule la station Multhy opérée par la Semitan accueille à Saint-Herblain des véhicules utilitaires. Ce n’est donc pas un hasard si la première entreprise à sauter le pas est Lhyfe. Employant 15 salariés, la jeune société a démarré la construction à Bouin, en Vendée, du premier site de production d’hydrogène vert en Europe. Raccordé aux éoliennes de Bouin, il commencera à fonctionner à l’été 2021. « Notre objectif est de produire de l’hydrogène propre à partir de l’eau de mer et du vent, sur des sites décentralisés, à proximité des lieux de consommation, de façon à économiser sur les coûts de transport. Faire un plein d’hydrogène via nos infrastructures revient à 70 euros pour 650 km d’autonomie, contre 90 euros pour un plein d’hydrogène gris », argumente Matthieu Guesné, dirigeant de Lhyfe.

Choix politiques

La start-up, qui a déjà implanté des stations au Mans et en Normandie, a des projets à La Roche-sur-Yon, Challans, Saint-Gilles-Croix-de-Vie, les Sables d’Olonne… Ce qui lui permettra de créer des « corridors d’approvisionnement ». Les nouvelles installations bénéficieront d’aides dans le cadre du plan de relance gouvernemental qui prévoit 7,2 milliards d’euros d’investissements dans l’hydrogène décarboné d’ici 2030 et de la Région qui met 100 millions d’euros sur la table pour développer la filière dans les Pays de la Loire. Ces chiffres sont toutefois à relativiser au regard du plan hydrogène à 22 millions d'euros de la Corée du Sud. « Aucune technologie n’est adaptée à 100 % des usages. Électrique, hybride, hydrogène, thermique, elles sont complémentaires les unes des autres. L’hydrogène apporte une réponse supplémentaire, mais son développement passe par des décisions politiques, car l’adaptation des infrastructures nécessaires représente un enjeu lourd. On se trouve un peu dans la même situation que lors du lancement de la Ford T aux États-Unis, alors qu’il n’existait pas encore de stations essence », conclut Christian Digoin.

Matthieu Guesné, dirigeant de Lhyfe, a pris possession de la voiture hydrogène livré par le groupe DMD.
Matthieu Guesné, dirigeant de Lhyfe, a pris possession de la voiture hydrogène livré par le groupe DMD. — Photo : Groupe DMD

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