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Le fondateur d'Ornikar répond aux auto-écoles en colère

Par Stéphane Vandangeon, le 02 octobre 2015

Les taxis ont eu Uber. Les auto-écoles ont Ornikar. Basée à Nantes et à Paris, cette start-up lance dans la cité des ducs des cours de conduite à prix réduits. Ce qui ne plaît pas du tout aux écoles de conduite. Plusieurs dizaines d'entre elles ont ainsi manifesté en septembre à Nantes, dénonçant des risques en termes de sécurité routière et criant au travail illégal. L'un des co-fondateurs de la start-up leur répond.
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Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

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enjamin Gaignault, vous avez créé avec Alexandre Chartier, Ornikar, une start-up de onze personnes qui est installée à Nantes et à Paris. Ornikar vient de lancer ses premiers cours de conduite à Nantes, via un site internet mettant en relation les élèves avec des enseignants indépendants. À la clé, des tarifs attractifs, mais aussi une forte grogne des auto-écoles. Certaines vous reprochent de faire appel à « des pseudo enseignants » et de proposer des « formations au rabais ». Que leur répondez-vous ?

« Les enseignants qui sont inscrits sur notre plate-forme ne sont pas plus ou moins bien formés que ceux des auto-écoles. Ce sont exactement les mêmes. La sécurité routière n'est pas détériorée avec notre modèle. Elle est même améliorée ! C'est pour cela qu'à chaque fin d'heure de conduite, l'élève a la possibilité de recommander son enseignant. Cela incite l'enseignant à donner le meilleur de lui-même, à être ponctuel, à ce que sa voiture soit propre, à être aimable, etc. Le but c'est de remettre l'enseignant au coeur de la formation. On est aussi en train de construire un organisme de formation pour les enseignants, pour les aider à toujours évoluer, à monter en compétences. Aujourd'hui, quand les enseignants arrivent en auto-école, ils arrivent avec un diplôme qu'ils ont passé à tel âge et, dix ans plus tard, ils n'ont fait aucune formation. Parce qu'il n'y a aucune formation dans les auto-écoles !


D'où sont issus vos moniteurs indépendants ?

En France, il y a 30.000 enseignants diplômés. Il n'y en a que 19.000 en activité. Il y en a 11.000 qui n'exercent pas, pour des raisons personnelles ou parce qu'ils ne s'y retrouvent pas dans le fonctionnement actuel. Dans les personnes qui nous rejoignent, il y a beaucoup d'enseignants qui viennent nous voir et qui nous disent : « je vais pouvoir me mettre à mon compte sans avoir à ouvrir une auto-école, ce qui est compliqué, long, cher ». On en a aussi qui sont contents de se concentrer sur l'enseignement, notamment au sein des auto-écoles unipersonnelles où il n'y a qu'un seul enseignant, qui passe une bonne partie de son temps dans l'administratif et la comptabilité. Alors, quand on dit que les auto-écoles nous détestent, c'est un grand mot. Ce sont les syndicats qui essaient de faire un barouf pas possible pour faire croire que tout le monde est contre notre arrivée, mais c'est bien loin d'être le cas.


Combien de moniteurs sont référencés sur votre site ?

On arrive aux alentours des 950.


Les syndicats d'auto-écoles vous accusent de travail illégal. Ils disent que les enseignants d'Ornikar font du « bénévolat déguisé »...

Nous nous appuyons sur des textes de loi. Ce que l'on fait, c'est de la location de voitures à double commandes. L'enseignant se rémunère uniquement sur la location de voiture. Il fournit une prestation d'enseignement à titre bénévole. Nos enseignants paient des charges, paient le RSI, paient des cotisations, qui sont peut-être plus avantageuses. Maintenant, on se sert juste des différentes modalités qui existent. On ne peut pas nous reprocher de faire appel à des indépendants. Forcément, cela se ressent sur les prix. Rien n'empêche les auto-écoles de le faire aussi.


Enseignement bénévole et location de la voiture : le montage est tout de même assez tarabiscoté...

Évidemment, nous, ce qu'on préférerait, c'est qu'un enseignant puisse bénéficier de son diplôme, donner des cours et se faire payer pour l'enseignement de la conduite. Aujourd'hui, il y a un monopole, celui des établissements de la conduite et seuls eux ont le droit de se faire rémunérer. Je ne sais pas si ce système tiendra ad vitam aeternam. Apparemment, ce n'est pas la volonté de l'Europe.


Ce n'est pas la première fois que la start-up est dans le viseur des auto-écoles...

Il y a déjà eu une attaque l'année dernière. On a créé Ornikar en janvier 2014. À l'époque, on a anticipé une éventuelle friction de la part des organisations syndicales. On a donc fait l'effort d'aller les rencontrer, d'aller parler avec elles, d'aller nous présenter. Ces rendez-vous se sont très bien passés. Mais six semaines plus tard, on a reçu une assignation. Tous les syndicats se sont mis ensemble pour nous assigner pour exercice illégal, avec des peines d'emprisonnement pour les fondateurs et une amende colossale. On avait à peine trois mois d'existence et on n'avait encore rien vendu !


Comment cela s'est terminé ?

On a répondu à cette attaque avec des avocats. On avait 25 et 26 ans, ça nous a un peu refroidis, mais on y est quand même allé. Le 8 juillet 2014, le tribunal de commerce de Paris a simplement débouté les organisations syndicales en leur disant il n'y a pas d'exercice illégal parce que déjà il n'y a pas d'exercice du tout. Il y avait six syndicats, seul un a fait appel.


Comment appréhendez-vous les prochaines semaines ?

On est à 100 % confiant. Il y a une loi. Elle est faite pour être respectée et on la respecte en tout point. On s'appuie sur des textes qui sont bien présents dans la loi. Dont l'un est tout nouveau puisqu'il date de la loi Macron. On a attendu la promulgation de la loi Macron avant de nous lancer. Après, comment vont se passer les prochaines semaines ? On verra. En tous cas, on a notre plan de développement bien en tête. Le but, c'est d'être bien présent à Nantes, puis ensuite dans tout le grand Ouest. Et après attaquer différentes villes à partir de 2016.


Il y a au capital d'Ornikar trois entrepreneurs prestigieux : Xavier Niel (dirigeant de Free), Marc Simoncini (fondateur de Meetic) et Marc-Antoine Granjon (P-dg de Vente-privee.com). Ils vous soutiennent dans cet épisode ?

ls nous soutiennent financièrement, mais aussi avec leurs conseils et leurs contacts. Il y a un vrai soutien d'eux et de leurs équipes. On sent qu'ils ont aussi envie de faire bouger ce secteur-là. Et nous, ça nous va bien ! »



Propos recueillis par Stéphane Vandangeon

Ornikar



(Paris et Nantes) Gérants : Alexandre Chartier et Benjamin Gaignault 11 salariés 09 75 18 69 73 www.ornikar.com

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