Vendée

Électronique

Le fabricant de dispositifs électroniques Tronico poursuit sa diversification

Par Olivier Hamard, le 16 mars 2021

Durement impacté par la crise de l'aéronautique, le fabricant de dispositifs électroniques Tronico poursuit son incursion dans le secteur du médical et le développement de ses propres produits.

Tronico compte près de 450 collaborateurs sur son site vendéen de Saint-Philbert-de-Bouaine. 42 nouveaux emplois sont prévus d'ici 2026.
Tronico compte près de 450 collaborateurs sur son site vendéen de Saint-Philbert-de-Bouaine. 42 nouveaux emplois sont prévus d'ici 2026. — Photo : Olivier Hamard

La crise sanitaire a grippé la marche en avant de Tronico. Le fabricant vendéen de systèmes électroniques a bouclé son exercice 2020 avec un chiffre d'affaires de 69 millions d'euros, en retrait de plus de 15 % sur un an. Loin des 10 % de croissance anticipés avant la pandémie. L'activité de cette filiale du groupe Alcen (1 900 salariés) a été plombée par la chute de la demande dans le secteur aéronautique, qui pèse 70 % de son activité.

Conséquence de ce repli, le projet de « Tame Center », l'un des symboles de la stratégie de diversification de Tronico, est retardé. La société spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes électroniques complexes a fait l'acquisition d'un bâtiment voisin de son usine de Saint-Philbert-de-Bouaine. Elle souhaite en faire une petite unité dédiée à ses marques et ses produits en propre. « Ce projet immobilier est décalé, indique Patrick Collet, directeur général de Tronico. L'activité est faible actuellement mais nous négocions de gros marchés et cela pourrait se débloquer très vite. Aussi, dès que l'on voit le bout du tunnel, on se lance ! »

Quatre marques pour se diversifier

Pour le dirigeant de Tronico, ce futur Tame Center, doit permettre de tirer vers le haut les quatre marques imaginées pour diversifier l'activité de l'entreprise, et ajouter à son étiquette de sous-traitant celle de fabricant de ses propres produits. Le report du projet immobilier ne change en rien la stratégie de l'entreprise. « Nous restons sous-traitant mais nous allons aussi chercher des marchés avec nos propres produits et services, envisage Patrick Collet. L'idéal serait qu'à terme, deux tiers de la production de Tronico soient dédiés à nos clients habituels, qui sont de gros donneurs d'ordres, et le tiers restant le soit aux produits de nos marques Tame. »

Ces marques Tame, d'un terme anglais signifiant « apprivoiser » ou « dompter », Tronico les décline aujourd'hui au nombre de quatre. 

Dans le secteur de l'automobile, Tronico conçoit et fabrique des convertisseurs pour les moteurs à hydrogène. L'entreprise travaille aussi sur leur adaptation au secteur aéronautique.
Dans le secteur de l'automobile, Tronico conçoit et fabrique des convertisseurs pour les moteurs à hydrogène. L'entreprise travaille aussi sur leur adaptation au secteur aéronautique. - Photo : Olivier Hamard

Deux proposent des services aux entreprises : Tame-Component réalise des tests de composants, Tame-Test fabrique des bancs de test pour les cartes et systèmes électroniques.  À ces deux marques de services, s'ajoutent deux gammes de produits propres. La première, Tame-Power, est spécialisée dans l'électronique de puissance pour les moteurs à hydrogène avec, entre autres, des convertisseurs. « Tame-Power travaille à 90 % pour l'étranger, précise Patrick Collet, pour les fabricants de moteurs mais aussi les fabricants de bornes de recharge rapide. Nous voulons aller vers des flottes captives, ce qui nous permettrait de réduire le prix. Nous étudions actuellement le convertisseur pour le premier véhicule hydrogène de PSA dont le projet est porté par Opel. » En 2020, Tame-Power a réalisé deux millions d'euros de chiffre d'affaires et devrait être à quatre millions d'euros cette année.

Du test salivaire au cœur artificiel Carmat

La dernière-née des marques de Tronico est Tame-Care, dédiée à des produits pour le secteur médical et commercialisée à 90 % pour le marché français. Née au printemps 2020, elle prend appui sur le savoir-faire de l'entreprise acquis grâce au travail mené auprès de différents partenaires dans le médical :

Patrick Collet, directeur général de Tronico.
Patrick Collet, directeur général de Tronico. - Photo : Olivier Hamard JDE

« Il y a quatre ans, nous n'étions pas du tout dans ce secteur et nous y plaçons peu à peu nos pions », ajoute Patrick Collet. Avec la PME nantaise E-Cobot, Tronico a ainsi travaillé à la réalisation de Husky, un robot désinfectant. En 2020, l'entreprise a conçu et fabriqué avec une équipe de chercheurs toulousains un dispositif de dépistage par test salivaire du Covid-19, EasyCov, donnant des résultats en 40 minutes. L'entreprise vendéenne a aussi participé à la conception du cœur artificiel Carmat, dont la commercialisation a été autorisée fin 2020. « Nous nous sommes fait une spécialité de la conception et la fabrication de systèmes électroniques compliqués, précise Patrick Collet, et nous sommes reconnus pour cela. Tronico a acquis un vrai savoir-faire dans le domaine très particulier de l'électronique invasive dans le corps, dans l'objectif de réparer. Nous travaillons avec plusieurs start-up dans ce domaine, et on vient de plus en plus nous chercher pour des projets. » Ces développements et l'orientation vers de nouveaux secteurs ne font pas pour autant dévier Tronico de son activité de sous-traitance, pour de grands donneurs d'ordres de l'aéronautique, de la défense, du spatial ou du pétrole. L'entreprise participe par exemple à des projets d'études autour des avions hydrogènes et veut jouer un rôle dans la décarbonation de l'industrie aéronautique.
« Nous nous sommes aussi équipés récemment d'une nouvelle salle blanche pour nos activités liées à l'industrie spatiale, » ajoute Patrick Collet.

Mais la diversification, le secteur médical et la fabrication de ses propres produits sont pour la société vendéenne, qui emploie près 450 collaborateurs à Saint-Philbert-de-Bouaine et possède une usine de 350 personnes à Tanger, au Maroc, un véritable relais de croissance. Deux de ses projets ont d'ailleurs été retenus en février par Bercy dans le cadre du plan de relance : Ambimed, pour concrétiser son ambition de devenir dans trois ans l'un des leaders européens de la conception et la réalisation de dispositifs électroniques implantés, et Remode, pour en assurer la fiabilisation et en accélérer la mise sur le marché. L'entreprise va ainsi bénéficier d'un soutien de plus de 1,2 million d'euros, qui couvrira plus d'un tiers de son investissement envisagé de trois millions d'euros.

La mise en place des projets Ambimed et Remode devrait s'accompagner de la création de 42 nouveaux emplois d'ici 2026. Avec eux, Tronico va pouvoir continuer sa diversification et développer son activité dans le domaine du médical. Et d'ici quelque temps, les marques Tame créées par l'entreprise, lorsqu'elles auront pris suffisamment d'ampleur financière, pourraient bien devenir peu à peu des sociétés sœurs.

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