Vendée

Industrie

Le doute plane sur la reprise de S20 Industries

Par Jéromine Doux, le 10 mai 2019

Le fabricant d’électroménager basé à La Roche-sur-Yon a été placé en redressement judiciaire le 24 avril. Les éventuels repreneurs ont jusqu’au 28 mai pour se manifester. Mais les syndicats sont perplexes.

Philippe Boudard, dirigeant de S20 industries.
Philippe Boudard, dirigeant de S20 industries. — Photo : Jéromine Doux - Le Journal des Entreprises

« Pour l’instant il n’y a pas vraiment de piste pour la reprise », lance Jacky Chauveau, délégué syndical FO et salarié de l’entreprise S20 Industries. Cette société de 92 salariés qui fabrique des appareils électroménagers, à La Roche-sur-Yon, a été placée en redressement judiciaire le 24 avril. En cause : des problèmes de trésorerie engendrés par des impayés de la part de son principal client : Brandt. « Plus de la moitié de l’activité de l’entreprise est assurée par la fabrication de lave-linge et de sèche-linge pour Brandt », explique le dirigeant Philippe Boudard. Cette filiale du groupe algérien Cevital est, elle-même, en difficulté depuis plusieurs mois et ces problèmes de trésorerie se sont accentués depuis l’incarcération de son PDG, Isaad Rebrad, le 23 avril. Une situation prévisible, donc, pour les salariés de S20 Industries. « Tout le monde s’y attendait depuis longtemps. On ne pouvait pas continuer à perdre de l’argent comme ça tous les jours, confie Jacky Chauveau. Cela faisait au moins six mois que nous avions des difficultés à être payés par Brandt. » D’autant que les marges de la société yonnaise seraient, sur certains produits, très faibles. Aujourd’hui, la production de lave-linge et de sèche-linge est en sous-régime. « Nous sommes en discussion avec Brandt pour savoir comment les choses vont évoluer », assure le dirigeant, confiant au sujet de l’avenir de l’entreprise.

Une stratégie de diversification

S20 Industries (13 M€ de CA) avait pourtant entamé une stratégie de diversification pour être de moins en moins dépendante de Brandt. Il y a cinq ans, quand l’entreprise Fagor-Brandt a été reprise avec 50 salariés parmi les 340 en poste, par Philippe Boudard, Nicolas Ravallec, le directeur technique et Pierre Jullien, elle ne devait continuer à produire des lave-linge que pendant 18 mois. Pour diversifier son activité, le dirigeant a intégré la production de machines à café Malongo ainsi que de théières pour le compte de la start-up T-Concept, mais celle-ci a déposé le bilan peu de temps après. S20 Industries a récemment intégré la fabrication de mixeurs cuiseurs pour enfants et a misé sur la production d’armoires de séchage pour les vêtements professionnels. « Cette innovation a demandé beaucoup d’investissements et elle venait tout juste de démarrer », déplore le délégué syndical. Selon le président, « une reconversion industrielle se fait dans le temps. Cela demande plusieurs années pour les phases d’études puis d’industrialisation. Les nouveaux projets ont démarré en 2016. 50% de nouvelles activités en trois ans, cela reste un bon résultat », estime Philippe Boudard.

"Les locaux, c’est un gouffre financier, dès qu’on allume la lumière le matin, on a déjà perdu le bénéfice de la journée"

Désormais, les potentiels repreneurs intéressés par S20 Industries ont jusqu’au 28 mai pour déposer une offre au tribunal. Le sort de l’entreprise sera jugé le lendemain. Mais la taille des locaux constitue le principal frein pour une reprise. « Ils sont beaucoup trop grands pour nos effectifs. Nous étions 2 430 quand j’ai intégré l’entreprise il y a 40 ans, confie Jacky Chauveau. Aujourd’hui, c’est un gouffre financier. Dès qu’on allume la lumière le matin, on a déjà perdu le bénéfice de la journée. » Car avant d’accueillir la société S20 Industries, ces immenses locaux, basé à proximité de l’aérodrome, accueillait l’usine Fagor-Brandt qui a employé jusqu’à 2800 salariés. Avant cela, c’est la société Thomson qui s’y était installée dans les années 70. Elle avait alors racheté l’un des fleurons vendéens, l’entreprise Esswein, la première à s’implanter ici dans les années 50.

Sixième plan social en 40 ans

Mais, après l’âge d’or de l’électroménager à La Roche-sur-Yon, la filière a enchaîné les déboires. Jacky Chauveau connaît aujourd’hui son sixième plan social. Le dernier en date a eu lieu en 2016. « 17 personnes devaient être licenciées dans les ateliers. Elles sont parties de leur propre gré et 22 autres ont été embauchées dans les bureaux. La direction nous a dit qu’elle voulait réorganiser l’entreprise », détaille Jacky Chauveau. Peu de temps après, en 2018, S20 Industries entamait une levée de fonds et se séparait d’un de ses actionnaires, Pierre Jullien. « La comptable de la société a alors pris de parts à ce moment là, raconte Jacky Chauveau. Tout comme Pays de la Loire Participations et plusieurs banques. » Puis l’agglomération de La Roche-sur-Yon a fait l’acquisition d’une partie des locaux.

Une éventuelle reprise dans d’autres locaux ?

« Mais aujourd’hui, si la société est reprise, cela ne se fera pas sur le site historique, assure le délégué syndical. La fabrication des lave-linge va être abandonnée. Seule la partie Prod’Lab devrait être conservée. » Le concept du Prod’Lab est de proposer aux marques d’électroménager de concevoir, industrialiser et fabriquer leurs produits au sein de S20 Industries. Le dirigeant estime, lui, que la reprise du site déprendra du projet de l'éventuel repreneur. 

Selon Jacky Chauveau, Philippe Boudard pourrait éventuellement faire une offre afin de conserver l'activité Prod'Lab et se concentrer sur la fabrication de petit électroménager. Mais pour l’instant, c’est la seule piste envisagée.

Philippe Boudard, dirigeant de S20 industries.
Philippe Boudard, dirigeant de S20 industries. — Photo : Jéromine Doux - Le Journal des Entreprises

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