Loire-Atlantique

RSE

Interview Laurent Manach (EMC2) : "Les entreprises durables sont d'abord des entreprises rentables"

Entretien avec Laurent Manach, directeur du pôle de compétitivité EMC2

Propos recueillis par Thibault Dumas - 06 mai 2022

Laurent Manach est directeur depuis 2008 du pôle de compétitivité EMC2 à Nantes. Le pôle organise les premières "Rencontres pour une industrie durable et écoresponsable" (Ride), le jeudi 2 juin, à La Baule. Explications.

Laurent Manach, directeur général, CEO, du pôle de compétitivité EMC2.
Laurent Manach, directeur général, CEO, du pôle de compétitivité EMC2. — Photo : © Vincent JACQUES Photographe - Vincent JACQUES

La responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est souvent perçue comme de la communication de la part des entreprises. Comment devient-elle un levier de croissance ?

Je pense que c'est la bonne question à se poser et c'est pour cela qu'on organise ces "Rencontres pour une industrie durable et écoresponsable" (Ride, voir ci-dessous). En réalité, la RSE, qui est un sujet ancien finalement, est souvent regardée à travers le prisme sociétal ou environnemental plus qu'économique. Si je suis caricatural, c'est l'inclusion des personnes en situation de handicap et puis voilà, on a fait le travail. La réalité, c'est que si on veut parler d'entreprises durables, c'est d'abord des entreprises qui vont être rentables, qui vont suivre leur stratégie, être productives et gagner de l'argent. Il faut partir de l'ensemble des problématiques de production pour revenir ensuite à la rentabilité, plutôt que l'inverse. C'est-à-dire ? Prenez la fabrication additive. Vous passez d'une technique d'usine où vous enlevez de la matière à une autre où vous en ajoutez, au plus juste de l'utilisation. C'est toute l'organisation qu'il faut changer en utilisant des technologies. Il faut continuer à produire, sans rentrer dans le déclinisme ou la décroissance, mais en tenant compte de l'urgence climatique.

Citez-nous des TPE ou ETI du territoire qui vous surprennent par leurs innovations RSE ?

 Une société comme Idea par exemple [prestataire en logistique industrielle basé à Montoir-de-Bretagne, NDLR] est dans l'expérimentation et l'amélioration perpétuelles. Vous avez aussi une société inclusive comme la Saprena [prestataire de services à Bouaye, NDLR]. Ils ont un business à faire tourner, mais sont capables d'adapter leur outil de production à une personne qu'elle soit en situation de handicap ou pas. C'est une double innovation, sur leurs services et la manière de les réaliser. Vous avez aussi la trentaine de start-up industrielles que nous accompagnons au sein du pôle EMC2 et qui portent les envies des plus jeunes. Les petits robots autonomes d'E-Cobot, qui aident sur la pénibilité au travail par exemple. D'autres sociétés travaillent sur la gestion de la parité, des congés ou l'image de marque, un sujet assez récurrent.

Le manifeste publié par le pôle EMC2 en 2020 promeut "une industrie sobre et écologiquement respectueuse". Comment s'y prend-on dans un département dominé par les industries lourdes, la construction navale, la construction aéronautique ?

 L'urgence pour nous est peut-être plus importante que pour d'autres. La crise sanitaire a laissé l'impression à certains que l'industrie du transport était à l'origine de tous les maux : les virus, les pollutions, etc. Alors soit on reste dans le marasme, soit on imagine quelque chose. Les pôles de compétitivité associent des entreprises, le monde académique et les élus locaux. Si on prend notre territoire, deux questions peuvent faire l'objet d'une réflexion. La première, comment fait-on avec le zéro artificialisation des sols ? Ça veut dire quoi quand on cherche aussi à attirer des entreprises ? La deuxième, l'industrie circulaire, qui valorise et optimise les déchets, où nous devrions être en pointe. Voilà des sujets où nous pouvons nous montrer exemplaires pour d'autres territoires.

 

Ride, une journée d'échanges sur la RSE

40 exposants et 38 intervenants se retrouveront le 2 juin à La Baule pour la première édition des Rencontres pour une industrie durable et écoresponsable (Ride). Un évènement organisé par le pôle de compétitivité EMC2, qui compte 800 membres. Quatre thèmes seront en débat : "Une introduction à l'industrie écoresponsable", "L'industrie circulaire", "Le capital humain" et "La transformation numérique". Interviendront notamment Pierre Éric Pommellet et Bruno Hug de Larauze, respectivement PDG de Naval Group et d'Idea, ou encore Nicolas Orance, directeur général de Rafaut. Des dirigeants de la Banque Populaire Grand Ouest, de Capgemini, Daher, EDF, Orange ou Safran seront également présents (la liste complète est à retrouver ici). L'évènement a vocation a devenir "un rendez-vous annuel chaque premier jeudi de juin", prévoit-on au pôle EMC2.

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