Loire-Atlantique

Agroalimentaire

La succession s'affine à la fromagerie Beillevaire

Par Cyril Raineau, le 06 septembre 2021

Pascal Beillevaire avait commencé, seul, en produisant de la crème fraîche à l’âge de 20 ans. Quarante-deux ans plus tard, il prépare sa succession pour que ses fils prennent les rênes de la fromagerie éponyme basée à Machecoul (Loire-Atlantique). Une institution dans le Grand Ouest qui atteint la barre des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Fabrice et Mathieu Beillevaire entourant leur père Pascal, fondateur de la fromagerie-crèmerie qui porte leur nom, à Machecoul.
Fabrice et Mathieu Beillevaire entourant leur père Pascal, fondateur de la fromagerie-crèmerie qui porte leur nom, à Machecoul. — Photo : Beillevaire

Dans une salle de réunion du siège social de Beillevaire à Machecoul (Loire-Atlantique), une imposante photo en noir et blanc apposée sur l’un des murs attire le regard. Elle représente la ferme de la Vacheresse, là où Pascal Beillevaire a vécu enfant. Et là où, à l’âge de 20 ans, en 1980, tout a commencé, avec ses premiers pots de crème fraîche. "Puis naturellement, je me suis intéressé au beurre, ensuite au fromage blanc, au yaourt…".

Le PDG Pascal Beillevaire, 62 ans aujourd’hui, a donné son nom à une fromagerie-crèmerie devenue au fil des années une institution dans le Grand Ouest, rayonnant jusqu’à Paris et dont les produits font le plaisir des papilles de clients de 25 pays étrangers. Beillevaire en chiffres, cela se traduit par un effectif de plus de 500 salariés, un chiffre d’affaires groupe atteignant 100 millions d’euros et des millions de litres de lait transformés chaque année. 94 % du capital appartient à la famille, les 6 % restants aux cadres de l’entreprise.

Une nouvelle page de son histoire est en cours d’écriture. Le 1er septembre, Pascal Beillevaire a passé le flambeau du vaisseau amiral, Beillevaire-Machecoul, à son fils Fabrice, 38 ans, qui en est devenu à cette date le directeur général. C’est dans cette ville de Loire-Atlantique que se trouve le siège et donc la partie administrative du groupe (qui dispose de plusieurs filiales en France), ainsi qu’un site de production de fromages (9 millions de litres de lait transformés) et l’activité crémerie (environ 200 produits composent la gamme). Jusqu’alors responsable export, Fabrice Beillevaire se voit confier la responsabilité de la perle historique de l’entreprise familiale, réalisant 45 millions d’euros de chiffre d’affaires et comprenant plus de 200 collaborateurs. Le second fils, Mathieu, 27 ans, a intégré l’entreprise en janvier. Il a initié et mené un nouveau projet autour de du végétal. Depuis mi-août, Beillevaire commercialise ses premiers desserts à partir de préparation de coco et d’avoine. Quant à l’avenir précis du cadet au sein de l’entreprise, "wait and see", glisse le patriarche. Lequel conserve la présidence du groupe et gère en direct l’ensemble de ses filiales.

"Nous n’en sommes qu’aux fondations"

Lorsqu’il évoque sa succession et le futur de la fromagerie qu’il a créée et fait grandir, Pascal Beillevaire prend le temps de choisir ses mots pour que sa démarche soit bien comprise. "Je suis viscéralement paysan, dit-il, avec un sens de la propriété qui n’est pas facile à lâcher. Alors envisager de céder l’entreprise, c’était non. J’ai la chance d’avoir des enfants qui s’intéressaient à la suite, et je suis heureux de leur transmettre." Un silence, et il poursuit : "Je suis construit ainsi."

Pascal Beillevaire : "L’entreprise n’en est qu’à ses fondations".
Pascal Beillevaire : "L’entreprise n’en est qu’à ses fondations". - Photo : Cyril Raineau-JDE

Puisqu’il a coutume de dire que "le passé, c’est dépassé", il porte son regard vers l’horizon plutôt que dans le rétroviseur. "Je suis certain qu’il y a encore tout à faire. Par exemple, aujourd’hui la quête de sens est très forte tant de la part des collaborateurs que de nos clients : croître tout en donnant du sens à cette croissance, voici une belle équation à résoudre." Et Pascal Beillevaire d’estimer que la fromagerie "n’en est qu’à ses fondations. Mes fils ont le monde entier devant eux".

Une croissance mesurée chaque année

Des fondations qui sont ultra-solides. D’une année sur l’autre, le groupe Beillevaire voit son chiffre d’affaires progresser d’environ 10 % (il était de 88 millions d’euros en 2020). Une volonté du PDG, un "cap", comme il le dit avec "le souhait d’être un fédérateur en emmenant les équipes vers celui-ci".

"Nous nous développons de manière constante et tranquille, poursuit-il. Ce qui permet de digérer notre croissance autant sur le plan financier qu’au niveau des ressources humaines par exemple." Dans cette même veine, Beillevaire ne prévoit pas d’investissements imposants pour les années à venir, l’un des plus importants étant l’actuelle extension de 800 à 900 m² de son site logistique de Machecoul nécessitant, si l’on inclut le matériel, environ un million d’euros d’engagement.

Si elle est maîtrisée, en valeur absolue, cette même croissance est mathématiquement plus importante d’année en année, portée par un positionnement "offensif" pour reprendre le terme du dirigeant, dans l’optique de gagner des parts de marché et de grignoter d’autres territoires.

Beillevaire produit sur ses différents sites une centaine de fromages et de sites d’affinage.
Beillevaire produit sur ses différents sites une centaine de fromages et de sites d’affinage. - Photo : Morgane Vallé

Des reprises de sociétés au fil des années ont forgé la croissance

Bien que souvent identifié par le grand public comme marchand à travers ses points de vente, notamment ses camions siglés au nom et couleurs de l’entreprise qui sillonnent les marchés de la région, Beillevaire est avant tout un fabricant de produits laitiers. Et en premier lieu de fromages, avec une centaine de références. "C’est notre ADN, notre stratégie", appuie le dirigeant. Qui précise : "l’entreprise touche à toutes les technologies, nous ne faisons pas que du chèvre ou des pâtes molles."

Cette diversification est en partie due aux différentes croissances externes. La première remonte à douze ans, avec la reprise d’un site de fabrication de camemberts de Normandie AOP dans la Manche (un associé possède 40 % des parts de cette société). 1,5 million d’euros sont actuellement investis pour passer de 1 à 2 millions de litres de lait transformés. Les travaux sont en cours. La deuxième croissance externe a été réalisée voici une dizaine d’années dans les Deux-Sèvres avec, entre autres, la production d’un autre fromage AOP, Le Chabichou du Poitou (3 millions de litres de lait). Autre filiale en Ardèche avec la fabrication du Picodon de la Drôme et d’Ardèche et de tommes ardéchoises (5 millions de litres de lait).

Près de Chambéry en Savoie, sont produits des fromages de garde, des raclettes et tomme (5 millions de litres de lait). Voici deux ans, en 2019, nouvelle acquisition cette fois en Seine-et-Marne pour concevoir du Brie de Melun et de Meaux ainsi que des Coulommiers (9 millions de litres de lait). Enfin, septembre 2020 marquait la reprise d’un site dans les Deux-Sèvres de production de chèvre-boîte (0,5 million de litres de lait).

Beillevaire possède en outre trois sites d’affinage. L’un se situe dans l’Ain où reposent en permanence 5 000 meules de Comté, un deuxième dans le Béarn ("nous sommes partenaires avec une douzaine de bergers produisant l’Ossau-Iraty dont nous achetons la production") et le troisième à Valence dans la Drôme pour affiner le Picodon Dieulefit.

Pas de boutique mais une l’activité à l’étranger

Ses productions, Beillevaire les vend lui-même, tout comme d’autres produits, au nombre de 400, que l’entreprise est allée dénicher auprès de 250 producteurs de toute la France. L’entreprise possède une soixantaine de points de vente quotidiens. Autrement dit, "tous les jours, nous avons 60 points de vente qui sont ouverts", essentiellement sur une zone épousant la Côte Atlantique, de la Bretagne à Bordeaux en englobant bien évidemment les Pays de la Loire, ponctué par une présence à Paris. Ces points de vente se déclinent en quatre formats : les camions-magasins itinérants présents sur les marchés, les étals sur les marchés sédentaires type celui de Talensac à Nantes, les espaces sur les Heures du Marché (lieu rassemblant primeurs, bouchers-charcutiers, etc.) et les 24 boutiques, dont 18 à Paris.

Beillevaire est facilement identifiable sur les marchés du Grand Ouest avec ses camions à ses couleurs.
Beillevaire est facilement identifiable sur les marchés du Grand Ouest avec ses camions à ses couleurs. - Photo : Morgane Vallé

Si celle de Londres a fermé n’ayant pas rencontré le succès souhaité, deux boutiques en licence de marque sont implantées à Tokyo. Beillevaire s’appuie par ailleurs sur des distributeurs locaux pour être présent dans 25 pays. L’export représente 7 % du chiffre d’affaires.

Le fromager est aussi distribué dans la grande distribution depuis une quinzaine d’années, ce dans toute la France, au travers de la marque Les Petites Laiteries. Ce canal représente 25 % de l’activité de l’entreprise. En revanche, aucun produit siglé Beillevaire ne se trouve dans les rayons de grande surface.

Beillevaire possède 24 boutiques dont 18 à Paris.
Beillevaire possède 24 boutiques dont 18 à Paris. - Photo : Morgane Vallé

Une volonté du fondateur qui, du haut des 40 ans de vie donnés à son entreprise, exprime un dernier souhait : ne pas manquer la dernière marche, celle de la transmission. "Après, j’aurai atteint le palier", glisse-t-il. Et d’esquisser un sourire : "Une fois que j’y serai, je regarderai comment ça se passe".

Le groupe impliqué dans une possible reprise du FC Nantes

Pascal Beillevaire est davantage porté vers le cyclisme que le football : la fromagerie est partenaire de la Team Total Direct Énergie dont le directeur sportif, le Vendéen Jean-René Bernaudeau, est une connaissance. Le ballon rond, il aime, mais sans démesure. Pourtant, lorsque l’éditeur de logiciels nantais Proginov et son dirigeant Philippe Plantive l’ont sollicité pour intégrer le Collectif Nantais, Beillevaire a payé le ticket d’entrée de 100 000 € pour adhérer. Il s’agit là d’un projet visant à donner un nouveau souffle au FC Nantes, fédérant des entrepreneurs du territoire pour préparer l’éventuelle succession du président Kita à la tête du club. Pour quelle raison entrer dans ce collectif ? "Proginov est notre prestataire depuis des années, explique Pascal Beillevaire. Mon fils cadet, Mathieu, est passionné de football. Je me suis dit qu’il était l’homme de la situation pour s’impliquer dans ce dossier." Un effet qu’il n’attendait pas s’est vite manifesté : "Lorsque le personnel a appris que nous rejoignions le collectif, cela a créé une belle émulation, avec un vrai côté fédérateur." Fin juin, une présentation officielle du projet a eu lieu au site de la Vacheresse à Machecoul, là où tout a commencé pour Beillevaire. Des figures emblématiques du club soutenant un éventuel projet de reprise du FC Nantes étaient présentes dont Mickaël Landreau, Nicolas Savinaud, Nicolas Ouédec, Frédéric Da Rocha, Nicolas Gillet. "Ils ont donné une belle image d’eux et du projet, et le personnel qui était présent a apprécié qu’ils ne jouent pas les stars". Et quoi qu’il advienne de la suite du projet, Pascal Beillevaire l’assure : "Nous serons là".

Poursuivez votre lecture

Plus de Newsletters

Déjà abonné à une newsletter gratuite ? Inscrivez-vous ici à une autre édition