Pays de la Loire

Industrie

La PME Leco2 bâtit son avenir en Loire-Atlantique avec ses constructions modulaires

Par David Pouilloux, le 11 octobre 2021

Xavier Jaffray, dirigeant de Leco2, a choisi la Loire-Atlantique pour implanter sa première usine pérenne. Expert de la conception et de la construction hors site, cette PME s’installe pour de bon à Saint-Mars-la-Jaille après plusieurs expériences d’usines éphémères en France. Sa spécialité : concevoir des bâtiments bas carbone à partir de modules 100 % bois produits localement.

Xavier Jaffray, dirigeant de Leco2, prévoit 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, pour son usine de construction modulaire en bois, à Saint-Mars-la-Jaille.
Xavier Jaffray, dirigeant de Leco2, prévoit 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, pour son usine de construction modulaire en bois, à Saint-Mars-la-Jaille. — Photo : David Pouilloux

La sonorité du nom de l’entreprise fait penser à une célèbre marque de jouets danoise qui propose aux enfants d’assembler des briques de plastique aux couleurs vives pour bâtir notamment des maisons. Mais à Saint-Mars-la-Jaille, dans le nord du 44, les briques sont en bois et elles ont la taille de petits appartements ! Sous l’immense charpente métallique de l’atelier de 9 000 m 2 de la PME Leco2, on observe déjà un alignement de modules en cours de finition, les futures briques de maisons individuelles en partance pour Ancenis. "Je m’installe pour de bon en Loire-Atlantique, explique Xavier Jaffray, le dirigeant de la PME habitué aux usines éphémères pour ses précédents chantiers. Nous avons démarré la production fin septembre dans notre nouvelle usine pérenne de Saint-Marc-la-Jaille. Fin décembre, nous serons à 100 modules, soit une cadence de construction de 30 modules par mois."

Dans le monde du bâtiment, cette PME fait partie de la construction hors site. Autrement dit, le terrain où va s’élever le bâtiment définitif, n’est pas le lieu principal d’activité. L’essentiel du travail se déroule en usine, hors du site d’implantation du bâtiment. "Nous sommes au bâtiment ce qu’Ikea est aux meubles, revendique Xavier Jaffray, cet ancien de chez Toyota et BIC. Produits en série, nos modules sont conçus par nos ingénieurs sur ordinateur et les pièces sont assemblées en atelier de manière industrielle."

À l’intérieur de chaque module, il y a le carrelage, la moquette, la peinture, l’électricité : tout est prêt pour y vivre, hormis le mobilier. Une fois transportés en camion sur le chantier, les modules sont assemblés pour donner naissance, en quelques jours ou semaines, à des maisons, un immeuble, une crèche, un collège, là où il faudrait parfois deux ans à une construction classique.

Un mois d’assemblage pour un collège de 600 élèves

C’est l’un des atouts forts de cet outil industriel : la rapidité. L’exemple le plus frappant a été la réalisation éclair du collège Rosa Parks à Clisson, en 2014. Près de 5 000 m2 pour cet établissement pouvant accueillir 600 élèves. Seulement 3 mois pour produire les modules et un mois d’assemblage sur place (6 millions d’euros de chiffre d’affaires pour l’entreprise). Et un cahier des charges particulier pour ce collège : "Dans sa conception, on devait pouvoir l’agrandir, le réduire ou le déplacer si besoin !" Ce tour de force était rendu possible par la construction modulaire, impensable avec un ouvrage en dur. Mais à l’époque, une usine éphémère avait été implantée sur un terrain en friches à 3 km du chantier."

En dix ans, Xavier Jaffray a lancé 7 usines éphémères en France dans le cadre de son entreprise Leco, avant de décider de poser ses valises en Loire-Atlantique en 2021 et de fonder Leco2. "J’ai trois ans de carnet de commandes dans la région, explique le chef d’entreprise. En 2022, nous aurons un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros, pour 5 millions en 2021. Cela nous apporte de la lisibilité pour les années à venir." Le choix de la Loire-Atlantique ? "C’est un département dynamique sur le plan démographique, il y a un gros besoin de logements, dit-il. Par ailleurs, le tissu de PME est dense et de qualité."

Travailler avec les acteurs locaux et avec des salariés du coin est le credo de Leco2. "Je défends le principe du circuit court, aussi bien pour nos fournisseurs, tous situés dans un rayon de moins de 100 km, et pour nos employés, qui habitent tous à moins de 10 km." En pleine phase de recrutement (40 en 2021, 60 supplémentaires en 2022), Leco2 privilégie le savoir-faire et le savoir être aux diplômes. "Je cherche des gens qui ont la niaque, répète-t-il à l’envi, avec des compétences, mais pas forcément de diplômes." Ce dirigeant n’hésite pas à dire qu’il ne recrute pas de couvreurs, de menuisiers, de charpentiers, de maçons professionnels… Il a testé ses candidats sur le montage de meubles Ikea. "J’ai embauché ceux qui sont doués pour l’assemblage. Nos salariés sont formés en interne, en trois semaines." Parmi les recrues, 30 % de femmes, un niveau élevé dans le monde du bâtiment.

Une construction modulaire 100 % bois aux vertus écolos

Aider les autres est aussi le leitmotiv de Xavier Jaffray. Sa PME est une entreprise à mission, mettant les valeurs sociales au cœur de son projet. "On travaille avec l’association d’insertion Erdre et Loire Initiatives. Il faut tendre la main à ceux qui connaissent des difficultés et ont besoin de trouver des repères dans un emploi et une entreprise."

L’autre marque de fabrique de Leco2 est l’utilisation du bois. "Nous avons un projet à Saint-Nazaire : une tour en bois de dix étages, des logements étudiants", rapporte le dirigeant. À l’heure où la lutte contre le changement climatique est devenue un impératif et où il faut décarboner nos activités, cette PME propose des bâtiments qui répondent aux exigences de la RE 2020 : "On fait deux fois mieux que ce que la loi nous impose en termes de bilan carbone."

La durée de vie de ce genre de bâtiments en bois et livrés en kit est comparable à celle en briques, parpaings ou béton. Mais, surtout, ils offrent une solution aux promoteurs immobiliers, aux bailleurs sociaux, aux collectivités, qui veulent faire du bas carbone via des constructions aux indéniables vertus écolos. Un message adressé en particulier aux élus : "Nous utilisons le bois, qui stocke le CO2. On piège une tonne de CO2 tous les 100 m2 construits. Notre usine est près des chantiers. Nos fournisseurs sont locaux. Nous n’avons presque pas de déchets. Nous utilisons de la main-d’œuvre locale. Difficile de faire plus performant question bas carbone. Nous explosons tous les compteurs à ce niveau-là." Sans parler du coût : "environ 20 % moins cher qu’une construction classique", estime Xavier Jaffray.

L’avenir de Leco2 se jouera bientôt à Bordeaux, Lyon, Paris et dans le Nord, où le dirigeant souhaite implanter de futures unités, sous la forme de franchises, pour mailler le territoire au plus près des chantiers. Les partenaires achèteront une licence, et Leco2 conservera l’ingénierie, la formation… Xavier Jaffray pense aussi à l’étranger, à l’Allemagne et aux États-Unis où les géants du numérique (Amazon, Google, Facebook) commencent à s’intéresser au monde de l’habitat et à la construction modulaire… Sans doute pas un hasard.

Xavier Jaffray, dirigeant de Leco2, prévoit 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, pour son usine de construction modulaire en bois, à Saint-Mars-la-Jaille.
Xavier Jaffray, dirigeant de Leco2, prévoit 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022, pour son usine de construction modulaire en bois, à Saint-Mars-la-Jaille. — Photo : David Pouilloux

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