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BTP

Interview Hoffmann Green Cement : "Le ciment est le second matériau le plus consommé au monde après l’eau"

Entretien avec Julien Blanchard, président du directoire d’Hoffmann Green Cement Technologies

Propos recueillis par David Pouilloux - 24 novembre 2022

Alors que les industriels sont invités à faire des efforts pour réduire leur empreinte carbone, Hoffmann Green Cement Technologies est le seul producteur au monde de ciment décarboné. Cette innovation de rupture permet de réduire drastiquement l’émission de CO2 pour la production de ciment. Julien Blanchard, président du directoire, détaille sa stratégie.

Julien Blanchard, président du directoire d’Hoffmann Green Cement Technologies.
Julien Blanchard, président du directoire d’Hoffmann Green Cement Technologies. — Photo : David Pouilloux

Récemment le président de la République a invité les 50 entreprises industrielles françaises les plus émettrices de CO2. Que pensez-vous de cette initiative ?

Le Président Emmanuel Macron a eu raison de les inviter pour leur proposer un cadre d’amélioration. Amélioration qui aurait pu être mise en œuvre depuis des années. Je pense qu’il aurait été bon d’inviter également les 50 sociétés françaises qui souhaitent changer le monde et qui sont, elles, très peu émettrices de CO2. Dès la création de l’entreprise, elles ont créé des produits verts et vertueux. Maintenant, il faut les aider à se déployer et à se faire connaître, que ce soit à l’échelle locale ou mondiale, car elles ont vocation à avoir un impact.

En quoi votre entreprise répond-elle à cette exigence de lutter contre le dérèglement climatique ?

L’activité de notre entreprise consiste à produire des nouveaux ciments décarbonés, sans clinker. Classiquement, les ciments sont produits de la même manière qu’il y a deux cents ans. Ils sont composés de calcaire cuit à très haute température, à 1 450 degrés pendant 18 heures. C’est le ciment traditionnel, dit portland, une poudre grise qui sert à faire du béton. Pour produire une tonne de ce ciment, on génère dans l’atmosphère une tonne de CO2. C’est un produit extrêmement polluant. Nous avons décidé de révolutionner le secteur du ciment en innovant, avec plusieurs technologies, pour proposer des nouveaux ciments, à très faible empreinte carbone, en divisant par 5 ou 6 les émissions de CO2 pour les produire, grâce à un process sans cuisson, dit à froid.

À qui vos ciments décarbonés s’adressent-ils ?

Nous adressons les marchés national et international. Des acteurs du BTP sont en demande de notre ciment décarboné. La réaction des acteurs de la construction a été très positive, car ils étaient en recherche de solutions pour réduire leur empreinte carbone. Nous avons signé une quarantaine de contrats majeurs, qui fait que notre carnet de commandes se situe aujourd’hui entre 200 000 et 250 000 tonnes de ciment à produire dans les prochaines années.

Nos produits sont déjà utilisés dans les Pays de la Loire sur différents chantiers, à Bordeaux, Toulouse ou dans la région parisienne. Ils peuvent ainsi répondre à leur besoin de décarboner leurs chantiers et en même temps apporter une réponse à la réglementation environnementale qui impose de construire des maisons, des immeubles avec des seuils carbone à respecter par mètre carré.

Vous avez levé plus de 100 millions d’euros, via une entrée en Bourse notamment. À quoi cette somme vous a-t-elle servi ?

Nous avons commencé par une levée de fonds effectuée avec des partenaires privés locaux, comme Cougnaud et Briand. Et nous sommes entrés ensuite sur le marché Euronext Growth. Cette somme globale sert à faire certifier nos produits, à déployer notre offre commerciale, à poursuivre la recherche et le développement, et, bien entendu, à construire des unités de production. Nos deux premières unités, en Vendée, ont une capacité de production de 300 000 tonnes. Nous passerons un cap, au printemps 2023, avec la mise en service de notre seconde unité à Bournezeau près de La Roche-sur-Yon.

Quelles sont vos ambitions pour les dix ans à venir ?

Deux jalons importants nous attendent. Le premier, en 2026, réside dans notre capacité de production que nous porterons à 550 000 tonnes, avec un objectif de chiffre d’affaires de 120 millions d’euros. Notre première unité produira 50 000 tonnes, la seconde 250 000 tonnes, et la troisième, opérationnelle en 2025, sera implantée à Dunkerque (Nord) et produira 250 000 tonnes de ciment. Chaque année, en France, nous consommons 18 millions de tonnes de ciment. Notre production correspondra à cette échéance à 3 % de ce total. Le ciment est le second matériau le plus consommé au monde après l’eau. Nos ambitions, pour 2030, c’est 15 unités de production dans le monde, avec notamment un développement en Europe et au grand export, aux États-Unis et au Brésil.

Comment êtes-vous perçu par les acteurs de ce secteur ?

Il était urgent que de nouveaux acteurs comme nous arrivent sur ce marché, pour le bousculer, le disrupter, afin d’atteindre les objectifs mondiaux de baisse de CO2. Il faut innover et industrialiser dès maintenant, pour que les effets massifs soient efficaces sur le temps long. Il y a 7 ans nous avons créé la société avec le cofondateur David Hoffmann, avec un capital de 5 000 euros. Aujourd’hui, l’entreprise vaut plusieurs centaines de millions d’euros. Nous y sommes arrivés à force de volonté, et ce sera la même chose avec les ciments décarbonés. Nous sommes face à des géants qui sont sur ce marché depuis des générations, nous ne changerons pas tout du jour au lendemain.

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