Vendée

Aérien

Interview Groupe Dubreuil : « Malgré les difficultés de l’aérien, nous devrions nous en sortir honorablement »

Entretien avec Paul-Henri Dubreuil, président du directoire du groupe Dubreuil

Propos recueillis par Amandine Dubiez - 08 octobre 2020

Secoué mais toujours solidement ancré, le groupe Dubreuil traverse la crise sanitaire sans trop de dommages. Les activités de distribution automobile et de matériel pour le BTP ressortent moins impactées que ce que le premier acteur économique de Vendée craignait. L’entrée au capital de son pôle aérien de CMA CGM lui permet de ne pas modifier le plan de vol de ses deux compagnies aériennes Air Caraïbes et French Bee. Le confinement a même donné quelques idées de nouveaux marchés à aborder au spécialiste de la diversification.

Paul-Henri Dubreuil, président du directoire du Groupe Dubreuil, dans son bureau en Vendée.
Paul-Henri Dubreuil, président du directoire du Groupe Dubreuil. — Photo : Adrien Borga - Le JDE

Comment Air Caraïbes et French Bee, les deux compagnies de votre pôle aérien Dubreuil aéro (700 M€ de CA, 1 300 salariés), qui représente 30 % de votre chiffre d'affaires, ont-elles vécu le confinement ?

Paul-Henri Dubreuil : Air Caraïbes et French Bee avaient fait deux années exceptionnelles et l'on partait sur une très très belle année. Il a fallu s’adapter. A partir du 15 mars, la crise a durement touché le trafic aérien du long et court courrier. Nos deux compagnies sont positionnées sur des liaisons moins impactées. Nous sommes touchés mais moins que nos concurrents qui font de l’intercontinental. Dès le confinement, nous avons mis en place des mesures de chômage partiel. Nous avons réalisé un été plutôt correct en faisant voler nos huit A350, épine dorsale de nos compagnies. Mais les six A330 sont plutôt restés en sommeil.

Pourquoi avez-vous décidé de faire entrer le géant du transport maritime CMA CGM au capital de Dubreuil aéro (à hauteur de 30 %) ?

P-H. D : C’est CMA CGM qui est venu vers nous. Pendant le confinement, ils ont vu que l’on faisait aussi du fret, avec les rotations que nous avons organisées avec la Chine pour importer des masques. Cela les a interpellés. Même si le groupe va bien, le fait d’avoir un autre groupe familial avec nous, 15 fois plus gros que le nôtre, cela nous donne les moyens d’assurer le plan de développement. Sur l'aérien, nous continuons notre plan de vol pour 2022. Pour French Bee, on va passer de quatre à six Airbus et on espère ouvrir la ligne vers New-York que l’on devait inaugurer en juin. On a hâte d’aller aux États-Unis, on sait qu’il y a un vrai potentiel là-bas.

Le groupe Dubreuil (2,2 Mds € de CA, 5 000 salariés) est présent sur sept marchés différents. Quel a été l’effet du confinement sur ces activités ?

P-H. D : Fin mars, nous étions plutôt pessimistes. Contre toute attente, le marché de la distribution automobile (805 M€ de CA, 36 % du CA du groupe) est reparti très vite au moment du déconfinement. Il y a eu un vrai engouement sur les ventes d’occasion avec des mois de juin et juillet historiques. Nous allons faire une année conforme à 2019. Nous avons aussi réalisé beaucoup de ventes de pièces détachées. On sent que les gens sont restés en France cet été et qu’ils ont beaucoup utilisé leur voiture. Sur ce secteur, on est presque sur le positif. Sur la distribution et la location de matériel pour le BTP (235 M€ de CA, 11 % du CA du groupe), là aussi on aurait pu penser que le marché serait frileux. Or, sur la vente comme sur la location, on est déjà positif par rapport à l’an dernier. Et enfin concernant le machinisme agricole (210 M€ de CA, 9 % du CA du groupe), on n’a pas du tout senti d’effet Covid car les agriculteurs, principalement en zone rurale, n’étaient pas concernés par les contraintes de circulation du virus. Notre groupe est solide car il est diversifié. On devrait s’en sortir honorablement, ce qui n’était pas gagné vu les difficultés de l’aérien. On sort de cinq belles années dans l’aérien et on était parti pour faire une très belle année. Mais ce n’est pas pour autant que l’on va revoir notre stratégie.

Quelle est la situation financière du groupe Dubreuil ?

P-H.D : Nous avons contracté un prêt garanti par l’État de 150 millions d’euros mais nous ne l’avons pas utilisé. On s’est constitué un matelas financier. Nous avons stoppé la croissance externe, ce n’est pas vital pour nous. D’habitude, nous faisons quatre ou cinq acquisitions par an. Cette année, nous n’en avons fait qu’une. Nous sommes prudents, nous allons plutôt investir dans nos filiales. On n’a pas de compte à rendre à la Bourse, la famille nous fait confiance.

Est-ce que cette période particulière qui bouscule les tendances vous amène à imaginer d’autres marchés de diversification ?

P-H.D : On observe des tendances de fond en effet. On sent qu’il y a une tendance pour bannir l’usage des emballages plastiques. Mon fils teste une activité sur le vrac (en 2019, le Groupe Dubreuil a aussi racheté une des activités du vendéen Ekoverde, qui développe des solutions zéro déchet pour les sites touristiques, NDLR). On regarde aussi le marché des énergies propres, notamment ce qui se passe autour de l’hydrogène, qui nous interpelle. Nous étions allés sur le marché du photovoltaïque, avant d’arrêter en 2008, mais pourquoi pas y revenir. On a aussi vu que l’usage du numérique s’est encore renforcé pendant le confinement. Nos plateformes e-commerce ont très bien fonctionné, cela interpelle également. Nous irons là où cela fait sens. La priorité actuelle reste le maintien de nos métiers, des filiales et de leurs performances.

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