Nantes

Santé

Franck Grimaud : "Aujourd'hui, notre autre métier, c'est de trouver de l'argent !"

Par David Pouilloux, le 06 juillet 2022

À l'occasion de l'assemblée générale du pôle de compétitivité Atlanpole Biothérapies, Franck Grimaud, son président -qui est également DG de Valneva-, annonce la création d'un fonds d'investissement majeur dédié à la santé et sa volonté de voir naître une start-up factory de la santé près du CHU de Nantes ainsi qu'un bio-parc pour la production industrielle de médicaments du côté de Saint-Herblain.

Franck Grimaud, directeur général de Valneva et président du pôle de compétitivité Atlanpole Biothérapies à Nantes.
Franck Grimaud, directeur général de Valneva et président du pôle de compétitivité Atlanpole Biothérapies à Nantes. — Photo : Valneva

Le pôle de compétitivité Atlanpole Biothérapies a tenu son assemblée générale le 5 juillet. À cette occasion, vous avez annoncé la création d'un nouveau fonds d'investissement. Est-ce un moment clé pour ce pôle ?

C'est une étape très importante. Notre pôle compte aujourd'hui 235 adhérents, dont 190 sociétés. Environ un tiers opère dans le domaine des médicaments, un tiers dans les dispositifs médicaux et un dernier tiers dans l'e-santé. L'arrivée d'un fonds d'investissement capable d'engager 50 millions d'euros dès la première année, puis 100 à 150 millions, l'année prochaine, est une bonne nouvelle. Notre partenaire, UI Investissement, a un portefeuille d'investissement de 2 milliards d'euros, dont 700 millions dans la santé, à travers différents fonds. Ce nouveau fonds créé, le FPCI MAJYCC Innovation santé, est un fonds national, mais qui investira en région, notamment dans les Pays de la Loire.

En quoi est-ce important qu'un tel fonds arrive en région ?

Les investisseurs ont besoin d'être au plus près des chercheurs et des entrepreneurs. C'est important de les connaître, de créer de la confiance et donc d'oser investir. C'est un fonds très sélectif. Il se positionnera entre les phases d'amorçage et de développement, en soutenant 15 à 20 entreprises par an, dans les domaines de la Biotech, de la Medtech et de l'e-santé. Il viendra soutenir des projets en consolidant leurs fonds propres. Le ticket moyen sera de 5 à 10 millions d'euros. C'est un pas important. Nantes Métropole, La Région Pays de la Loire, et le Crédit Agricole Atlantique Vendée viendront alimenter ce fonds sous forme d'investissements publics. Ce qui aura évidemment un effet de levier. Plus les collectivités locales investiront, plus les fonds privés s'engageront sur notre territoire.

Ce type de fonds n'existait pas en région ?

Il était possible de trouver 1 à 2 millions d'euros. Mais une société a besoin, pour lancer des premiers essais cliniques, de 5 à 10 millions d'euros, ce qui sera possible avec ce nouveau fonds. D'ailleurs, sa venue témoigne d'une chose : notre écosystème a atteint une taille critique désormais, avec des acteurs de premier plan, dont 14 ont été lauréats du plan France relance, à hauteur de 24 millions d'euros, dont Affilogic, AlgoSource, Clean Cells, GoLiver Therapeutics, I-Sep, Naogen, NG Biotech ; Selha Group, Tronico, Xenothera. Aujourd'hui, notre autre métier, c'est de trouver de l'argent. Pour mettre sur le marché un médicament, il faut 10 à 15 ans, et entre 200 à 500 millions d'euros pour un essai de phase 3. Le Covid a été une exception en termes d'agenda, puisque les premiers vaccins sont sortis en moins d'un an.

Quelle est la limite de notre écosystème en matière de santé ?

Il est constitué de beaucoup d'entreprises de petites tailles, de 10 à 50 salariés. Maintenant, il faut accepter de grandir, de voir certaines en acheter d'autres. C'est ce qui se passe dans d'autres filières, dans le digital par exemple. Cela fait partie de la vie d'une entreprise. Il faut accepter de partager les décisions et le pouvoir. Par exemple, à Lyon, il y a 20 000 personnes qui travaillent dans la santé, de la recherche à la production industrielle de médicaments. À Nantes, nous sommes à la moitié du chemin. Il nous manque notamment des acteurs de la production industrielle, même si quelques entreprises émergent dans ce domaine.

Comment atteindre cette échelle ?

Deux projets pourraient nous permettre d'y arriver. Le premier, à l'image de la station-F, à Paris, serait une start-up factory. Un lieu qui pourrait accueillir 1 000 chercheurs et entrepreneurs, une immense pépinière d'entreprises de la santé. Ce bâtiment devrait être proche du nouveau CHU. Un bâtiment de 40 000 m2 conviendrait, et trois de ce type existent à Nantes, et pas très loin du CHU. L'autre projet, à mener de front, est la construction d'un bio-parc, un parc du médicament, un lieu dédié à la production industrielle, près de l'hôpital Nord Laënnec. Maintenant, il est temps d'y aller, et d'y aller vite. Quand une entreprise de la santé cherche un endroit où s'installer et se développer, il faut qu'elle puisse se dire : je vais à Nantes. J'ai déjà fait part de tout cela aux élus de la Métropole et de la Région. Mais leur échelle de temps n'est pas la même que la nôtre. C'est trop lent, trop long. Il faut vraiment passer la seconde. Pourtant, ce genre de projets pourraient permettre de mettre Nantes sur la carte de l'Europe dans le domaine de la santé. C'est aussi, plus largement, une question de souveraineté nationale. Allons-nous nous donner les moyens de ne pas dépendre d'autres pays pour produire nos médicaments ?

Vous êtes également le directeur général de Valneva. Votre vaccin contre le Covid-19 vient d'obtenir l'autorisation de mise sur le marché de la commission européenne. Est-ce un soulagement ?

Cette autorisation est une excellente nouvelle. Mais les choses ne doivent pas s'arrêter là. Maintenant, il faut savoir si la Commission Européenne veut mettre à la disposition des Européens le seul vaccin contre le Covid, approuvé en Europe, qui soit issu d'un virus inactivé. 15% des Européens de plus de 18 ans ne sont toujours pas vaccinés selon l'Agence Européenne des Médicaments et nous pensons que la mise à disposition d'un vaccin plus traditionnel pourrait augmenter la couverture vaccinale. Nous recevons d'ailleurs une grande quantité de messages d'Européens qui attendent notre vaccin. 300 personnes travaillent chez Valneva sur ce vaccin. Sans commande de la Commission, nous n'avons aucune raison de maintenir notre production. La balle est dans le camp des autorités européennes.

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