Vendée

Numérique

Portrait Emmanuelle Roux, le défi du numérique pour tous

Par Jéromine Doux, le 20 novembre 2019

De l’école Saint-Gabriel aux bureaux des dirigeants vendéens, Emmanuelle Roux s’est lancé le défi de former le plus de personnes possible au numérique. Devenue chef d’entreprise par hasard, la dirigeante du Chaudron s’apprête à dupliquer son concept au-delà des frontières hexagonales.

Que cela soit auprès des collégiens, des salariés ou des dirigeants d'entreprise, Emmanuelle Roux s'est lancé le défi d'acculturer le plus de personnes possible au numérique.
Que cela soit auprès des collégiens, des salariés ou des dirigeants d'entreprise, Emmanuelle Roux s'est lancé le défi d'acculturer le plus de personnes possible au numérique. — Photo : Jéromine Doux - Le Journal des Entreprises

Le matin dans les écoles, l’après-midi dans les bureaux des dirigeants de Sodebo, du groupe Atlantic ou de System U et le soir avec ses propres enfants de 12 et 15 ans, Emmanuelle Roux passe ses journées à apprendre aux autres à coder. Cette quadra au style épuré - t-shirt, baskets, sans bijou, ni maquillage - est en train de devenir l'une des figures incontournables du numérique en Vendée.

Elle est à la tête de deux sociétés. Via SC21, un cabinet de conseils basé à Montaigu, elle guide les dirigeants d'entreprise dans leur transition digitale. Puis, avec Le Chaudron, elle propose des formations au numérique qui s’installent directement au sein des entreprises et forment les salariés en fonction de leurs besoins. Ainsi, cette société a intégré le siège de Décathlon pendant six mois, la caisse nationale du réseau des Urssaf pendant 18 mois ou encore les bureaux du Crédit du Nord. Ces deux entreprises réalisent 1,3 M€ de chiffre d’affaires et emploient 10 salariés.

Un réseau de franchises

L’entrepreneuse ambitionne d’atteindre les 3 millions d'euros de chiffre d'affaires à l’horizon 2021. Elle compte pour cela installer des Chaudrons aux quatre coins de la France et même au-delà des frontières hexagonales. « Nous voulons être présents partout rapidement, nous sommes déjà très en retard sur la transition numérique », assure la dirigeante. Elle estime que 90 % des Français sont « illettrés technologiquement » et fait de la pédagogie son cheval de bataille. Pour permettre aux dirigeants et salariés de gagner en autonomie, l’entrepreneuse veut donc déployer son Chaudron grâce à un réseau de franchisés. « L’année 2019 est l’année où nous industrialisons le concept », confie celle qui espère compter 15 franchisés dans les 18 mois. Le tout, sans délaisser son activité de conseil. « Le rôle de SC21 est d’éveiller la conscience des dirigeants, sans cela il est compliqué de développer le Chaudron. Nos deux activités sont donc complémentaires », poursuit la dirigeante.

En parallèle de ces deux activités, Emmanuelle Roux propose des stages pour les enfants et intervient dans des établissements scolaires. Le collège Saint-Gabriel, à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée), forme par exemple deux classes de sixième et de cinquième au numérique grâce à un emploi du temps aménagé, comme pour les filières « sport étude ». Le groupe Briand et le groupe Mousset financent la totalité de ces formations. « Pour eux, l’idée est de répondre à l’enjeu d’attractivité et aux difficultés de recrutement. Investir dans l’éducation de jeunes vendéens, attachés à leur territoire, peut être plus rentable que d’essayer de faire venir des talents de l’autre bout de la France. » Et ce ne sont pas les seules sociétés que l’entrepreneuse a convaincues. Le géant de l’agroalimentaire Sodebo travaille également avec elle. « À chaque vacance scolaire, nous formons les enfants des salariés au numérique, explique la dirigeante. Nous avons dû en voir près de 700 », assure-t-elle.

« Elle a 1 000 idées à la minute »

Pour son associé, Matthieu Chatry, qui travaille à ses côtés depuis plus de quatre ans, « Emmanuelle a 1 000 idées à la minute et veut être partout ». Un avis partagé par Daniel Robin, président du conseil de surveillance du groupe Herige qui accompagne la dirigeante, lauréate du Réseau Entreprendre. « Elle est tellement passionnée par son sujet, ça phosphore tout le temps dans sa tête. Nous, nous sommes là pour baliser sa route », confie le dirigeant vendéen. Pour lui, Emmanuelle « ne laisse pas indifférent. » Notamment grâce à son expertise et à « sa forte personnalité », complète son associé.

Ambitieuse, Emmanuelle Roux confie pourtant être devenue entrepreneuse par hasard. « J’entreprends parce que c’est une manière d’agir », confie la dirigeante qui rêve de « réinventer l’école. » Il faut remonter en 1985 pour comprendre d’où vient sa passion pour le code. À cette époque, la France lance « le plan informatique pour tous » afin d’initier les enfants à l’outil informatique en classe. Emmanuelle a 10 ans, vit dans la banlieue parisienne et touche à un ordinateur pour la première fois. Au Noël suivant, son père, qui dirige un cinéma d’art et d’essai et sa mère, journaliste à L’Humanité, lui offrent son propre ordinateur. « À cette époque, je faisais beaucoup de théâtre, de cinéma, de jeux de rôle. Pour moi, le code informatique était très proche de cela, c’était comme raconter une histoire », explique-t-elle. En 1994, lorsqu’internet arrive en France, l’informaticienne crée ses premiers sites.

« Je voulais bâtir l’école du futur »

En parallèle, la jeune femme suit des études de cinéma et fait de la photographie pour financer ses cours. Mais l’université l’agace. « Si l’école nous apprend à peu près le passé, elle ne nous dit rien du futur. Pour moi, elle se trompe de finalité », estime Emmanuelle Roux qui laisse alors tomber le cinéma et se consacre à l’informatique. « À ce moment-là, je me suis dit que je voulais bâtir l’école du futur », assure-t-elle.

Emmanuelle Roux entame une « double vie » et crée une agence de communication. « Je savais faire des sites, les gens en avaient besoin, ça fonctionnait bien », décrit l’entrepreneuse qui meurt d’envie de s’investir dans la pédagogie. Elle intègre une école de multimédia à Paris et « apprend à apprendre » à ses élèves. Un leitmotiv qui ne quitte plus la dirigeante depuis. En 2006, son mari est muté en Vendée. Emmanuelle Roux arrive aux Sables d’Olonne et, pour apprendre à apprendre, elle crée son premier Fab Lab en 2011, littéralement laboratoire de fabrication. À La Roche sur-Yon, la Forge des Possibles fait partie des premiers Fab Lab français et Emmanuelle Roux s’inscrit parmi les pionnières du concept en France. La dirigeante opte pour le statut associatif et cherche un modèle économique pendant deux ans. En vain. La Forge des Possibles ferme ses portes en 2013.

Vite acceptée par le monde entrepreneurial vendéen

Emmanuelle Roux crée alors le cabinet de conseil SC21 mais continue la pédagogie en installant des Fab Labs directement chez ses clients : le groupe Atlantic, Sodebo ou encore System U font appel à ses services. « Elle a été très vite acceptée par le monde entrepreneurial vendéen », précise Daniel Robin. « Je suis lauréate du Réseau Entreprendre Vendée et experte du Réseau APM, cela m’a permis de rencontrer les chefs d’entreprise du département », explique-t-elle. Egalement conférencière, l'entrepreneuse semble avoir trouvé la clé pour bâtir son école du futur. « L’idée est d’impacter ceux qui impacteront demain. Seule, je suis toute petite mais je sais que je peux avoir une influence sur les gros industriels qui sont présents depuis des années et qui seront encore là demain. »

Que cela soit auprès des collégiens, des salariés ou des dirigeants d'entreprise, Emmanuelle Roux s'est lancé le défi d'acculturer le plus de personnes possible au numérique.
Que cela soit auprès des collégiens, des salariés ou des dirigeants d'entreprise, Emmanuelle Roux s'est lancé le défi d'acculturer le plus de personnes possible au numérique. — Photo : Jéromine Doux - Le Journal des Entreprises

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