Vendée

Biotech

Des vers marins pour sauver des vies

Par Jéromine Doux, le 02 janvier 2019

Chercheur reconnu, Franck Zal a quitté son emploi au CNRS pour créer Hemarina. A Noirmoutier, en Vendée, il élève deux tonnes de vers marins et utilise leur hémoglobine pour développer des produits médicaux.

Franck Zal, fondateur d'Hemarina
Franck Zal a fondé Hemarina en 2007. — Photo : Jéromine Doux - Le Journal des Entreprises

C’est à Noirmoutier, en Vendée, qu’Hemarina élève des vers marins sur 13 hectares. L’entreprise de 31 salariés, dont 6 à Noirmoutier, a été créée en 2007. À cette époque, Franck Zal, docteur en biologie marine au CNRS, s’intéresse aux organismes vivants dans des milieux extrêmes. Il découvre l’arenicola marina, un ver marin vivant sur les plages, soumis aux marées, aux variations de températures et à la salinité. Un milieu hostile, auquel l’arénicole s’acclimate, grâce à une hémoglobine 40 fois plus oxygénante que celle de l’homme, qui lui permet de rester en apnée pendant plusieurs heures.

Franck Zal en est sûr, cette qualité peut s’appliquer dans le domaine médical, pour devenir, par exemple, un substitut sanguin. Il quitte alors le CNRS pour monter son entreprise, à Morlaix (Finistère). Depuis, l’entreprise a levé 22 M€ de fonds privés et créé Hemo2life, une solution pour conserver plus longtemps les organes, afin de diminuer les risques de rejet des greffes. Une technologie qui a fait ses preuves après avoir été utilisé récemment lors d’une greffe de visage.

Dans sa ferme marine de Noirmoutier, Hemarina élève deux tonnes de vers marins.
Dans sa ferme marine de Noirmoutier, Hemarina élève deux tonnes de vers marins. - Photo : JDE

Première commercialisation courant 2019

Ce produit commencera à être commercialisé courant 2019. Aujourd’hui, la ferme marine produit deux tonnes de vers, mais a une capacité de 30 tonnes. Pour autant, l’efficacité de l’hémoglobine de l’arénicole est telle qu’avec « 750 kg de vers, on peut déjà répondre à toute la liste des Français en attente de greffe », précise le chef d’entreprise.

Au total, Hemarina a déposé 59 brevets. « Nous avons développé des poudres et liquides capables de se substituer aux poches de sang », ajoute Hugues Le Choismier, directeur général adjoint. Des produits pouvant être conservés cinq ans, quand les poches de sang humain doivent être utilisées dans les 42 jours. « L’idée est notamment de pouvoir les utiliser sur les lieux d’accidents. Nous pouvons les transporter et les stocker facilement. »

Un pansement qui accélère la cicatrisation

Hemarina a également fixé sa technologie sur un pansement appelé HemHealing, un concentré en oxygène qui permet d’accélérer le processus de cicatrisation. Ce produit pourrait permettre de soigner des ulcères du pied ou d’autres plaies sans solution thérapeutique. Les innovations comme celle-ci devraient sortir des laboratoires à l’horizon 2020. Pour être commercialisées entre 2020 et 2025.

La conclusion d’une belle histoire pour le dirigeant breton de 62 ans, qui a grandi dans une famille très modeste. « Nous étions cinq enfants dans un deux-pièces et au milieu du salon, trônait une télévision. » À cette époque, le jeune garçon regarde « en boucle » les émissions du commandant Cousteau et se passionne pour la biologie marine. « J’ai eu la chance de le rencontrer plus tard. C’est lui qui m’a montré la voie de l’océanographie biologique. »

Franck Zal, fondateur d'Hemarina
Franck Zal a fondé Hemarina en 2007. — Photo : Jéromine Doux - Le Journal des Entreprises

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