Loire-Atlantique

Santé

Coronavirus : masques, usines au ralenti et visioconférences, les entreprises nantaises témoignent

Par Amandine Dubiez, le 20 février 2020

Des usines fermées, ou qui rouvrent au compte-gouttes avec seulement 50 % des salariés, des entreprises qui n’arrivent plus à s’approvisionner en produits chinois... Comment les PME et ETI de Loire-Atlantique vivent les conséquences des mesures de précaution imposées de Shanghai à Canton pour éviter la propagation du coronavirus ? Témoignages des groupes Wirquin, AIA Life Designers mais aussi de Serta et de Florentaise.

Une femme marche à Wuhan, où l'épidémie de coronavirus a débuté.
Une femme marche à Wuhan, où l'épidémie de coronavirus a débuté. — Photo : CC BY Wikipedia

Florentaise, Serta, Wirquin confrontés aux fermetures d'usine

Deux semaines de retard. Chez Florentaise (200 salariés, 53 M€ de CA), la PME de Saint-Mars-du-Désert, en Loire-Atlantique, qui fabrique des supports de culture, le site de production chinois ne rouvrira pas avant le mois de mars.

« Notre site de production est situé dans la région de Shanghai alors que la plupart des salariés sont originaires du centre de la Chine, à proximité du foyer du virus. Depuis le 15 février, l’usine a eu le droit de rouvrir mais elle ne tourne pas. Les salariés sont bloqués dans leurs familles, qu’ils étaient partis voir à l’occasion des fêtes du Nouvel An chinois. Ou alors, ils sont revenus mais ont été placés d’office en quarantaine par les autorités. Ils doivent rester confinés pendant 14 jours dans un hôtel où on surveille leur température », explique le PDG Jean-Pascal Chupin. « Ce n’est pas la pleine saison des cultures, donc ce n’est pas trop gênant. Mais il y a quand même des plantes jetées car elles n’ont pu être commercialisées et donc des trésoreries impactées », s’inquiète le dirigeant.

• Réouverture sans le personnel français pour Serta

Le site du groupe vendéen Serta (107 M€ de CA, 1 000 salariés) fabricant de vérins hydrauliques, est à l'arrêt depuis le nouvel an chinois. Comme toutes les entreprises locales, pendant cette période de fermeture imposée, il était contraint de continuer à rémunérer l’ensemble de ses salariés. Les expatriés français qui travaillent sur le site ont été rapatriés pour éviter toute contamination.

• Chez Wirquin, 50 % de collaborateurs présents

Dans la province sud de Canton, le groupe Wirquin (1 300 salariés, 140 M€ de CA) a pu rouvrir son usine le 17 février, après deux semaines de fermeture annuelle, liée aux vacances du Nouvel An chinois, et une semaine supplémentaire, pour répondre aux mesures de prévention imposées à toutes les entreprises par les autorités chinoises, à cause de l’épidémie de coronavirus.

« Nous avons, par exemple, dû prouver aux autorités que nous avions bien une salle fermée, qui pourrait accueillir une personne contaminée par le coronavirus. Nous avons aussi installé des caméras infrarouges à l’entrée de l’usine, pour détecter des hausses de température chez les salariés. Nous avons aussi dû nous équiper avec des masques de protection et des solutions hydroalcooliques », explique Grégory Le Coënt, vice-président de Wirquin.

« Nous examinons en ce moment la liste des composants que nous produisons, pour anticiper d’éventuelles ruptures de stock. »

Quand il a rouvert, son entreprise, seule la moitié des 300 salariés du site de production était présente. « 50 %, ce n’est pas si mal. Certaines des autres entreprises installées en Chine avec qui je discute ne comptent que 20 à 30 % de collaborateurs présents », poursuit Grégory le Coënt.

Lui n’est pour le moment pas inquiet pour l’avenir : « Si la situation perdure, nous avons de multiples "plans B". Nous examinons en ce moment la liste des composants que nous produisons, pour anticiper d’éventuelles ruptures de stock », explique le dirigeant. C’est en avril qu’il pourra voir un éventuel impact sur le chiffre d’affaires local.

AIA Life Designers s’habitue à la visioconférence

Chez le cabinet d’architectes nantais AIA Life Designers (600 salariés) aussi, c’est masques obligatoires au bureau. Le cabinet compte une équipe de 20 salariés, implantés dans des bureaux à Shanghai. Comme pour toutes les entreprises locales, les mesures de précaution, imposées par les autorités pour éviter toute propagation du virus, obligent les salariés à changer leurs habitudes : « Avant d’entrer dans les locaux, quelqu’un prend notre température. C’est aussi le cas quand on sort ou l’on rentre à notre domicile », explique Simon Tsouderos, associé d’AIA Life Designers et responsable du cabinet en Chine, qui ne constate pas de conséquences directes sur son activité.

« Le coronavirus nous oblige à annuler ces déplacements et à organiser des visioconférences, ce qui nous simplifie le quotidien. »

Pour le moment, le coronavirus aurait même un impact positif inespéré pour la structure qui travaille sur des projets d’architecture dans le domaine de la santé et du tri des déchets, partout en Chine. « D’habitude, nous devons nous déplacer pour aller voir nos clients, car les Chinois préfèrent toujours le contact direct. Cela engendre beaucoup de déplacements, ce qui peut être lourd pour le planning. Le coronavirus nous oblige à annuler ces déplacements et à organiser des visioconférences, ce qui nous simplifie le quotidien », reconnait-il. Il espère que cette nouvelle habitude perdure, après les mesures exceptionnelles liées au coronavirus.

En Loire-Atlantique, rupture de stock de goodies

Eux ne comptent pas d’usine en Chine mais un site de production en Loire-Atlantique et pourtant, ils subissent de manière indirecte les conséquences du ralentissement économique lié au coronavirus.

« Nous sommes en rupture des goodies, que nous achetons sur Alibaba. »

« Nous sommes en rupture de goodies que nous achetons sur Alibaba en direct à des fournisseurs chinois (stylos, clés USB, etc.). Nous peinons donc à offrir des cadeaux promos à nos clients sur les salons où nous exposons nos produits », explique le responsable marketing d’une PME industrielle de Loire-Atlantique (19 salariés) qui préfère rester anonyme. « D’un coup, mes fournisseurs ont commencé à décaler les dates de lancement de production et elles ne font qu'être reportées depuis », constate-t-il.

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