Loire-Atlantique

Industrie

Coronavirus : Comment les industriels des Pays de la Loire redémarrent leur activité

Par Caroline Scribe, le 14 avril 2020

Parce qu'elles ont un carnet de commandes plein, parce qu'elles veulent envoyer un signal au marché, parce qu'elles ont un rôle central dans la chaîne de valeur de leur secteur, certaines entreprises industrielles de Loire-Atlantique et de Vendée font le choix de redémarrer leur activité. Dans quelles conditions sanitaires et économiques ? Eléments de réponse avec les dirigeants de Cetih, Herige et Saunier Duval.

Le groupe Cetih est depuis 2005 le premier fabricant français de portes d'entrée pour la maison.
Plusieurs entreprises industrielles relancent leur activité en dépit des nombreuses incertitudes sur l'avenir. — Photo : Groupe Cetih

C’est une tendance encore timide. Mais, sans attendre le 11 mai, plusieurs entreprises industrielles de Loire-Atlantique et de Vendée ont décidé de relancer la production sur leurs sites. Cette reprise passe, tout d’abord, par des mesures de protections renforcées pour assurer la sécurité sanitaire des salariés.

101 mesures pour protéger les salariés chez Saunier Duval

L’usine nantaise de Saunier Duval (550 salariés, 220 M€ de CA) dédiée à la fabrication de chaudières murales, de panneaux solaires thermiques et de pompes à chaleur n’a, pour sa part, jamais cessé son activité. Elle a pris très tôt des mesures de sécurité pour éviter la propagation de l’épidémie de Covid-19 au sein de ses équipes. « Avant même de discuter des volumes de production, l’accent a été mis sur la protection des personnes. Dès le 14 mars, nous avons mis en place 85 mesures de protection sur le site. Après discussion avec les instances représentatives du personnel, elles ont été renforcées et portées à 101. Aujourd’hui, environ 25 % de la production est assurée par 30 % du personnel sur la base du volontariat », rapporte Eric Yvain, directeur du site nantais de Saunier Duval. Pour protéger les salariés, l’organisation du travail a été revue : suppression du recouvrement des équipes pour éviter que celles-ci se croisent, fermeture du site de production à toutes les personnes extérieures, y compris aux équipes de R & D, fermeture du restaurant d’entreprise, remplacement des poignées de porte traditionnelles par des systèmes manipulables avec le coude, distanciation de 3 mètres entre les opérateurs, création de zones spéciales pour accueillir quotidiennement 50 camions en provenance et à destination de toute l’Europe… Commandés par Vaillant, la maison-mère allemande de Saunier Duval, des masques sont distribués quand il y a une proximité inévitable entre deux personnes (en cas de formation d’un opérateur, par exemple) et, à la demande, pour rassurer certains salariés. « Dans la pratique, nous avons très peu de demandes », constate le dirigeant.

Kits de masques chez Cetih

Après les avoir fermés le 18 mars, le groupe Cetih (1 300 salariés, 215 M€ de CA) qui fabrique des menuiseries et des panneaux photovoltaïques, est engagé depuis le 8 avril dans un processus de réouverture progressive et partielle de ses sept sites. « Nous avons décidé cette reprise en accord avec la filière et en nous appuyant sur le plan de prévention validé par l’UIMM, que nous avons encore renforcé. Cette reprise suppose d’appliquer de nombreuses précautions, nécessitant une période d’adaptation au jour le jour. Nous apprendrons en avançant », indique François Guérin, directeur général de Cetih. Pour s’assurer que les consignes de sécurité sont bien comprises et respectées, les salariés reçoivent une formation d’une heure avant de reprendre le travail et signent un engagement à respecter les mesures. Le groupe fournit, par ailleurs, à chaque salarié un kit journalier de 4 masques en tissu homologués pour une utilisation quotidienne de 2 masques à laver le soir.

Une activité subordonnée à la reprise des marchés

La reprise de l’activité reste cependant partielle, tant les incertitudes sur l’avenir, même proche, sont grandes. « Nous avons voulu envoyer un signal au marché et avions la chance d’avoir un carnet de commandes bien rempli qui a servi de base à la reprise. Pour aller plus loin, nous avons besoin de nouvelles commandes. Nous sommes à 50 % de nos capacités, la montée en puissance de l’activité est conditionnée au redémarrage des chantiers chez les particuliers. L’activité à plein régime, ce n’est pas pour tout de suite », analyse François Guérin.

Tout comme Cetih, le groupe Herige (570 M€ de CA, 2 300 salariés), spécialisé dans le négoce de matériaux, la fabrication de béton et la menuiserie industrielle, est tributaire de l’évolution du marché du BTP. Le groupe vendéen fait donc redémarrer progressivement ses sites en gardant l’œil rivé sur la trésorerie. Depuis le 24 mars, les activités de négoce et de béton ont partiellement repris, en raison de leur rôle essentiel dans la chaîne du bâtiment. La menuiserie a suivi le même chemin début avril. « Ce n’est pas rentable vu les volumes que nous faisons. Nous avons mis en place une organisation qui correspond le mieux possible aux besoins des clients, mais aussi à la gestion des coûts. Nous avons plus d’agences ouvertes mais moins longtemps. Nous travaillons pour réduire les conséquences économiques, mais il y en aura », estime Alain Marion, président du groupe. Au mois de mars, Herige a enregistré un recul de 40 % de son activité et envisageait une baisse de 60 % pour le mois d’avril, si les mesures de confinement étaient prolongées. Ce qui est chose faite.

Redémarrage à l’export

Le contexte est plus favorable pour l’usine Saunier Duval. « La bonne surprise est que, commercialement, nous fonctionnons à plein. En période de confinement et de sécurité sanitaire, les chauffe-eau et pièces de rechange s’avèrent être des produits relativement stratégiques. De plus, nous réalisons 70 % de notre chiffre d’affaires à l’export. Or, en Allemagne et dans les pays de l’Est, la demande reste forte. Sur ces marchés, on ne ressent pas la crise. Ce qui en réduit l’impact sur le site de Nantes », indique Eric Yvain qui espère porter l’activité à 50 % au mois de mai et « rêve » d’une capacité normale début juin, tout en étant très conscients des nombreux aléas.

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