Pays de la Loire

Industrie

Coronavirus : comment la filière bois se relance dans les Pays de la Loire

Par Jéromine Doux, le 23 avril 2020

Forte de plus de 30 000 salariés, la filière bois des Pays de la Loire prend de plein fouet la crise du coronavirus. Seulement 12 % de ses entreprises conservaient une activité normale début avril. Depuis quelques semaines, la plupart tente de redémarrer progressivement.

Du bois
Pour que la filière bois ne souffre pas trop, les acteurs s'accordent à dire qu'il faut absolument limiter l'importation. — Photo : Pixabay

Les Pays de la Loire sont la troisième région française pour la filière bois en nombre d’emplois. Loin d’être la région la plus forestière de France, elle compte toutefois 31 400 salariés, dont 8 880 en Vendée et 8 320 en Loire-Atlantique, répartis au sein de 7 100 établissements. Une présence justifiée par le rôle historique des ports de Nantes Saint-Nazaire et Cheviré dans l’approvisionnement et le négoce du bois. La région est également l’une des premières dans le secteur de l’ameublement.

Mais comme de nombreux secteurs, la filière prend de plein fouet la crise du coronavirus. Seulement 12 % de ses entreprises fonctionnaient normalement dans la région début avril. Les autres étaient fermées ou poursuivaient leur activité au ralenti. Désormais, la plupart tente de redémarrer. Mi-avril, environ 20 % avaient retrouvé un fonctionnement normal selon Atlanbois, l’association de promotion du bois en Pays de la Loire.

À Sainte-Florence, en Vendée, Piveteau Bois (1 000 salariés dont 450 en Vendée, 250 M€ de CA) a repris une activité partielle avec 50 % de ses effectifs la semaine du 1er avril. « Nous avons arrêté la production le 17 mars. Tout le monde était inquiet, nous ne savions pas du tout où on allait », se remémore Jean Piveteau, le président du groupe qui travaille essentiellement avec les entreprises du bâtiment. 50 % de son chiffre d’affaires s’est volatilisé courant mars, notamment parce que la plupart de ses clients ont stoppé leur activité. 

Jean Piveteau, président de Piveteau Bois, fabricant de produits en bois pour la construction, l'aménagement extérieur et le bois énergie.
Jean Piveteau, président de Piveteau Bois, fabricant de produits en bois pour la construction, l'aménagement extérieur et le bois énergie. - Photo : Jean Piveteau

10 à 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en moins pour Piveteau Bois

Mais pour le dirigeant, qui estime avoir perdu entre 10 et 15 M€ de chiffre d’affaires sur son site vendéen, il fallait reprendre rapidement et « apprendre à vivre avec le virus. » Pour préparer la reprise, 10 responsables du groupe se sont réunis dans les ateliers afin d’envisager la « moins mauvaise manière de reprendre. » Et le groupe a vite compris que la communication était la clé. Depuis le début de la crise, les responsables organisent chaque semaine des réunions avec les représentants du personnel afin de s’adapter. « Nous devons nous réorganiser constamment. Grâce à cela, nous partageons beaucoup, nous levons des doutes. Nous sommes tous dans le même bateau et ces échanges sont vraiment riches d’enseignements », confie le dirigeant qui souhaite maintenir ces réunions hebdomadaires au moins jusqu’à la fin du mois de mai.

LCA Construction Bois, à la Boissière-de-Montaigu (85) a également misé sur le dialogue avec ses salariés. La PME de 40 collaborateurs, qui réalise 8,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, a aussi repris une activité partielle le 1er avril avec seulement quatre salariés. Spécialisée dans le gros œuvre, la société vendéenne s’était arrêtée dès le premier jour de confinement. « À ce moment-là, nous travaillions beaucoup pour des marchés publics. Dès le lundi 16, nous avons été informés des arrêts de chantiers et nous avons dû fermer », explique Karine Bouhier, la dirigeante, qui a vite travaillé sur un scénario de reprise. « Nous avons créé un groupe Whatsapp pour communiquer avec nos salariés, un peu perdus face au manque d’informations. Quatre d’entre eux, disponibles et prêts à venir travailler, ont accepté de reprendre. » Karine Bouhier, mère de trois enfants étudiants, est quant à elle restée à son poste, même pendant la fermeture. « Mon mari télétravail et mes enfants sont à la maison, c’est un peu compliqué pour moi de travailler chez moi », explique-t-elle.

Karine Bouhier, dirigeante de LCA Construction Bois.
Karine Bouhier, dirigeante de LCA Construction Bois. - Photo : LCA COnstruction Bois

« Nous ne reprendrons une activité normale qu’en juin ou juillet »

À quatre dans les ateliers, les gestes barrières sont assez facilement respectés. Seuls les approvisionnements de gel hydroalcoolique, masques et visières ont été difficiles à gérer pour la société. La cadence devrait augmenter mais Karine Bouhier, qui estime avoir déjà perdu deux mois de chiffre d’affaires, reste prudente. « Nous ne devrions reprendre une activité normale qu’à la mi-juin voire en juillet », estime celle qui constate que les marchés publics ont dû mal à reprendre. Le groupe Piveteau Bois est, quant à lui, plus optimiste. « Nous retrouvons 60 à 65 % de notre chiffre d’affaires en ce moment, l’activité s’est accélérée depuis mi-avril. Nos clients redémarrent petit à petit. »

Après quelques semaines à l’arrêt, les entreprises hésitent toutefois à reporter certains investissements. « Nous avons beaucoup réfléchi mais nous avons décidé de poursuivre notre projet d’agrandissement », déclare Karine Bouhier, qui envisage de construire 1 700 m² supplémentaires à côté de ses locaux de 4 400 m² pour accueillir notamment une nouvelle machine à 500 000 €. Piveteau Bois a, quant à lui, « bloqué tous [ses] projets. » Seul un investissement de 1,4 million d’euros est en cours pour l’achat d’un préparateur de commandes automatisé.

Un secteur porteur : la palette

De son côté, Jean Bureau, le dirigeant de deux entreprises de la filière bois à Riaillé (44), n’a jamais arrêté le travail grâce à un marché plus porteur. « L’activité principale de la scierie TBO (40 salariés, 5,2 M€ de CA), c’est la palette, elle représente 70 % de notre chiffre d’affaires. Six de nos principaux clients sont des fournisseurs de l’industrie agroalimentaire et de la santé », précise Jean Bureau, également à la tête de Bema (26 salariés, 10 M€ de CA), spécialisé dans l’exploitation forestière et le négoce de bois. Et le dirigeant sent que ses clients industriels redémarrent également. « Si nous n’avons pas encore retrouvé notre niveau d’activité normal, les salariés, refont des heures supplémentaires. Et dès la semaine prochaine, nous reprendrons des intérimaires », éclaire-t-il.

Jean Bureau, dirigeant de la scierie TBO et de la société spécialisée dans l’exploitation forestière et le négoce de bois, Bema, en Loire-Atlantique.
Jean Bureau, dirigeant de la scierie TBO et de la société spécialisée dans l’exploitation forestière et le négoce de bois, Bema, en Loire-Atlantique. - Photo : Medef 44

Après plusieurs semaines d’angoisse, les dirigeants du secteur s’accordent à dire que l’espoir revient. « Au début, on s’est demandé ce qui nous tombait sur la tête, lance la dirigeante de LCA. Aujourd’hui, les contradictions commencent à se résorber, je suis beaucoup plus sereine, beaucoup d’entreprises ont repris. »

Le principal enjeu : s’approvisionner en France

Pour que la filière ne souffre pas trop, les acteurs insistent toutefois sur le principal enjeu : se fournir en matière première française. « Environ 20 % du bois provient d’Allemagne, d’Autriche, de Suède, ou de Finlande. » Plus qu’une question de coût, pour le président de Piveteau Bois, il s’agit d’une habitude. La balance commerciale française est d’ailleurs déficitaire. Si la France exporte pour 11,5 milliards d’euros, elle importe pour 18,2 milliards d’euros selon une étude de la filière forêt bois.

« Même si la construction baisse de 15 à 20 % au cours des 12 prochains mois, si l’on suspend l’importation, nous pourrons tous maintenir nos activités et même continuer à se développer à l’intérieur de nos marchés en baisse », insiste Jean Piveteau. Selon lui, la filière surfait également sur une bonne vague en lien avec les problématiques environnementales. « Le bois était en train de remplacer de plus en plus le béton dans le bâtiment, j’espère que cela va se poursuivre », confie-t-il.

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