Loire-Atlantique

BTP

Coronavirus : ces dirigeants nantais ont décidé de rouvrir leur entreprise

Par Amandine Dubiez, le 27 mars 2020

PME du BTP ou des transports, elles s’étaient arrêtés au moment du confinement et s'apprêtent à rouvrir le 30 mars. Face aux injonctions contradictoires des pouvoirs publics, trois dirigeants nantais expliquent leur choix, débattu à distance avec leurs salariés, et rendent compte de cette délicate période à gérer en tant que chef d’entreprise. Témoignages de Yoann Choin-Joubert, PDG de Réalités, de Grégory Flipo, dirigeant de TMC Innovation et d'Alexis Raillard, PDG de Transeco. 

L'atelier du fabricant de mâts d'éclairage TMC Innovation aux Sorinières, près de Nantes.
L'atelier du fabricant de mâts d'éclairage TMC Innovation aux Sorinières, près de Nantes. — Photo : Gregory Flipo

Leurs entreprises s’étaient arrêtées net le mardi 17 mars à 12h, au début du confinement imposé par Emmanuel Macron. Ces dirigeants ont ensuite passé les dix derniers jours à s’interroger : ouvrir leur entreprise ou pas ? Après la peur de tomber malade, il y a eu la colère de ne pas être soutenus par le gouvernement qui menaçait de ne pas accorder le droit au chômage partiel à certains secteurs d’activité.

Comme beaucoup, ils naviguaient à vue, entre les injonctions contradictoires des pouvoirs publics qui invitent les citoyens à rester chez eux tout encourageant à aller travailler. Après réflexion, ils ont finalement décidé de rouvrir. Tous ont un point commun : ils ont maintenu un très fort lien avec leurs collaborateurs.

Yoann Choin-Joubert (Réalités) : « C’est notre devoir »

Yoann Choin-Joubert, PDG du groupe de promotion immobilière nantais Réalités (280 salariés, 155,5M€ de CA), fait partie des dirigeants qui n’ont pas hésité à fermer leur entreprise dès le 17 mars, « ne voyant pas bien pourquoi les cols bleus seraient exposés et pas les cols blancs. Soit on travaille tous, soit personne, en dehors des produits et services dits indispensables », expliquait-il alors sur les réseaux sociaux, au moment où les acteurs du BTP manifestaient leur colère auprès du gouvernement. Il a depuis décidé de retourner travailler.

Yoann Joubert, PDG fondateur du Groupe Réalités.
Yoann Joubert, PDG fondateur du Groupe Réalités. - Photo : Réalités

« C’est notre devoir, c’est ma responsabilité. Cela sera insoutenable pour la nation si tout le pays est arrêté pendant deux ou trois mois, la dette explosera. Nous parlons peut-être d’un enjeu proche de 1 000 milliards d’euros dont le pays ne saura pas assumer la charge. Il faut limiter la casse. ». Lui assure ne pas gagner d’argent en reprenant les chantiers. « Ce n’est pas dans mon intérêt de reprendre maintenant, j’engage beaucoup de trésorerie sur les chantiers, nous ne sommes pas dans une logique comptable », tient à préciser Yoann Choin-Joubert.

Faire « un petit effort »

Il a déjà estimé les pertes liées à cette crise sanitaire : « On sera content si on fait entre 180 et 190 M€ de réservations en 2020 contre les 280-290 millions prévus à l’origine. On aura de la chance si on ne perd pas d’argent et que l’on ne doit pas licencier », précise le dirigeant. Il espère que d’autres entrepreneurs reprendront aussi vite le travail : « il faut que l’on fasse tous un petit effort ». Pendant ce temps-là, les ventes continuent malgré tout pour Réalités. « Il y en a 80 % de moins mais il reste toujours 20 % », remarque-t-il.

La réouverture, il en discutera le 27 mars avec ses salariés en comité d’entreprise et en CSE. « En ce moment, on a un comité d’entreprise tous les deux jours, on a un dialogue social hyper intense. Cet éloignement nous rapproche, je sens les gens très engagés », explique le dirigeant.

Grégory Flipo (TMC Innovation) : « Beaucoup de questions »

Même sentiment d’engagement des collaborateurs chez TMC Innovation (3,1 M€ de CA, 20 salariés) la PME des Sorinières qui fabrique des mâts d’éclairage, dirigée par Grégory Flipo. Lui n’a pas vraiment arrêté son entreprise. Mais il a hésité. « Je me suis posé beaucoup de questions. La semaine dernière, toute la filière était arrêtée mais on pouvait assurer la production, nous avions la matière première et les commandes ».

Les chaudronniers et soudeurs devant leur atelier débattent sur la réouverture de leur entreprise TMC Innovation.
Les chaudronniers et soudeurs devant leur atelier débattent sur la réouverture de leur entreprise TMC Innovation. - Photo : TMC Innovation

L’état des commandes, la situation de ses fournisseurs... Il a exposé les faits en toute transparence à ses collaborateurs, presque quotidiennement. Le 23 mars, il a laissé son équipe de sept chaudronniers soudeurs se concerter sans lui. « C’est le chef d’atelier qui leur a parlé sans moi pour qu’il puisse y avoir une liberté de parole », précise le dirigeant. Aujourd’hui, sur les 20 salariés, 18 sont au travail dont 12 en télétravail. « Notre entreprise a les moyens de travailler en respectant les règles de distanciation sociale. Nous avons un atelier spacieux », explique le chef d’entreprise.

"Les clients parlent d’une reprise dans 15 jours"

L’atelier a été adapté à la situation sanitaire : « il y a des affiches un peu partout pour rappeler les consignes, du gel hydroalcoolique aussi que l’on fabrique nous-même, il n’y a plus de vestiaire, on se déshabille dans les bureaux, on désinfecte les accessoires, on laisse les portes laissées semi-ouvertes », poursuit le dirigeant. « En tant qu’acteur économique je ne veux pas me reposer sur une future prise en charge par l’État car l’État c’est nous, et il faudra payer un jour », explique Grégory Flipo.

Il a aussi bon espoir que l’économie reparte dès la semaine prochaine. « On sent que dans notre environnement, les clients parlent d’une reprise dans 15 jours. Nos fournisseurs, peintres, usineurs, découpeurs reprennent nos commandes ». Il espère que la maîtrise d’ouvrage des collectivités locales repartent également.

Alexis Raillard (Transeco) : « Ce n’est pas ma boîte, c’est notre boîte »

Photo : Transeco

Lui aussi espère que ses clients vont reprendre le travail. La PME nantaise Transeco (1 M€ de CA, 20 salariés) s’apprête à reprendre le 30 mars son activité de transport urbain de colis léger et courrier après dix jours d’arrêt. Il faudra s’habituer à de nouveaux rituels : gel hydroalcoolique dans les voitures, pas de bons de livraisons pour éviter les contacts entre les livreurs et les clients. Le PDG Alexis Raillard espère reprendre son activité à 30 ou 40 %. « Cela va dépendre de nos clients. Nous avons beaucoup d’entreprises de services qui sont en télétravail ». Sous entendu, qui n’ont donc pas besoin de ses services.

Une perte de 15 000 euros en mars

Lui aussi a beaucoup échangé avec ses collaborateurs avant de prendre la décision de rouvrir. Par SMS tous les jours, il les tient au courant de la situation de l’entreprise. Il les avait consultés avant de fermer. Même procédé pour la réouverture. « Il y en a qui me répondent 'dites-nous ce qui est le mieux pour votre boîte'. Mais je leur réponds que ce n’est pas ma boîte mais notre boîte. Il n’y a pas un patron et des salariés, il y a une entreprise », résume-t-il.

Et le bilan comptable ? « Si le chômage partiel est bien pris en charge, nous perdrons 15 000 euros au mois de mars », précise-t-il. Les conséquences de cette crise sanitaire devraient être fatales aux petites structures « de quatre ou cinq salariés qui ne survivront pas », estime le dirigeant.

Dans la région nantaise, quelques industriels ont déjà repris le travail comme le fournisseur de matériaux de construction Herige, ou bien Airbus ou Stelia, mais pas à 100 %. D’autres devraient reprendre début avril comme Manitou ou les Chantiers de l’Atlantique.

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