Nantes

Piloter son entreprise

Comment un redressement judiciaire a sauvé sa start-up Clever Cloud

Par Amandine Dubiez, le 19 décembre 2016

Quand un entrepreneur vit un redressement judiciaire, il a plutôt tendance à raser les murs ou au moins à rester discret. Quentin Adam, lui, a préféré rendre son aventure publique sur son blog. Revenu plus fort de cette expérience, le P-dg de Clever Cloud, start-up spécialisée dans l'automatisation de l'IT, en a dit-il tiré des leçons dont il voudrait faire profiter d’autres patrons.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Comment nous avons survécu à un redressement judiciaire. C’est le titre de l’article qu’a publié Quentin Adam sur son blog. Le patron de la start-up nantaise Clever Cloud y détaille son parcours au tribunal de commerce, ses affres avec les avocats, banquiers et l’Urssaf. « Je me suis dit que ce témoignage pouvait aider d’autres gens. Et puis je voulais tordre le coup aux rumeurs qui parlaient de notre liquidation dans les réseaux nantais. » L’entrepreneur de 26 ans voulait aussi dédramatiser la situation.« Je veux dire : les gars, cela peut être une bonne solution. C’est une procédure intéressante qui est là pour aider l’entreprise. Je connais beaucoup d’entrepreneurs qui devraient mettre leur boite en redressement judiciaire mais qui ne le font pas de peur de voir leur nom dans les annonces légales. »

« Trouve une autre solution »

Lui aussi avait pris peur quand son avocate lui a parlé pour la première fois de redressement judiciaire. « Je lui ai répondu : trouve une autre solution cela ne peut pas nous concerner. » Le jeune entrepreneur voyait déjà sa boîte spécialisée dans l’hébergement informatique mettre la clé sous la porte, même pas cinq ans après l’avoir créée. 

Rapidement, Quentin Adam se rend pourtant compte que le tribunal n’est pas là pour l’enfoncer, mais plutôt pour l’aider. « C’est vraiment un redressement au vrai sens du terme. C’est une procédure qui est là pour aider les entreprises à s’en sortir. Je n’ai jamais eu l’impression d’être un mauvais élève pris en faute, qu’on engueulait. Il y avait plutôt de la bienveillance et l’envie de me filer un coup de main de la part du tribunal de commerce », se rappelle celui qui a créé sa première entreprise à 19 ans, le bac tout juste en poche.

La procédure, en tout, a pris un an. Cela commence par une déclaration de cessation de paiement. Puis une audience au tribunal de commerce pour statuer sur une liquidation ou un redressement. Le premier mois, le tribunal vérifie que toutes les informations transmises sont correctes, qu’il n’y a pas de mensonge. Vient alors une période de deux mois où les créanciers se manifestent. Le chef d’entreprise peut ensuite construire, avec le mandataire envoyé par le tribunal de commerce, un plan de continuation. En clair : combien de mois pour régler la dette ? Clever Cloud a décidé de partir sur un échelonnement de dix ans, le maximum autorisé.

Les quatre façons de planter sa boîte

Paradoxalement, « l’entreprise n’a jamais été aussi bonne que quand on était en redressement », assure Quentin Adam. « Du jour au lendemain, je suis passé d’une boite où toute la trésorerie était avalée, et où on passait la vie dans le rouge, à une boite qui avait de la trésorerie puisqu’on avait pas le droit de payer nos dettes. Et du coup, on allait bien ! C’était plus détendant à gérer », se souvient-il.

Il prend alors le temps de refaire le bilan sur ses erreurs. «  Un cas d’école ! On a expérimenté les quatre façons de planter sa start-up », ironise Quentin Adam. A savoir : un mauvais ciblage à l’origine de la clientèle, des erreurs de recrutement fatales pour une startup, un gros client qui s’en va, et puis un rachat avorté au dernier moment. Le chef d’entreprise s’est endurci, a beaucoup appris sur la gestion budgétaire.

« Les banques au rendez-vous du gros foutage de gueule »

Un peu plus prévoyant sur ses finances, il n’en garde pas moins une rancœur à l’égard des banques. « Les banques ont été au gros rendez-vous du gros foutage de gueule intégral ", s’énerve le P-dg. Elles en ont profité, selon lui, pour changer arbitrairement des conditions et des tarifs à la hausse. Le mandataire du tribunal a dû intervenir pour éviter les abus. « La boîte a fonctionné pendant deux mois sur ma carte bancaire. Là, les banques refusent qu’on achète un ordinateur à 2 000 euros en leasing parce qu’on sort de redressement alors que le tribunal a dit qu’on était en assez bonne santé pour continuer. Du coup on est obligé d’acheter cash du matériel que l’on aurait pu lisser. On se retrouve à faire des erreurs de gestion », s’agace Quentin Adam.

L’Urssaf « arcbouté et stupide »

La colère est encore plus vive à l’encontre de l’Urssaf, que le chef d’entreprise qualifie d’« arcbouté et stupide . Lui pensait pouvoir négocier avec cet organisme en charge de la collecte des cotisations salariales et patronales. « Vous n’avez pas compris, on n’est pas là pour négocier, on est là pour couler votre boîte », lui aurait-on répondu. Et ce n’était encore rien par rapport au coup de massue reçue quelques jours plus tard : l’Urssaf décide que Clever Cloud n’est pas une "jeune entreprise innovante", ce qui aurait donné le droit à une réduction de charges. « J’ai eu l’impression qu’ils essayaient en permanence de supprimer des emplois avec une mauvaise foi incroyable. Je ne comprends pas. Leur job, c’est de récupérer l’argent pour protéger les salariés normalement », s’interroge Quentin Adam.

Start-up cafard

Aujourd’hui, quelques jours après la fin de la procédure, Clever Cloud et ses trois salariés vont beaucoup mieux. La startup se recentre sur son cœur de métier : l’automatisation de l’IT. « Un gros contrat signé avec une mutuelle, des clients qui reviennent, on présente une croissance de 10 à 15% par mois en ce moment », sourit Quentin Adam. « On a perdu essentiellement des clients nantais mais on garde toujours les autres, plus de 1 800 en tout. Cela va d’un ministère de la Santé en Afrique à un fan site d’Harry Potter en Allemagne en passant par une pépinière en Grèce », précise le chef d’entreprise. Il vient même de lancer un tout nouveau produit, pour simplifier encore plus la vie des développeurs informatiques.

Ses modèles ne sont pas - ne sont plus - les Mark Zuckerberg et autre Steve Jobs. Non, il se voit plutôt comme "une start-up cafard".  « Parce que même s’il y a un hiver nucléaire, on sera encore là ! »

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