Vendée

BTP

Comment l'ETI Cougnaud investit pour rester leader de la construction modulaire

Par Cyril Raineau, le 13 juillet 2021

L’ETI familiale vendéenne Cougnaud, qui affiche bientôt un demi-siècle d’existence, assoit sa position de leader sur le marché hexagonal du modulaire à coups d’investissements. La dernière illustration en date se matérialise par le réseau d’agences de location qui s’est étoffé après avoir mis 25 millions d’euros sur la table.

Cougnaud emploie 1 500 salariés dont 1 000 en Vendée. Ici le siège social à Mouilleron-le-Captif.
Cougnaud emploie 1 500 salariés dont 1 000 en Vendée. Ici le siège social à Mouilleron-le-Captif. — Photo : Cougnaud

L’histoire, la vie et les projets de l’entreprise Cougnaud sont l’illustration même de ce qu’il est coutume d’appeler la réussite à la vendéenne. Un patriarche, Yves Cougnaud, qui en 1972 fonde sa petite entreprise puis la fait grandir. Ses quatre fils qui, au mitan des années 90, prennent le relais et lui donnent une nouvelle dimension. Aujourd’hui, l’ETI dont le siège se situe à Mouilleron-le-Captif à quelques encablures de la Roche-sur-Yon, pèse 306 millions d’euros de chiffre d’affaires (en 2020), 1 500 salariés dont 1 000 en Vendée et 15 sites sur toute la France. Un poids qui lui permet de revendiquer la place de leader français dans son secteur, la construction et la location industrialisée hors site, autrement dit de modulaires. "Oui, nous sommes bien numéro 1", assurent d’un même chœur Eric et Christophe Cougnaud, respectivement PDG et directeur général, des titres qui ne disent rien de leur hiérarchie dans l’entreprise puisque la fratrie est à égal niveau.

Eric Cougnaud, PDG, anticipe le passage de relais à la nouvelle génération.
Eric Cougnaud, PDG, anticipe le passage de relais à la nouvelle génération. - Photo : Cougnaud

Avec un tiers du marché hexagonal, le "maillot jaune" Cougnaud est talonné par Algeco (800 collaborateurs, 250 millions d’euros de chiffre d’affaires en France), possédant peu ou prou 30 % des parts de marché. Contrairement à ce dernier, leader mondial, Cougnaud n’est présent que très marginalement à l’étranger. Un choix.

Développer le réseau d’agences de location sur la France

Ce statut de numéro 1 français couplé à une volonté de faire mieux et plus (l’industriel table sur une progression de 5 % de son activité en 2021), se traduit par une diversification dans les investissements. Un programme vient ainsi de s’achever, d’un montant de 25 millions d’euros, pour étendre et réadapter le réseau d’agences de location de modulaires de l’ETI. Entre la création d’un nouveau site à Strasbourg fin 2020 et Lille début 2021, l’extension de celui de Toulouse en mars 2021, ce sont désormais sept agences modernes de location qui maillent le territoire hexagonal (avec Paris, Nantes, Lyon et Marseille).

Christophe Cougnaud, directeur de l’entreprise.
Christophe Cougnaud, directeur de l’entreprise. - Photo : Cougnaud

En parallèle, "la demande étant extrêmement importante, nous investissons chaque année entre 25 et 30 millions d’euros pour augmenter notre parc locatif", observe Eric Cougnaud. À ce jour, 65 000 modules sont en location partout en France.

Un autre plan d’investissement est d’actualité, courant de 2020 à 2022. Neuf millions d’euros sont répartis entre les différents sites de production qui sont tous situés en Vendée pour "étendre notre capacité de production, améliorer la sécurité de nos collaborateurs et être plus réactifs en termes d’organisation en optimisant les flux", résume Christophe Cougnaud. Ce plan a été entamé alors que la crise économique faisant suite à la crise sanitaire aurait pu l’ébranler. Certes, les usines ont été à l’arrêt deux semaines au cours du premier confinement et les agences de location fermées quelques jours, mais l’effet rattrapage au second semestre a conduit à une quasi-stabilité de l’activité (304 millions de chiffre d’affaires en 2019 pour 306 en 2020). À noter que l’ETI, en moyenne, grossit d’entre 40 et 50 salariés par an pour répondre à son développement.

Jean-Yves Cougnaud, comme ses frères, prépare l’avenir de l’entreprise.
Jean-Yves Cougnaud, comme ses frères, prépare l’avenir de l’entreprise. - Photo : Cougnaud

S’adapter aux nouvelles réglementations

Enfin, Cougnaud, qui dispose d’un bureau d’études à son siège de Mouilleron-le-Captif composé de 90 collaborateurs, "investit en permanence dans la recherche et développement pour améliorer nos produits", fait savoir le PDG. Non seulement car le domaine du bâtiment est sans cesse en évolution et les demandes également, mais aussi car les normes et les labellisations subissent le même sort. "Et nos clients sont attentifs à ces sujets", remarque Eric Cougnaud. Ainsi d’une nouvelle réglementation environnementale sur les bâtiments neufs, destinée à lutter contre le changement climatique notamment en diminuant l’impact carbone des constructions et nommée RE2020. Elle est l’exemple même des changements de législation qui s’imposent à une entreprise et de la manière dont une ETI telle que Cougnaud s’adapte pour y répondre. Alors qu’elle s’appliquera au 1er janvier 2022 pour le logement et à l’été 2022 pour les bâtiments tertiaires et industriels, le constructeur vendéen l’a anticipée.

"Nous passerons d’une réglementation thermique à une réglementation environnementale, décrypte Christophe Cougnaud, où seront prises en compte à la fois la performance du bâtiment et la gestion de la construction. Nous travaillons sur le sujet depuis plusieurs années. Ce sont des démarches que nous suivons par ailleurs déjà de part notre métier : limitation des déchets, moins de transports puisque nous n’amenons sur les chantiers que nos modules, etc." Où l’on en revient au cœur de l’activité de Cougnaud : le modulaire individualisé hors site.

Patrice Cougnaud, directeur de l’ETI.
Patrice Cougnaud, directeur de l’ETI. - Photo : Cougnaud

Construction et location

Historiquement, l’ETI conçoit, fabrique et commercialise des bâtiments modulaires, autrefois appelés préfabriqués. 95 % des produits sont construits dans l’une des quatre usines vendéennes, puis transportés et assemblés sur place. Elle est en mesure de concevoir de petits ensembles comme des bâtiments atteignant jusqu’à 10 000 m². Cougnaud était, dans ses premières années, orienté vers une clientèle BTP, travaille depuis une trentaine d’années à destination des entreprises (industrielles ou de service) et depuis 25 ans répond à la commande publique (État et collectivités territoriales). Chacun de ces marchés représente environ un tiers de ses débouchés. Parmi les récentes concrétisations, un bâtiment de 220 chambres (6 500 m²) pour loger les ouvriers œuvrant sur les sites des futurs JO à Paris, une extension de 2 500 m² pour le CNES à Toulouse, le centre de formation du club de football le Paris FC ou, plus proche géographiquement, un marché avec l’Ifacom (centre de formation aux métiers du commerce) de la Ferrière en Vendée.

L’une des réalisations de l’entreprise pour le club de football, le Paris FC.
L’une des réalisations de l’entreprise pour le club de football, le Paris FC. - Photo : Cougnaud

Quant à la maison de particuliers, "nous nous sommes lancés voici cinq ans, révèle Christophe Cougnaud, nous en étions satisfaits qualitativement, mais nous n’y avons pas trouvé notre équilibre. Nous restons malgré tout en veille sur ce sujet qui sera vraisemblablement un point de développement dans les années qui viennent".

La construction représentant 50 % de l’activité de Cougnaud, la location de modulaires, lancée en 1991, constitue les 50 autres pour cent. "Auparavant, nous livrions des loueurs, nous avons donc décidé de voler de nos propres ailes", se souvient le PDG. La clientèle se décompose de la même manière que celle de la construction (BTP, entreprise, contrats publics) et l’activité se répartit à parts égales entre chacune. Naval Group, Airbus, les Chantiers de l’Atlantique font ainsi appel aux constructions Cougnaud, comme d’autres PME ou TPE locales. Sans oublier les écoles : 15 000 m² de modulaires loués sont des bâtiments scolaires.

Bientôt la troisième génération aux commandes

Toutes ces évolutions, les frères Cougnaud, Eric, Christophe, Jean-Yves et Patrice, étaient bien évidemment aux premières loges pour les vivre. Le relais à la tête de l’entreprise entre le père Yves et les quatre frères s’est fait graduellement entre 1992 et 1998. Le temps faisant son œuvre, "nous avons aujourd’hui entre 57 et 61 ans, nous sommes donc tous les quatre d’accord pour transmettre la société à la troisième génération avec laquelle nous échangeons depuis trois ans sur l’avenir." Une chose est déjà certaine, la volonté est que l’entreprise demeure familiale et que le nom Cougnaud perdure. Pour le reste, chacun se laisse du temps.

Le comité de direction est actuellement composé des quatre frères et de cinq directeurs (informatique, industriel, RH, projet et financier). Dans un délai de deux à trois ans, les Cougnaud s’en retireront. Un nouveau directeur est en cours de recrutement, "il devrait nous rejoindre fin 2021-début 2022". C’est lui que se chargera, avec les quatre frères, de trouver les nouvelles têtes qui remplaceront ces derniers dans le comité de direction. Il n’est pas exclu qu’un ou plusieurs des 11 enfants des frères l’intègre. Mais dans un délai à horizon vraisemblablement plus lointain que les trois ans.

Christophe, Jean-Yves, Eric et Patrice Cougnaud vont progressivement passer la main à la troisième génération.
Christophe, Jean-Yves, Eric et Patrice Cougnaud vont progressivement passer la main à la troisième génération. - Photo : Camille Lafon

Dans cette nouvelle génération, le plus jeune est âgé de 15 ans et la majorité affiche entre 25 et 30 printemps. Ils sont actuellement dans l’enseignement, le design, la médecine, le commerce… "Nous nous donnons 5 à 10 ans pour les former", expliquent Eric et Christophe Cougnaud. Au terme de ce délai, leurs enfants pourraient siéger au conseil dit de surveillance qui détermine la stratégie de l’entreprise.

Cougnaud est en lien avec un cabinet spécialisé en gouvernance, des universités et grandes écoles pour faire monter en compétence la jeune génération sur le management, le juridique, le RH, le marketing… Ils consolideront cette formation théorique en étant en prise avec le monde de l’entreprise, soit en travaillant en interne soit, soit dans une autre entreprise. C’est au terme de ce cursus de 5 à 10 ans qu’ils intégreront le conseil de surveillance.

"Chacun choira bien sûr sa voie, remarque le PDG, mais quand on rentre chez Cougnaud, ce n’est pas pour pantoufler, c’est parce que l’on en a l’envie, la passion et qu’on se donne les moyens."

Cougnaud emploie 1 500 salariés dont 1 000 en Vendée. Ici le siège social à Mouilleron-le-Captif.
Cougnaud emploie 1 500 salariés dont 1 000 en Vendée. Ici le siège social à Mouilleron-le-Captif. — Photo : Cougnaud

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