Nantes

Restauration

Témoignage Christophe Tertrais (Le Club) : "Je me fais refouler de toutes les aides"

Par Caroline Scribe, le 06 avril 2021

Après avoir cédé son entreprise en avril 2019, Christophe Tertrais, entrepreneur nantais, a voulu ouvrir, sous la franchise lilloise "Le Club", deux restaurants à Nantes et un à Rennes, en mars 2020. La crise bloque ces projets, sans que le chef d’entreprise ait pour autant accès aux aides de l’État. Ce qu’il dénonce.

Christophe Tertrais
Christophe Tertrais — Photo : Christophe Tertrais

Quel était votre projet initial ?

Christophe Tertrais : Je suis un entrepreneur nantais de 59 ans. Après avoir cédé mon entreprise, un laboratoire de compléments alimentaires, en avril 2019, j’ai souhaité devenir multifranchisé dans la restauration rapide. Sous l’enseigne lilloise "Le Club", mon intention était de lancer cinq à dix points de vente, en commençant par Nantes et Rennes. C’est sur cette base que j’ai élaboré mon business plan. Dans cette perspective, j’ai créé, en mars 2020, trois sociétés que j’ai mises en sommeil, le temps de négocier avec les bailleurs. En septembre, j’ai commencé les travaux sur les deux sites nantais, l’un dans la galerie Beaulieu, l’autre à Auchan à Saint-Sébastien. Chaque chantier représente un investissement de l’ordre de 350 000 euros. Parallèlement, j’ai embauché deux managers par site et les ai envoyés en formation à Lille, le 26 octobre. Le 28, le Président Macron a annoncé le second confinement. J’ai donc rapatrié mes deux salariés, que j’ai fait le choix de garder en les mettant au chômage partiel, tout en poursuivant les travaux. L’objectif était d’ouvrir le 1er décembre 2020. Depuis, je passe de l’espoir au désespoir.

Ne pouvez-vous pas bénéficier des aides de l’État ?

Christophe Tertrais : Depuis septembre, les emprunts que j’avais souscrits ont été débloqués par les banques sur la base du business plan et du chiffre d’affaires prévisionnel que j’avais établis. Je paie les travaux. Je ne touche pas de revenus puisque l’État a décidé la fermeture administrative des restaurants. Je subis d’ailleurs une double peine avec la fermeture des restaurants, puis avec celle des galeries commerciales. J’estime le manque à gagner pour moi entre 500 000 et 600 000 euros. Mais je me fais refouler de toutes les aides. J’ai d’abord essayé d’entrer dans le dispositif des aides fondées sur les trois derniers mois de chiffre d’affaires. Mais je n’ai pas d’antériorité de chiffre d’affaires. C’est paradoxal ! Le chiffre d’affaires prévisionnel que j’avais défini dans le cadre de mon business plan m’a servi à signer des baux, à obtenir un prêt contre-garanti par Bpifrance… Mais cet outil de gestion ne fonctionne pas pour les aides.

Quelles démarches avez-vous effectuées ?

Christophe Tertrais : Une fois épuisées les voies classiques, j’ai écrit au président de la République, au Premier ministre, au ministre de l’Économie, au Préfet… Celui-ci a même envoyé des policiers à mon domicile pour vérifier mon état mental et si je n’allais pas tenter de mettre fin à mes jours. Le 22 mars, j’ai réussi à joindre directement Bruno Le Maire, via l’émission matinale d’Yves Calvi sur RTL. Le ministre m’a indiqué que j’avais droit à la prise en charge des frais fixes. Ce qui m’a été confirmé une semaine après par son cabinet, avant d’être démenti huit jours plus tard. J’ai eu des contacts à la Région, au cabinet d’Alain Griset, ministre délégué aux PME. C’est toujours la même réponse. On me dit qu’il existe des solutions pour 99 % des entreprises, mais je suis le trou dans la raquette. Aujourd’hui, la situation est bloquée. Je ne peux pas me développer, même si j’ai fait l’effort d’embaucher quatre alternants pour le jour où je pourrai ouvrir. J’ai le sentiment qu’on me passe la corde autour du cou et qu’on me pousse dans le vide.

Christophe Tertrais
Christophe Tertrais — Photo : Christophe Tertrais

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