Nantes

Environnement

Interview Armor veut gagner la bataille du climat

Entretien avec Hubert de Boisredon, PDG d'Armor

Propos recueillis par Caroline Scribe - 17 mai 2018

Le groupe nantais Armor (1 800 salariés, 257 M€ de CA) faisait partie des 20 entreprises françaises invitées au premier sommet de l’Alliance Solaire Internationale (ASI), inauguré par Emmanuel Macron et le Premier ministre indien à Delhi. L’occasion pour Hubert de Boisredon, son PDG, de s’engager en faveur d’un plan Marshall de l’énergie solaire qui ferait de la France le leader mondial dans ce domaine et d’Armor le fer de lance de ce programme.

Hubert de Boisredon, président-directeur général d'Armor, dans l'usine du groupe à La Chevrolière (44). — Photo : Armor

Le Journal des Entreprises : Pourquoi vous êtes-vous déplacé en Inde, à l’occasion du sommet de l’ASI et du voyage présidentiel ?

Hubert de Boisredon : J’ai souhaité participer à ce sommet car il fait partie des événements qui donnent un signe d’espérance dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’ASI a décidé, avec l’appui de la banque mondiale, de mobiliser 1 000 milliards de dollars d’investissement d’ici 2030 pour développer l’énergie solaire et permettre aux 121 pays les plus pauvres de la planète d’y accéder. Nous étions une des rares ETI présentes sur place, aux côtés de grandes entreprises françaises comme EDF ou Engie. Cela signifie que notre engagement contre le réchauffement climatique a été repéré. Ce sommet a été l’occasion de le réaffirmer et de nouer des contacts avec d’autres entreprises engagées.

Comment se traduit l’engagement d’Armor contre le réchauffement climatique ?

HdB : Depuis 2010, Armor a investi 60 M€ dans des solutions solaires innovantes. A partir de nos savoir-faire en formulation, enduction d’encre et transformation de films minces, nous avons développé Asca, un film photovoltaïque organique souple, ultrafin et ultraléger, capable d’épouser toutes les formes. Notre support est économe en ressources : il ne contient ni silicium, ni métaux rares ou toxiques. Et son « energy payback time » (temps de retour énergétique) est 5 fois inférieur aux panneaux solaires rigides classiques. Aujourd’hui, notre site de la Chevrolière (Loire-Atlantique) a une capacité de production d’un million de m² par an. Armor est la première entreprise au monde à commercialiser et à produire industriellement ce type de film.

Quelles applications peut-on en faire ?

HdB : Il y en a plusieurs. Nous avons par exemple conclu un partenariat avec JC Decaux pour réaliser des panneaux publicitaires autonomes en énergie et connectés. Nous avons également émis une série de produits, commercialisés au travers de notre site Beautiful Light Factory. En partenariat avec l’association Electriciens Sans Frontières, nous avons ainsi conçu des kits solaires, de la taille d’une balle de ping pong, à l’attention des écoliers africains. Ils le chargent pendant qu’ils sont à l’école et, de retour chez eux, disposent de 8 heures de lumière d’intensité forte ou de 33 heures d’intensité faible pour faire leurs devoirs. Cela permet d’accélérer la spirale positive éducation-développement.

« Il y a urgence à changer d’échelle pour contribuer efficacement à la transition énergétique. »

En Europe, nous déclinons notre invention sous forme de cadeaux d’entreprise. On pourrait aussi imaginer de vendre ces modules à des fabricants souhaitant les intégrer à leurs propres produits. Dans le domaine du B to B, nos films souples et translucides peuvent servir à couvrir des structures comme les serres ou encore des bâtiments aux structures courbes ou fragiles. Notre objectif, avec notre film Asca, est de couvrir les espaces sur lesquels ne peuvent pas être déployés les panneaux solaires traditionnels. Maintenant, il y a urgence à changer d’échelle pour contribuer efficacement à la transition énergétique.

Comment envisagez-vous ce changement d’échelle ?

HdB : Nous avons atteint les limites de ce que peut investir une ETI. Nous avons désormais besoin de relais de financement pour réussir la transition énergétique et augmenter les volumes. Avec un investissement industriel de 100 M€, on pourrait construire un prototype de centrales solaires mobiles. Elles seraient déployées sur des espaces qui ne sont pas utilisés en permanence, comme les quais d’un port ou un parking, pour éviter de mobiliser des terres agricoles.

Quelle serait la place d’Armor dans ce schéma ?

HdB : Ce projet dépasse Armor. J’imagine le déploiement massif de cette technologie dans le cadre d’un plan Marshall-Macron qui propulserait la France au rang de leader mondial dans les films solaires organiques et dont Armor serait le fer de lance. Je vois un montage financier associant capitaux publics et privés, avec des partenaires industriels, mais aussi des subventions et des avances remboursables. Dans ce schéma, Armor resterait majoritaire au capital. Je rencontre actuellement les Ministères dans ce sens. Au niveau régional, après l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, un grand projet fédérateur et structurant autour des énergies solaires innovantes pourrait faire des Pays de la Loire un leader en France et en Europe.

Hubert de Boisredon, président-directeur général d'Armor, dans l'usine du groupe à La Chevrolière (44). — Photo : Armor

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