Nantes

Industrie

Interview Armor : « La diversification par le savoir-faire »

Entretien avec Hubert de Boisredon, PDG d'Armor

Propos recueillis par la rédaction - 09 septembre 2016

Presque centenaire sur le marché de l'encre, Armor se diversifie aujourd'hui sur le marché des objets connectés. Comment passe-t-on du monde de l'impression à celui de l'high tech ? Réponse d'Hubert de Boisredon, PDG de cette ETI nantaise de 1.850 salariés.

Le Journal des Entreprises
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Le Journal des Entreprises : Après des films pour batteries et pour panneaux solaires, Armor s’apprête à fabriquer des films pour les objets connectés. Comment passe-t-on des marchés de l’imprimerie et de l’impression à ceux des nouvelles technologies ?

Hubert de Boisredon : Nous lançons une activité de fabrication de films ultra-minces intelligents dédiés notamment au développement des objets connectés. Alors comment passe-t-on de la fabrication des consommables d’impression traditionnels (cartouches d’encre, cartouches laser pour l’entreprise, rubans de transfert thermique pour imprimer les étiquettes code-barres) à des films intelligents pour les objets connectés ? C’est à partir de notre savoir-faire.

Quel est ce savoir-faire ?

HdB : Née en 1922, Armor est spécialisée dans la formulation d’encres. Dans les années 1980, l’entreprise a ajouté un autre savoir-faire, l’enduction de couches minces sur films ultra-minces. On imprime à peu près 0,1 à 0,5 gramme d’encre par mètre carré sur des films de 4 microns, c’est-à-dire un vingtième de cheveu. On a découvert petit à petit que ce savoir-faire est adapté à l’évolution des besoins de l’industrie, notamment des objets connectés et de toutes les applications qui demandent d’aller vers l’ultra mince. Ce sont des formulations de produits que l’on peut tapisser sur du film et qui peuvent servir à imprimer, mais aussi à connecter ou à transformer de la lumière en énergie, dans le cas des films photovoltaïques, l’une de nos diversifications en cours. Ils peuvent aussi permettre d’isoler une batterie électrique pour améliorer sa performance. C’est ce qu’on fait également.

À quoi ces films vont-ils servir ?

HdB : Prenons l’exemple du bracelet connecté qui prend des informations du corps ou de l’extérieur pour les transmettre. Les films ultra-minces que nous allons faire vont permettre une adhésion parfaite à la peau pour transmettre des informations sensorielles. On peut imaginer des applications incroyables pour la santé. On peut imaginer qu’un aveugle en le programmant auparavant sera informé de son chemin parce qu’il y aura une connexion entre la carte GPS et son poignet.

Quelles perspectives ces activités ouvrent-elle pour Armor ?

HdB : Nos activités historiques ne seront pas minoritaires parce qu’on continue d’avoir une croissance de 8 % par an. Nous surfons sur un marché en croissance et cette diversification va nous permettre d’ajouter de la croissance à la croissance.

Armor réalise 240 millions d’euros de chiffre d’affaires. Combien demain avec cette diversification ?

HdB : On souhaite progresser, aller plus loin. On espère maintenir une croissance annuelle comprise entre 5 et 10 %.

Comment naît cette innovation ? Uniquement en s’appuyant sur les salariés de l’entreprise ou en ayant recours à des apports extérieurs ?

HdB : Cette innovation émane d’une combinaison de facteurs. D’abord nous avons à peu près cent personnes en R & D. Il y a une très forte émulation interne et de la veille qui nous permet de détecter les évolutions du métier et en quoi nos savoir-faire peuvent répondre à des besoins non couverts ou sur lesquels on pourrait être meilleur que d’autres. Après ce sont les rencontres par des salons, par des partenaires qui cherchent des industriels pour réaliser une partie de leurs innovations.

L’industrie a donc toujours un avenir en France ?

HdB : Absolument et Armor en est une des démonstrations. Nous avons 700 personnes à Nantes, avec un site de 450 personnes à La Chevrolière et toutes ces innovations, que cela soit les films pour batterie, les films photovoltaïques ou pour les objets connectés, seront produites dans la région nantaise. Nous prévoyons des embauches spécifiques. Nous avons déjà recruté une trentaine de salariés pour ces diversifications. Dans cinq à sept ans, nous pensons que ces activités rassembleront une centaine de personnes.

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