Nantes

Aéronautique

Aries Industries parie sur un redécollage de l'aéronautique

Par Olivier Hamard, le 31 mai 2021

Malgré l'effondrement du marché aéronautique, Aries Industries ne cherche pas des relais de croissance dans d'autres secteurs d'activité. Repris dans le cadre d'un redressement judiciaire par le fonds d'investissement ACE Aero Partenaires, la PME nantaise mise sur un fort redécollage de son marché historique.

ACB, à Nantes, va renforcer sa digitalisation avec le soutien du plan de relance.
ACB, à Nantes, va renforcer sa digitalisation avec le soutien du plan de relance. — Photo : Aries Industries

Pour les sous-traitants de l’aéronautique, la traversée de la crise est marquée par de fortes turbulences. Mais dans un secteur économique qui compte parmi les plus touchés depuis le début de la pandémie, le groupe nantais Aries Industries reste optimiste. En grande difficulté et placé en redressement judiciaire, sa reprise par le fonds d’investissement sectoriel ACE Aero Partenaires a stabilisé sa situation financière. Son positionnement de leader sur un marché de niche lui offre toujours de belles perspectives.

Une place de leader

Aries Industries travaille à la fois dans la conception et la fabrication de machines spéciales de formage et d’usinage de métaux et dans la production de pièces, majoritairement en titane. Les pièces de structure d'aile ou encore de moteurs fabriquées par le groupe sont destinées à 100 % à l’aéronautique ; les machines, des presses ou des machines-outils de grande capacité, le sont à 90 %, certains demandes intervenant ponctuellement de constructeurs automobiles. Le groupe travaille pour la majorité des avionneurs dont  Airbus, Dassaut ou Boeing. S'il fabrique peu de pièces pour le spatial, il a déjà vendu des machines dans ce secteur et y développe actuellement plusieurs autres projets. Dans son activité de formage, aussi bien dans la fabrication de machines que de pièces, le groupe, qui compte deux sites de production, ACB à Nantes et Cyril Bath aux États-Unis, et des filiales en Russie, en Grande-Bretagne, à Singapour et en Chine, a su gagner sa place face à une concurrence internationale : "Nous travaillons mondialement avec une petite équipe dans ce secteur très spécifique, indique le dirigeant Eric Guyon. Nous sommes numéro un dans cette niche et nous voulons rester le premier en gardant une longueur d’avance sur la concurrence."

800 000 euros de soutien du plan de relance

Pour conforter cette place, Aries Industries a lancé le projet Transforme, représentant un investissement d’un million d’euros, soutenu par le plan de relance dans le cadre du fonds aéronautique à hauteur de 800 000 euros.

Eric Guyon, président d'Aries Industries.
Eric Guyon, président d'Aries Industries. - Photo : Aries Industries

Le projet se décline en trois volets : l’installation d’un système qui fera le lien entre la gestion de production, la mise en place d’une gestion technique centralisée (GTC) pour réduire la consommation d’énergie et celle d'un module de collecte et de traitement de la data. Il permettra d'optimiser l'utilisation des informations dans les procédés de fabrication et pourra même être intégré dans les machines vendues par le groupe  "La mise en place de moyens digitaux à ces trois niveaux va nous permettre de gagner en productivité, en coûts de production, en maintenance et de faire baisser à terme nos dépenses d’énergie d’environ 15 %", précise Eric Guyon.

Nouvel investisseur et nouvelle identité

Avec ce projet, Aries Industries veut donc garder un coup d’avance et anticipe aussi le redécollage attendu dans l’aéronautique. Une relance que son dirigeant envisage prochaine et surtout importante, avec un secteur qui pourrait reprendre fortement, tant la demande sera là. "On sent encore beaucoup d’attentisme de la part de nos clients, note Eric Guyon, mais le marché va repartir, les gens vont à nouveau se déplacer et la dynamique sera forte. Je suis très optimiste et nous devrions voir les premiers effets de ce rebond en 2022 avec la reprise des vols aériens."

Pour aborder cette relance, le groupe nantais s’est aussi rassuré : placé en redressement judiciaire en juillet 2020, il a été repris quelques mois plus tard, en octobre, par le fonds ACE Capital Partners, qui l’accompagne dans son plan de transformation. Celui-ci a été sélectionné pour gérer le fonds d’investissement aéronautique créé pour soutenir les ETI et PME de la filière, auquel contribuent l’État et les quatre grands donneurs d’ordres du secteur, Airbus, Dassault, Safran et Thales. Le changement d’actionnaire a été pour la PME nantaise synonyme de nouvelle identité d’identité, Aries Alliance devenant Aries Industries. "ACE Capital Partners est un vrai fonds d’investissement sectoriel qui possède une très grande connaissance de la filière, précise Eric Guyon. Nous avons réussi à restructurer. L’arrivée de cet actionnaire est très rassurante." Lors cette reprise par ACE Capital Partners, Aries Industries a cédé au groupe industriel Fives le concepteur de machine-outil isérois Dufieux (70 collaborateurs, 10 M€ de 2019) qu’il avait acquis en 2015, pour se recentrer sur son activité spécifique de formage.

50 % de pièces en moins

Mais cette spécificité et la forte dépendance au secteur aéronautique ont engendré pour le groupe nantais une nette baisse d’activité depuis maintenant plus d’un an : "L’activité de production de pièces est toujours actuellement à 50 % de ce qu’elle était avant la crise, témoigne Eric Guyon. Pour la partie machine, nous avons de l’activité puisque nous travaillons sur des projets longs, anticipés très en amont. Un seul petit projet enregistré avant la crise a été annulé. Le principal problème pour nous est actuellement l’impossibilité d’envoyer nos équipes à l’étranger chez nos clients pour installer nos machines."

Conséquence : le chiffre d’affaires du groupe tournait avant la crise sanitaire aux alentours de 100 millions d’euros en incluant l'entreprise Dufieux, a réalisé 60 millions d'euros en 2020. Aries Industries. "L’objectif est maintenant de retrouver du chiffre d’affaires, indique Eric Guyon. Ensuite, nos effectifs remonteront."

Pas question de se diversifier 

Pour retrouver des commandes et générer du chiffre d’affaires, à l’heure où certains sous-traitants aéronautiques ont entamé un virage vers de nouveaux secteurs comme le médical, l’automobile ou la défense pour limiter leur dépendance, le groupe nantais a donc choisi de se recentrer sur son marché de niche et d’y renforcer son leadership. Une démarche pleinement assumée par son dirigeant. "Je me pose la question de la diversification depuis longtemps, affirme Eric Guyon, et ma réponse n’a pas changé, même avec la crise. Nous avons développé des technologies avec des approches uniques, dont les applications sont spécifiquement dans l’aéronautique et le spatial." Difficile en effet pour le groupe nantais de transférer un savoir-faire dans d’autres domaines. L’histoire d’Aries Industries continuera donc de s’écrire dans les airs.

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