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Aéronautique

Airbus Nantes : 100 millions d’euros d'investissement pour monter en cadence

Par Amandine Dubiez, le 01 mai 2017

Après avoir produit 688 caissons centraux d’avions en 2016, le site Airbus de Nantes compte en fabriquer plus de 700 cette année. Pour assurer la montée en cadence, la direction du site investit à nouveau près de 100 millions d’euros. Objectif : sortir un nouveau caisson de la famille A320 toutes les six heures en 2018.

Fabrice Rémésy, directeur du site Airbus de Nantes
Fabrice Rémésy, directeur du site Airbus de Nantes — Photo : Airbus

L’an dernier, les quelques 3 000 salariés du site Airbus de Bouguenais, près de Nantes, ont travaillé d’arrache-pied pour réussir à livrer 688 caissons centraux, pièce maîtresse d'un avion. « C’est un secret de Polichinelle de dire que toutes les équipes ont énormément travaillé tout au long de l’année », souligne Fabrice Rémésy, le directeur arrivé il y a un an aux manettes de l’établissement. Cette année, l’objectif est encore plus ambitieux. « Nous visons les 700 et plus », annonce-t-il. En plus des caissons centraux de voilure, des nez d’avions (les radômes) et des poutres ventrales, le site de Nantes fabrique aussi une des pièces des nacelles moteur que l’on appelle l’entrée d’air. Si la production se limitait il y a quelques années encore aux entrées d’air des modèles A340 et A380, elle s’est depuis développée avec les entrées d’air des A320neo et des A350, pour s’étendre d’ici à 2020 à tous les avions du groupe aéronautique. « Nous savons créer des entrées d’air moins bruyantes grâce à notre expertise sur le composite. Nous avons acquis ici une très forte valeur ajoutée sur le traitement acoustique », souligne Fabrice Rémésy. Pour assurer la montée en puissance sur ce produit, Airbus Nantes investit actuellement dans des nouvelles lignes d’assemblage. Cela sera l’une des principales lignes de dépense des 100 millions d'euros d’investissements prévus à nouveau cette année à Bouguenais.

Une deuxième ligne d'assemblage pour l'A320 en 2018

L’autre gros investissement concerne les caissons centraux de voilure, le cœur de l’appareil et LA spécialité de Nantes. C’est en effet sur le site nantais que sont construits tous les caissons de tous les avions Airbus, du très gros porteur A380 à l’avion militaire A400M en passant bien sûr par les A350, A330 et bien sûr l’A320. Résultat : la ligne d’assemblage A320 actuelle est saturée. Le site construit donc une deuxième ligne d’assemblage qui sera opérationnelle en 2018. Elle permettra de sortir au total un caisson toutes les 6 heures. Il est loin le temps où Airbus produisait 25 caissons A320 par mois. C’était il y a 17 ans. Aujourd’hui ce sont 60 caissons de voilure par mois qui sortent de l’usine de 90 hectares installée à Bouguenais.

« On est quelques fois obligé de doubler les sources d’approvisionnement »

Cette montée en cadence se répercute chez les sous-traitants. « Il faut leur mettre beaucoup de pression », reconnait Fabrice Rémésy. « On a des revues très régulières avec eux. De plus en plus nos ingénieurs se déplacent chez eux pour s’assurer que la production est conforme à notre cahier des charges. On est quelques fois obligé de doubler voire tripler les sources d’approvisionnement. C’est une exigence que l’on commence à avoir. Il faut savoir qu’une panne de machine chez un sous-traitant peut nous faire perdre une journée de production, qu’il nous faudrait un mois pour récupérer », poursuit le dirigeant. Or pas question pour Airbus de perdre une minute, notamment sur la production des A320 dont le groupe aéronautique est très dépendant.

Casser les silos

L’avionneur, dont le carnet de commandes est plein pour sept ans, compte aussi embaucher cette année (il y a eu 160 embauches à Nantes en 2016) mais préfère ne pas s’engager sur le nombre de recrutements qu’il compte faire. « Nous n’avons pas encore décidé », explique Fabrice Rémésy. Depuis quelques années, le site nantais souhaite insuffler un management plus agile : « Je ne veux pas utiliser le terme d’entreprise libérée, ce serait trop extrême, mais dans notre organisation hiérarchique nous essayons de casser les silos, nous laissons les salariés s’approprier leur environnement de travail ». Concrètement, chacun des opérateurs peut, s’il le souhaite, créer ses propres outils dans des ateliers de compagnons équipés d’imprimantes 3D, une dizaine sur l’ensemble du site. C’est ainsi qu’un opérateur a inventé un nouvel outil de perçage à ventouse et un autre un nouveau système d’aspiration innovant. Des innovations made in Nantes qui inspirent toutes les usines Airbus.

Cobotique et numérique

« Avant nous étions très orientés technologies, conception, aujourd’hui il faut que l’on travaille avant tout pour optimiser la production », explique le directeur. Airbus Nantes commence, par exemple, comme le site de Saint-Nazaire, à tester l’utilisation de cobots, des robots qui travaillent en collaboration avec les hommes. Autre vecteur incontournable pour gagner en productivité : la digitalisation. « Nous investissons dans le Manufacturing Execution System, pour mieux gérer en temps réel la production. Aujourd’hui les opérateurs n’ont plus de dossiers papier, ils ne travaillent que sur des tablettes. Tout l’enjeu actuel est d’avoir une circulation de l’information plus rapide », analyse le directeur. C’est pour cette même raison que le site nantais est en train de se doter d’une application de géolocalisation pour se repérer au sein des 90 hectares de l’usine. C’est aussi ce qui l’a poussé à travailler avec We Craft Apps, une start-up nantaise à mi-chemin entre la société de services et l’agence web qu’Airbus a rencontré dans le cadre du dispositif Plug IN qui met en relation industriels et start-up.

Ouverture aux start-up locales

De plus en plus, Airbus Nantes s’ouvre aux start-up locales. Le groupe aéronautique va ainsi participer cette année à la Fabrique du Changement en mai ainsi qu’au Web2day, l’évènement web nantais organisé début juin. Au même moment, le groupe aéronautique participera aussi au Forum Open Innovation Manufacturing organisé par le pôle de compétitivité EMC2. Et en octobre, le géant industriel va faire travailler des étudiants sur ses problématiques lors d’un hackathon organisé par pendant 48 heures à Nantes. « Nous avons beaucoup de problématiques à soumettre à des start-up. Nous sommes par exemple toujours en recherche de solutions pour diminuer les troubles musculo-squelettiques(TMS), pour réduire le bruit dans les ateliers, améliorer les conditions de travail des salariés, lancer des applications pour la géolocalisation, ou la cobotique », énumère Fabrice Rémésy, qui, en parallèle, milite au sein du pôle EMC2 pour encourager les « start-up industrielles »

C’est d’ailleurs lui-même qui a autorisé la venue de Boeing au sein du pôle de compétitivité créé par Airbus. « Ne nous sommes pas toujours dans la compétition avec eux », assure-t-il. Même s’il garde la clef d’entrée du Technocentre basé au Technocampus EMC2, il voit plutôt d’un bon œil l’arrivée de son grand concurrent : « Cela veut dire que le territoire est attirant pour un grand groupe comme Boeing, ce qui est une belle reconnaissance de dynamisme ».

Fabrice Rémésy, directeur du site Airbus de Nantes
Fabrice Rémésy, directeur du site Airbus de Nantes — Photo : Airbus

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