Bretagne

Distribution

Interview Vincent Justin (Nous anti-gaspi) : "Nous avons un modèle d'entreprise très différent de la distribution classique"

Entretien avec Vincent Justin, cofondateur de l'entreprise Nous anti-gaspi.

Propos recueillis par Baptiste Coupin - 04 mai 2021

Né en région rennaise en 2018, le réseau de magasins Nous anti-gaspi (14 épiceries, 12 M€ de CA en 2020), axé sur la lutte contre le gaspillage, se développe partout en France et notamment en Bretagne. Cofondateur de l'enseigne, Vincent Justin veut montrer l'exemple d'une distribution responsable. Derrière les épiceries, une première offre de restauration a également vu le jour à Dinard.

Vincent Justin, cofondateur du réseau d'épiceries Nous anti-gaspi.
Vincent Justin, cofondateur du réseau d'épiceries Nous anti-gaspi. — Photo : Nous anti-gaspi

Quel est le concept qui se cache derrière la marque Nous anti-gaspi ?
Nous sommes des magasins qui proposons une large offre de produits (produits frais, épicerie salée et sucrée, boissons, produits d’hygiène, NDLR). Tout pour le panier de la ménagère mais avec un modèle d’entreprise radicalement différent de la distribution classique. Notre credo, c’est la lutte contre le gaspillage. Le principe, dès le début, ça a été de trouver une équation qui soit gagnante pour tout le monde. Pour le producteur, pour le consommateur final et pour notre entreprise. Notre stratégie est d’acheter aux producteurs locaux (30 % des approvisionnements en magasin, NDLR) des produits a priori écartés des circuits de distribution traditionnels. Et de proposer au consommateur une décote de prix de 20 à 30 % par rapport à ce que l’on peut trouver ailleurs. Est-ce que c’est normal de payer ses pommes 4 euros le kilo dans des enseignes bio ? Moi, je dis non. Notre approche est vertueuse parce que tout le monde s’y retrouve et elle nous permet d’engager un partenariat durable avec nos fournisseurs.

En quoi luttez-vous contre le gaspillage ?
Nous vendons des produits de qualité qui ne rentrent pas dans le cahier des charges de la grande distribution. Ça peut être pour un problème de calibrage ou d’aspect. Typiquement les fruits et légumes "moches". Parce que le packaging a été abîmé dans le transport. Ou pour des questions de dates de durabilité. Notre schéma logistique en circuit court nous permet d’être très réactifs et d’absorber rapidement des produits. Chez nous, on accepte que nos rayons ne soient pas tout à fait pleins, qu’ils puissent y avoir des arrivages aléatoires. Cela est impossible chez un distributeur traditionnel qui cherche à avoir une densité au mètre carré la plus forte possible, pour pouvoir réaliser le plus de chiffre.

"Nous sommes sur un rythme d’ouverture d’un magasin par mois."

Le réseau a vu le jour en 2018 à Melesse, en région rennaise, et se développe partout en France…
Oui, nous avons effectué une levée de fonds de 8 millions d’euros en octobre dernier pour cela. Nous comptons 14 épiceries aujourd’hui (pour 120 salariés environ), avec un rythme d'ouverture d’un magasin par mois. Notre objectif est d’en compter 50 en 2024. Nous souhaitons bien mailler la Bretagne, Paris et la région parisienne, un peu le Nord, du côté de Lille, et la région Auvergne-Rhône Alpes.

Votre enseigne est particulièrement bien implantée en Bretagne, avec huit magasins à ce jour. Pourquoi misez-vous sur la Bretagne ?
Nous avons commencé en Bretagne et nous nous y développons (Dinan, Quimper, Fouesnant…) parce que c’est une région dynamique au niveau de l'industrie agroalimentaire. Il y a un tissu de fournisseurs - petits, moyens et gros - qui nous permet d’achalander nos magasins avec plein de bons produits locaux. Et puis, parce que depuis toujours la Bretagne a été une terre d’innovation pour la grande distribution. Les Bretons sont particulièrement accueillants et réceptifs aux nouveaux concepts. Ils sont curieux, prêts à se laisser déstabiliser, et a fortiori lorsqu’il s’agit d’actions vertueuses pour l’environnement et le développement durable. Pour nous, c’était la bonne combinaison parce qu’on avait un sourcing plus garanti qu’ailleurs et en même temps des clients réceptifs à nos messages. Et ça se confirme. C’est dans les magasins bretons que nos résultats sont les meilleurs.

"Depuis toujours, la Bretagne a été une terre d’innovation pour la grande distribution."

Quelles sont vos prochaines villes cibles en Bretagne ?
On souhaiterait avoir entre 15 et 20 points de vente. On cherche de beaux emplacements, à proximité d’un distributeur classique, pour permettre à nos clients de compléter leurs courses. Nous cherchons à nous implanter à Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), Vannes et Auray (Morbihan) et Saint-Renan, dans le Finistère. En Ille-et-Vilaine, le centre de Rennes et Bruz font partie de nos objectifs.

Le restaurant-épicerie Nous anti-gaspi de Dinard.
Le restaurant-épicerie Nous anti-gaspi de Dinard. - Photo : Nous anti-gaspi

Après les magasins, vous innovez avec une offre de restauration. Vous avez lancé la "table anti-gaspi", le 24 mars dernier, à Dinard. À quoi répond cette diversification ?
L’idée, c’est que nous avons, nous aussi, des produits qui arrivent en fin de vie dans nos magasins et qu’on se demandait ce qu’on allait en faire. Nous donnons ce qu’on peut donner aux associations. Mais certains produits comme les œufs ou la viande hachée ne sont pas éligibles. Nous nous sommes dit qu’on allait transformer ces aliments-là pour prolonger leur durée de vie avec des produits qui se retrouveraient dans nos menus. Ça nous permet d’optimiser nos pertes. Sauver du gaspillage de la viande ou du poisson c’est un acte qui est encore plus vertueux que de sauver des tomates un peu abîmées. On a aussi envie que nos magasins soient des lieux de vie plus que des lieux de consommation. Dinard était un premier test. Un deuxième restaurant ouvrira à Cesson-Sévigné, en septembre.

"Les consommateurs ont de plus en plus envie de s’impliquer sur les sujets environnementaux et de développement durable."

Cesson-Sévigné c’est aussi le cœur du réacteur pour votre entreprise…
Oui, 80 % des équipes du siège sont présentes dans nos bureaux rennais, au-dessus du magasin Nous anti-gaspi de Cesson-Sévigné, dans la zone de la Rigourdière. Il s’agit des services d’achat, de logistique, d’approvisionnement ainsi que tout le support technique. Cela représente 24 personnes. On peut dire qu’administrativement nous sommes une entreprise rennaise même si le Kbis est immatriculé à Paris !

Au-delà d’être une entreprise engagée, Nous anti-gaspi gagne-t-elle de l'argent ?
Oui, nous sommes bénéficiaires depuis novembre dernier. Nous avons fait 12 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020 et nous sommes sur une tendance de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires par mois à l’échelle du réseau. Les consommateurs ont de plus en plus envie de s’impliquer sur les sujets environnementaux et de développement durable. Nous répondons en partie à cette quête de sens.

Peut-on aller plus loin, selon vous, dans la lutte contre le gaspillage ?
Mon souhait est qu’on puisse ouvrir des centres commerciaux du réemploi et de la lutte contre le gaspillage avec des initiatives qui soient réunies autour de vastes surfaces de 3 000 à 5 000 m² dans lesquelles le consommateur pourrait acheter plus responsable. Que ce soit des vêtements, des smartphones, des articles de sport, de l’alimentation ou de la restauration. Il y a un enjeu de pouvoir proposer au consommateur autre chose qu’un prix et un produit. C’est aussi tout un environnement d’engagement écologique, plus sociétal et responsable qui va entrer de plus en plus en ligne de compte dans les attitudes d’achats…

Vincent Justin, cofondateur du réseau d'épiceries Nous anti-gaspi.
Vincent Justin, cofondateur du réseau d'épiceries Nous anti-gaspi. — Photo : Nous anti-gaspi

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la version gratuite de nos newsletters dans votre boîte mail