Agroalimentaire

Valorex : 17 millions d'euros en R&D pour les protéines végétales

Par Virginie Monvoisin, le 05 juin 2015

À Combourtillé, près de Fougères, Valorex invente des process de valorisation des céréales pour l'alimentation des animaux. Elle investit 17 millions d'euros en R & D sur cinq ans. Enjeu : trouver une solution pour nourrir la planète avec des protéines végétales.

Le siège de Valorex à Combourtillé, en Ille-et-Vilaine.
Le siège de Valorex à Combourtillé, en Ille-et-Vilaine. — Photo : Pierre Gicquel

Cela fait vingt ans que Valorex travaille à la valorisation des protéines végétales présentes dans les céréales, et particulièrement le lin. L'entreprise dirigée par Pierre Weill et Stéphane Deleau a breveté dans les années 90 un procédé de thermo-extrusion pour les graines oléagineuses et protéagineuses. Grâce à lui, elle permet de réduire l'importation de soja pour l'alimentation du bétail, qui est remplacé dans l'industrie par le lin. Valorex veut maintenant aller plus loin, pour « rendre la France indépendante en protéines végétales, et ne plus importer de tourteau de soja », explique Béatrice Dupont, directrice du développement de Valorex. C'est-à-dire créer des systèmes de valorisation des protéines végétales présentes dans d'autres céréales comme le lupin, la féverole et le pois.




Soutien de Bpifrance

Pour venir à bout de cette ambition et mener à bien ce projet de R & D baptisé Proleval, l'entreprise va investir 17 millions d'euros sur les cinq prochaines années. Sur l'ensemble de cette somme, Bpifrance apporte son soutien à hauteur de 50 % (la moitié en subvention, l'autre en avance remboursable). Les 8,5 millions d'euros restants sont financés par Valorex elle-même (4,25 M€) et ses partenaires (4,25 M€, partagés entre Terrena et Dijon Céréales). Elle a déjà commencé à travailler depuis avril sur ce nouveau challenge à long terme. L'installation d'une nouvelle ligne d'extrusion dans l'usine de Combourtillé permet déjà de réaliser des tests sur les graines. C'est la première phase de recherche. « Nous allons procéder comme nous l'avons fait avec le lin, explique Béatrice Dupont. C'est-à-dire savoir cuire la graine et la rendre concurrentielle. Il faut beaucoup tâtonner ! Avec les acquis de nos travaux des trois dernières années, nous entrons dans la phase de tests industriels, en utilisant nos différentes technologies : la maturation, le traitement vapeur, etc. De quoi essayer des dizaines de combinaisons, en chauffant plus ou moins... » Ensuite, les premiers tests d'aliments partiront auprès de l'Inra, partenaire de Valorex sur le programme Proleval (tests de digestibilité sur les animaux). En une deuxième phase, l'équipe de R & D va chercher des nouveaux procédés de valorisation, de transformation des graines. « Nous avons une technologie de rupture à trouver », annonce Béatrice Dupont.




Enjeu écologique

Un seul objectif : créer toute une filière. Rien que cela. Mais l'enjeu est de taille : il est à la fois économique et écologique. « Notre analyse du marché des protéines animales n'est pas franco-française, considère Pierre Weill, président de l'entreprise. L'augmentation de la consommation de viande se fera surtout dans les pays en développement d'Asie, d'Afrique ou d'Amérique du sud. Elle devrait être multipliée par deux, mais ce n'est pas possible avec les modes de production d'aujourd'hui ». Pour cultiver du soja (source de protéines), on sacrifie notamment la forêt amazonienne, pour trouver de nouvelles terres à cultiver... « Le premier qui mettra au point cette technologie de rupture aura des perspectives énormes d'exportation de sa technologie », estime Pierre Weill, qui veut donc donner les moyens à Valorex d'être celui-là ! Son entreprise travaille déjà beaucoup à l'international, la part de l'export ayant augmenté de 25 % l'an passé. En France ou à travers le monde, le process de Valorex permettrait de valoriser davantage de protéines issues de céréales parfois oubliées car offrant peu de rendement telles quelles. Faire tourner les cultures du lin, puis du pois ou de la féverole permet de donner une alimentation plus variée aux animaux, qui sont en meilleure santé. Donc au final de mieux nourrir l'homme !




Doubler le chiffre d'affaires dans huit ans

À la clé pour Valorex, qui envisage de passer de 6 à 30 usines dans dix ans : « un doublement d'ici à 2023 du chiffre d'affaires, qui est aujourd'hui de 80 millions d'euros, espère Pierre Weill. Le point d'inflexion devrait être atteint dans trois ans ». En attendant, Valorex continue de développer sa présence à l'international, pour commercialiser davantage son procédé. « Nous sommes en pourparlers avec une coopérative canadienne pour créer une usine au Québec, annonce Pierre Weill. Nous y vendons déjà des produits, mais nous pouvons leur apporter notre savoir-faire en terme de cuisson et d'amélioration de la digestion pour l'animal, car là-bas il y a déjà les graines ! »

Valorex



(Combourtillé) Président : Pierre Weill DG : Stéphane Deleau 115 salariés CA : 80 M€ RN : 2 M€ 02 99 97 63 33 www.valorex.com

Le siège de Valorex à Combourtillé, en Ille-et-Vilaine.
Le siège de Valorex à Combourtillé, en Ille-et-Vilaine. — Photo : Pierre Gicquel

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