Ille-et-Vilaine

Emploi

Up'intérim fait du handicap le pilier de son recrutement

Par Anna Quéré, le 18 février 2021

Un réseau d'agences d'intérim qui recrute uniquement des candidats en situation de handicap ? Cette idée originale est née en Bretagne il y a un an, sous la férule de plusieurs dirigeants d'entreprises adaptées. Un concept innovant et efficace, que d'autres acteurs en France souhaitent aujourd'hui adopter.

Stéphanie Laurière et Julia Barone, dirigeantes chez Up'intérim, veulent lever les tabous autour du handicap.
Stéphanie Laurière et Julia Barone, dirigeantes chez Up'intérim, veulent lever les tabous autour du handicap. — Photo : Anna Quéré

Une nouvelle marque émerge depuis la Bretagne et affirme sa différence sur le marché des agences de travail temporaire. Son nom : Up’intérim. Un réseau d’agences d’intérim créé à Rennes, derrière la SCIC Breizh EATT (9 salariés, CA 2020 : 200 000 euros). Sa spécificité : le réseau recrute uniquement des personnes ayant une reconnaissance de qualité de travailleur handicapé (RQTH). Up’intérim a vu le jour à travers quatre agences installées à Brest, Rennes, Lorient et Saint-Brieuc. En ce début 2021, la marque employeur accélère son développement en ouvrant deux nouvelles agences à Nantes et Angers. Et sept autres projets sont en cours dans plusieurs régions.

Un dispositif complémentaire

La démarche fait sens. " C’est une solution très agile, qui rend service aux entreprises et qui nous permet de remettre des personnes porteuses d’une RQTH sur le chemin de l’emploi ", s’enthousiasme Erwan Pitois, dirigeant de l’entreprise de nettoyage Servicea à Rennes, membre fondateur de ce réseau d’agences hors du commun. La création de Breizh EATT (pour Entreprise Adaptée de Travail Temporaire) ne doit rien au hasard : elle a été fondée par une vingtaine de dirigeants d’entreprises adaptées bretonnes, soucieux de trouver des solutions spécifiques à leurs besoins et à ceux des travailleurs en situation de handicap. La loi du 5 septembre 2018, qui réforme le cadre d’intervention des entreprises adaptées, leur a donné une occasion d’agir. " L’objectif était de multiplier les chances des candidats d’accéder à un emploi. Le taux de chômage des travailleurs handicapés est en effet deux fois supérieur au reste de la population. Nous ne sommes pas des concurrents aux entreprises adaptées, plutôt un dispositif complémentaire ", explique Julia Barone, directrice générale d’Up’intérim.

600 intérimaires inscrits

Up’intérim fédère quelque 600 intérimaires inscrits dans les quatre agences bretonnes. Métreur, chargé d’affaires, agent entretien, comptable ou chauffeur-livreur : " depuis juin 2020, nous avons fait travailler 120 personnes sur les 4 agences ", précise la directrice générale. Pour les entreprises clientes, faire appel à des personnes porteuses d’une RQTH permet d’abord de répondre à leurs obligations légales : une entreprise de plus de 20 salariés doit en effet compter 6 % de travailleurs handicapés dans ses effectifs. " Un intérimaire en situation de handicap est compté comme emploi direct, rappelle Julia Barone. Les intérimaires de Up’intérim sont donc comptabilisés dans ces 6 %. " De plus, certaines prestations facturées en complément peuvent aussi donner des déductions de l’obligation d’emploi. " Par exemple, lorsque l’entreprise fait appel à nos services pour le recrutement d’un candidat, Up’intérim va facturer cette prestation, qui sera ensuite comptabilisée par le client et prise en compte dans le calcul de sa contribution ", précise Stéphanie Laurière, responsable de l’agence de Rennes. Mais l’emploi d’intérimaires en situation de handicap va bien au-delà. Il peut répondre à des besoins de recrutement dans des secteurs en tension.

" Difficultés à recruter "

" De manière générale, nous avons énormément de difficultés à recruter, explique Audrey Pouly, de l’entreprise Feratte, à Guignen (Ille-et-Vilaine), spécialisée en couverture du bâtiment. Nous avons recruté un métreur-deviseur par le biais d’Up’intérim. Mais on recherche aussi des bardeurs et des étancheurs. Pourquoi ne pas travailler avec des personnes porteuses d’une RQTH ? C’est parfois plus compliqué à organiser sur le terrain, mais c’est possible ! " Comme Feratte, de nouveaux clients sollicitent Up’intérim. C’est le cas de Naval Group, Groupama, Lidl, Kermarrec, ou Leroy Merlin. Pour répondre aux besoins de ses clients, Up’intérim propose un accompagnement sur mesure. " Il y a souvent une grande méconnaissance de ce qu’est le handicap. Une personne diabétique, ou une femme qui a eu un cancer du sein bénéficient d’une RQTH mais cela n’enlève rien à leurs compétences professionnelles. Il faut lever des tabous, faire de la pédagogie et tout cela prend du temps ", explique Stéphanie Laurière.

Depuis son lancement en mars 2020, Up’intérim a connu, comme toutes les autres agences de travail temporaire classiques, des difficultés liées aux confinements successifs. " Là, nous sommes en mode très dégradé, on a pris six mois de retard. Nous avons commencé à facturer seulement à partir du mois de juin. Certains secteurs comme l’hôtellerie ont annulé des offres au dernier moment ", raconte Julia Barone. Mais la dirigeante ne baisse pas les bras et espère générer 60 ETP sur les 4 agences d’ici la fin de l’année.

Stéphanie Laurière et Julia Barone, dirigeantes chez Up'intérim, veulent lever les tabous autour du handicap.
Stéphanie Laurière et Julia Barone, dirigeantes chez Up'intérim, veulent lever les tabous autour du handicap. — Photo : Anna Quéré

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